samedi 31 mai 2014

Lettre inachevée aux générations futures (modeste contribution au bordel politique actuel)

Quand j’étais jeune, je m’imaginais souvent en conversation avec le moi du futur. Aujourd’hui, on cause toujours mais généralement en sens inverse. Le scénario est bien rodé : après un d’échange d’amabilités, ponctué par des traits d’ironie, la conversion vire rapidement au bilan, ponctuée par des « Si t’avais su hier ce que je sais aujourd’hui ». Lorsque l’un d’entre nous a bu, ça sombre dans l’empoignade. Là, il faut voir ce qu’il prend le jeunot. Tiens, prends ça, et ça. Et puis ça aussi. Une balayette, une pelle à tarte suivi d’une patte de tigre et le voilà affalé sous le pont des soupirs. Etalé de tout son long, il me crache une ou deux dents à la figure en marmonnant « Le fascisme ne passera pas » ou, plus prosaïquement, « Vieux con ». Un outrage qui lui coûte en général un ou deux mois d’argent de poche et d’interdiction de sorties.

Je fais le dur, mais en réalité je suis préoccupé. Que lui réserve le futur et qu’adviendra-t-il ? Questions purement rhétoriques, puisque j’ai maintenant la réponse. Tout le reste n’est que fiction spéculative. Tiens, en parlant de ça...

Chers vous,
Nous sommes en mai 2014 et je vous écris de quelque part en France. Autour de moi, c’est le branle-bas de combat car les dernières lignes de défense ont finalement cédé. En vérité, je n’en sais trop rien, car les informations arrivent par bribes et il y a beaucoup de parasites sur les lignes de communication qui fonctionnent encore. De plus, les messages, une fois décryptés, semblent pour la plupart incomplets ou incompréhensibles (je crains qu’à force de désorganisation, nous n’employons pas tous le même code). Mais à force de recoupements et de déductions, j’ai compris que l’ennemi était à nos portes.

Ce qui me paraît étrange car l’ennemi, je l’ai vu pas plus tard qu’hier à la télé. Dans sa novlangue habituelle, il parlait de « maintenir le cap », ou je ne sais quoi.

En attendant d’en savoir plus, j’ai quand même pris les précautions d’usage. Les fenêtres sont recouvertes de papier journal (le Figaro, pour ne pas attirer l’attention). J’ai repassé mon t-shirt du Che et je m’exerce à lever le poing et à scander « no pasaran ». Je sais que cela ne suffira pas, mais je le fais pour la postérité et en espérant que lorsqu’ils défonceront la porte, quelqu’un prendra une photo avec son téléphone portable et publiera l’image sur Facebook. Peut-être même une vidéo sur Youtube, qui sait ?

Est-ce que Facebook et Youtube existent encore à votre époque ? Les comptes ont-ils été préservés ou effacés au bout d’un certain temps, par manque de place, par pudeur, ou par censure ? C’est curieux, d’ailleurs, cette soudaine préoccupation pour la mémoire. J’aurais dû me poser la question avant. « Si t’avais su hier ce que je sais aujourd’hui ». Tiens, par précaution, je vais faire un selfie (« autoportrait », si vous préférez).

Le voisin a monté le son de sa télé. On dirait les infos, ou de la publicité (difficile à distinguer). Il faudrait que je passe le voir tout à l’heure, pour prendre des nouvelles et la température. En attendant, je vais profiter de mon temps libre pour écrire une lettre (que vous lirez peut-être, bla bla, vous connaissez la suite).
Cher vous,

Depuis quelques années, je me pose souvent la question suivante : si j’avais 17 ans aujourd’hui, l’âge où j’ai commencé à m’intéresser à la politique, et si j’avais grandi dans cette France-ci, sans le passé et le vécu qui est le mien, vers où pencheraient mes sympathies politiques ? Chaque fois la réponse, hypothétique certes, est une réponse qui désole celui que je suis devenu. Car cette réponse est : certainement pas vers la gauche. En tous cas, pas vers la gauche actuelle, ou pas vers ce qu’on appelle communément la gauche. Et me voilà déjà embourbé dans les définitions, ce qui est déjà révélateur en soi.

Je recommence : si j’avais 17 ans aujourd’hui, et si j’avais vécu dans cette France-ci, « gauche » serait synonyme de pratiquement tout ce que j’exècre en politique. Elle serait synonyme de trahisons, de double-discours, d’hypocrisie, d’opportunisme, d’intolérance, d’inculture, d’impérialisme, d’atlantisme, d’abandons, d’extrémisme « libéral », de gauchisme cliché, de pensée réactionnaire, de complaisance envers le sionisme. La gauche dont je parle serait évidemment et avant tout le Parti Socialiste, parti exécrable parmi les exécrables, mais probablement aussi, par association, tout ce qui gravite peu ou prou autour. Bref, si j’avais 17 ans aujourd’hui, je naviguerais probablement quelque part autour de tous les mouvements plus ou moins « antimondialistes » ou « dissidents ». Ou peut-être nulle part.

Mais voilà, je suis de gauche et même si j’ai parfois l’impression de m’accrocher à une branche morte ou pour le moins agonisante, je n’ai pas l’intention de me laisser dépouiller par des plus pouilleux que moi.

Cher vous, je ne connais évidemment pas la version officielle de l’histoire que l’on vous enseigne à votre époque, alors permettez-moi de vous présenter la mienne. Comme je n’ai à l’heure actuelle aucune idée de l’évolution de la situation, je n’ai donc aucune idée de la pertinence de mon propos. Je vous laisse juges en la matière. Mais cette histoire-ci, celle qui est la mienne, ne commence pas par « Il était une fois », car il n’y a jamais eu de « une fois », mais plusieurs.

La première fut une sale petite photo en noir & blanc de guérilleros guatémaltèques décapités par des soldats de l’armée régulière qui brandissaient leurs trophées. La légende précisait que les grands dadais à l’arrière plan, genre les jambes légèrement écartés, les mains sur les hanches et apparemment satisfaits du travail accompli, étaient des « instructeurs militaires » des Etats-Unis. Le choc fut forcément rude pour quelqu’un qui venait d’un milieu qui avait pleuré la mort de Kennedy, admiré sa blanche dentition et sa coiffure impeccable, et s’était extasié devant les galipettes lourdaudes sur la Lune.

Quarante ans plus tard, je n’ai aucun mal à comprendre les paroles de l’hymne du Front Sandiniste de Libération Nationale (Nicaragua), et pas simplement parce que j’aurais appris l’espagnol : « Luttons contre les yankees, ennemis de l’humanité ». Comme quoi, il y a des gauches, sur d’autres rives, qui savent de quoi elles parlent.

La deuxième fut une brève de presse annonçant que des députés du Parti Communiste Français s’était enchaînés aux grilles de l’ambassade de Turquie pour protester contre les tortures et assassinats subies par l’opposition de ce pays. C’est fou ce qu’un geste, dans ce qu’il a de désintéressé, d’authentique, de sincère, peut remplacer des discours. Pour symbolique qu’il fut, ce geste a suffit pour me faire basculer. Je n’avais pas les idées claires à l’époque (anar ? communiste ? socialiste ? trotskiste ? fromage ? dessert ? on pourrait avoir un plateau avec un peu de tout ?) mais un parti avec des députés (des députés !) capables d’un tel geste, je savais que je voulais en être.

Au début, tout baignait. Ce n’est que plus tard que le bordel, celui annoncé dans le titre, a commencé. Ce fut d’abord dans des détails, des incidents apparemment isolés. En fait, avec le recul, je me dis que c’est aussi l’expérience qui les rendaient de plus en plus visibles.

Ca a d’abord commencé chez nos amis, les « socialistes », que je trouvais un peu cuculs mais gentils. Des trucs qui n’allaient pas, comme lorsque tu serres la main d’un ami et qu’il évite ton regard. Tu demandes « ça va, tout va bien ? » et lui te répond « Oui, oui, tout va bien » en regardant par-dessus ton épaule. Tu te retournes, pour t’enquérir sur l’objet de son attention, et là tu vois une droite qui lui fait de l’oeil. Tu reportes ton attention sur lui, avec un regard mi-interrogateur mi-réprobateur (forcément). « Dis-donc, Dédé, toi et la droite, là, vous seriez pas... ? ». Lui : « Non ! Bien-sûr que non ! Qu’est-ce que tu racontes ? ». Mais au moins une fois dans ta vie t’auras eu l’occasion de voir le Dédé virer au rouge. Puis t’oublies, parce que les élections approchent et y’a du boulot qui t’attend. Qu’est-ce qu’on peut être cons, parfois.

Pour être honnête, il y avait bien les « vieux du Parti » qui nous mettaient en garde. Cheminots, métallurgistes, ouvriers ou artisans. Les mains burinées aux ongles écaillées, la casquette vissée et la gitane (une marque de cigarettes de l’époque) pendouillant aux lèvres. Pas vraiment faits pour des discours à la télé. A leur époque, s’il fallait faire péter un train, quelqu’un disait « faut faire péter le train » et tu sais quoi ? Ben, le train, il pétait. Certains se faisaient fusiller en guise de représailles. Ce qui donnait aux autres une excuse pour retirer leur casquette.

Au fait, à quelle heure il passe, le prochain train ? Bon, en attendant, je vais en profiter pour...

Lettre aux générations présentes : au cas où vous ne le sauriez pas, une extrême droite est déjà au pouvoir.

Vous ne trouvez pas étrange de les entendre « combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes » à Paris, et voir les mêmes soutenir sans l’ombre d’une hésitation des antisémites actifs et militants à Kiev ? Vous ne trouvez pas étrange d’entendre certains, ici en France, brandir sans cesse la « menace de l’extrême droite » alors que dans le même temps ils soutiennent l’extrême-droite au Venezuela... ? Les mêmes, hurler à la menace islamiste ici et armer les djihadistes là-bas ? Rien ne vous choque dans leur insistance à sortir le droits des gays où les droits de la femme tout en se faisant prendre en photo avec des rois du pétrole chez qui l’homosexualité est passible de la peine de mort et où un chameau de course a probablement plus de droits qu’une femme ?

Gays, femmes, juifs : quelque part, entre nous, n’avez-vous pas l’impression d’être un peu instrumentalisés ? D’ailleurs, maintenant que j’y pense, il fut en temps où l’immigré aurait figuré dans la liste. Mais c’était avant, lorsque le PS instrumentalisait (avec le recul, on peut le dire, non ?) la défense des immigrés. On a vu ce qu’il en est advenu.

Dans « extrême-droite », il y a droite et extrême. Alors prenez une politique de droite, et appliquez-la à l’extrême. Vous obtenez quoi, sinon une politique quasi-conforme à la politique actuelle du PS ? Si la même politique avait été menée par un autre parti, dans un autre pays, nous l’aurions qualifié d’extrême-droite. Alors, pourquoi pas ici ? A cause d’une phraséologie saupoudrée de pseudo-progressisme ? A cause du fait qu’ils chantent l’Internationale lors de leurs congrès ? Parce que le PS aurait une « aile gauche » ?

Brandir la menace d’une extrême-droite est probablement le meilleur moyen de cacher le fait qu’une autre extrême-droite est déjà au pouvoir, et qu’elle s’appelle le Parti Socialiste.

A ceux qui lèvent un sourcil d’incrédulité, je leur pose la question suivante : si une extrême-droite était au pouvoir, que pourrait-elle bien faire de plus que le PS n’a pas déjà fait, n’est en train de faire ou a prévu de faire (dès qu’on aura le dos tourné) ? Vous allez probablement me sortir toute la panoplie du racisme, de la xénophobie, de la répression, de la haine, etc. Erreur, car vous seriez en train de me parler d’une politique totalitaire, fasciste, que sais-je. Je vous parle de l’extrême-droite. Une droite, à l’extrême : pro-capital, pro-atlantiste, pro-sioniste, réactionnaire... Et sur le plan extérieur, que pourrait faire une extrême-droite de pire que le PS ? Déclarer la guerre à la Roumanie ? Désigner Tel-Aviv comme la nouvelle capitale de la France ? Fantasmes.

Je sais, vous êtes troublés car, quand même, le PS c’est (euh) l’antiracisme et (euh) l’opposition à l’antisémitisme et (euh) le mariage pour tous et (euh) le pistes cyclables.
Résumons :

S’il suffit de promouvoir la bicyclette pour être de gauche, alors le maire d’Amsterdam doit être un léniniste.

S’il suffit de condamner l’antisémitisme pour être de gauche, alors le maire de Tel-Aviv doit être un trotskiste.

S’il suffit d’être gay-friendly pour être de gauche, alors le maire de San Francisco doit être un maoïste.

Le PS se voit attribuer des galons « de gauche » sur des sujets qui ne constituent pas un clivage gauche/droite et ou le fait d’être de gauche (ou pas) est totalement hors propos. C’est comme si on délivrait un diplôme de médecine à quelqu’un qui aurait réussi un examen d’architecture.

Une extrême-droite est déjà au pouvoir et elle porte le titre Parti Socialiste. La question du jour n’est donc pas de savoir sil’extrême-droite prendra le pouvoir en France, mais si une autre extrême-droite succédera à celle-ci.

La gauche paralysée par l’alliance PS-Libertaire-Libérale

Quand avez-vous eu pour la dernière fois un véritable débat politique ? Je veux dire un vrai débat, pas une séance de psychanalyse où chacun cherche juste à s’affirmer, à avoir raison, à démontrer sa supériorité intellectuelle, sa pureté idéologique, son intégrité révolutionnaire ? Quand ? Personnellement, à part quelques amis proches, ça fait des années que je ne cherche plus à débattre avec cette bande de névrosés en France qu’on appelle « la » gauche.

La névrose étant contagieuse, toute la gauche a appris (gentille qu’elle est) à périphraser, à adopter son vocabulaire à celui du connard d’en face, à marcher sur la pointe des pieds autour de certains concepts, à se défendre sans cesse d’avoir des pensées troubles ou ambiguës, à tenter de paraître crédible aux yeux des médias, à parler poliment à table, à demander l’autorisation avant de la quitter...

Le terrorisme intellectuel de l’alliance PS-Libertaire-Libérale a réussi à discréditer les uns après les autres pratiquement tous les outils économiques et politiques qui pourraient servir (ou pas) à un véritable changement. Alors qu’il ne s’agit que d’outils qui, comme n’importe quel outil, peuvent servir à planter des clous ou à fracasser un crâne. Ce n’est pas l’outil qui est de gauche ou de droite, mais son usage. Le protectionnisme est-il de droite lorsqu’il nous épargne les sordides viandes aux hormones ? Le souverainisme est-il de droite lorsqu’il envoie paître les multinationales en leur rappelant que c’est le peuple qui gouverne et pas les conseils d’administration, ni le FMI ? Depuis quand le nationalisme est-il intrinsèquement de droite ? Depuis quand le patriotisme est-il intrinsèquement de droite ? A contrario, depuis quand une « Union Européenne » est-elle intrinsèquement progressiste ? L’autre union, l’Union Américaine, à savoir les Etats-Unis d’Amérique, est-elle progressiste ? L’a-t-elle jamais été ou le sera-t-elle un jour ? Si l’Union est un progressisme en soi, pourquoi l’Union Soviétique ne l’était-elle pas (selon eux) ?

Tout est devenu tellement tabou que le champ lexical et idéologique de la gauche a été réduit à une peau de chagrin tendue à l’intérieur d’un cadre étroit de « respectabilité » aux dimensions définies par les tenants du système. Et à la gauche de se débrouiller pour tenter de construire une politique « respectable » et « crédible » avec les quelques pièces du jeu de construction incomplet qu’on a bien voulu lui autoriser. Bonne chance.

« Il faut que ça pète ». « Ca va péter... » Combien de fois avons-nous entendu ces phrases ? J’espère sincèrement que ça ne « pètera » pas. Parce qu’avec les dirigeants politiques et syndicaux que la gauche se trimballe en ce moment, et l’état de ses organisations, je crains le pire. Ils ne seront tout simplement pas à la hauteur de la situation. Ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. Le retour de manivelle risque d’être - comment dire ? - « efficace ».

Le boulevard ouvert par une extrême-droite à l’autre

J’aime bien discuter. Par exemple, chaque fois que je prends un taxi, j’engage une conversation avec le chauffeur - sur son travail, sa vie. Lors de ces conversations avec la vox-populi, mine de rien, j’apprends des tas de choses. Notamment, l’image de « la gauche » et les motifs des griefs. Le plus souvent, je n’ai rien à dire parce qu’il y a une profonde vérité dans les propos, même si le langage est fruste et la pensée élémentaire. Mais on apprend ceci : les gens, même s’ils ont du mal à formuler des analyses (un bien grand mot, en l’occurrence), ils ne sont pas aussi dupes qu’on pourrait le croire. Les double-discours, les deux-poids deux-mesures, sont perçus avec une relative clarté. Derrière une inculture politique, se cache quand même un certain bon sens, et surtout le sentiment profond que le jeu qui se joue dans l’arène politico-mediatique est devenu du grand « n’importe quoi ».

Autour de moi, maints militants de gauche, engagés dans un parti et/ou un syndicat, font des confidences qu’ils n’osent exprimer que dans l’ambiance de respect entre camarades de confiance. Ce trouble est souvent formulé à peu près en ces termes : « Je suis souvent d’accord avec Marine le Pen (ou Alain Soral, ou tout autre nom) ». Les discours des précités sont souvent qualifiés de « les plus cohérents » et « les plus justes ». Restent, évidemment, certains propos qui « ne passent pas ». Oui, mais, jusqu’à quand ?

Avant de critiquer le discours d’en face, il faut procéder à un examen précis du sien. Qualifier les discours de Marine le Pen ou de Soral de « haineux », pourquoi pas ? Mais comment qualifier alors la politique étrangère de la France ? Les interventions en Libye et en Syrie, sont-elles des déclarations d’amour ? La politique sociale mise en œuvre (dernière en date, le projet d’un gel du droit des salariés), est-elle une déclaration d’amour ? Si oui, envers qui ou envers quoi ?

Comme si les gens allaient tout supporter, tout endurer, tout accepter, tout gober en échange d’un badge « touche pas à mon pote ».

Les violences potentielles contenues dans des discours dits de haine sont littéralement écrasées et dépassées par les violences réelles commises par des politiques concrètes, défendues ou tolérées par « la » gauche. De telles contradictions, d’ordre abyssales, semblent passer inaperçues aux yeux de la classe politique en général. Le simple fait d’être incapables de les percevoir provoque de sérieux doutes sur leur santé mentale.

Etrangement, ce sont souvent ceux qui soulignent ces contradictions qui sont qualifiés d’extrême-droite, ou de rouges-bruns. De façon stupide, en laissant l’opposition aux guerres impérialistes être qualifiée d’extrême-droite, ce n’est pas l’opposition aux guerres qui a été diabolisée, mais le concept d’extrême-droite qui a été dédiabolisée. Eh ouais, c’est dur de diaboliser les adversaires de guerres injustes. Sauf à qualifier ces guerres d’humanitaires, et leurs opposants de suppôts de Satan. Mais j’ai un message pour tous les agents déguisés en antifas et chasseurs de rouges-bruns : même ma mère qui ne sait ni lire ni écrire comprend mieux que ça.
Et comme cela fait 30 ans que je vois « la » gauche trahir pratiquement toutes les luttes, toutes les révolutions, toutes les résistances, toutes les solidarités, je me demande ce qu’il vous faut de plus ?

Dans la même veine, à force d’étiqueter comme « extrême-droite » (ou populiste, ou... ) toute mesure politique (et pastechnique) concrète d’alternance, « la » gauche a fini non pas par diaboliser le concept, mais par dédiaboliser le porteur. En tentant de tuer le message dans l’oeuf, le messager est devenu une rock-star.

Le FN, qui a très intelligemment manoeuvré, apparaît – et, dans une certaine mesure, à juste titre – comme le seul parti à ne pas faire partie du « système ». Un parti donc « honnête ». Que répondre à cela ? Que le FN est xénophobe ? La vox-populi n’y croit qu’à moitié, s’en fiche un peu ou y adhère, mais préférera de toute façon un « parti xénophobe honnête » à un parti « anti-xénophobe malhonnête ». Pire encore : la xénophobie du FN se retrouve en quelque sorte « blanchie » parla propreté supposée du FN. Combattre le FN avec des « axes républicains » composés en grande partie de républicains à la noix a été une erreur monumentale. La vox populi est souvent muette mais plus rarement aveugle.
Il y a un an, j’écrivais :
(...) le Front National est probablement plus proche du pouvoir qu’on ne le pense en général, car il lui suffirait de "franchir le Rubicon" sur quelques questions sociétales (nous avons vu que ça mangeait moins de pain que les étrangers) pour que sa fréquentabilité explose et que les appels incantatoires contre son racisme et sa xénophobie perdent leurs derniers pouvoirs de résistance.
La quarantaine imposée au FN a finalement eu un résultat inattendu : Isolé qu’il était, le FN se voit épargné par l’épidémie de désaffection qui frappe de plein fouet la classe politique. Cela dit, si la mauvaise nouvelle des élections européennes est le score du FN (ainsi que le score de la gauche non-PS), la bonne nouvelle est celle du score du PS. Car c’eut été désespérant de voir les Français voter encore pour le PS. Il y a toujours de l’espoir dans une prise de conscience. Reste à savoir comment elle évoluera.

En attendant, la réaction de « la » gauche a été aussi prévisible qu’incohérente : un appel à manifester contre le FN. Manifester contre le résultat électoral d’un parti politique légal est pour le moins incongru. S’agit-il de montrer que le peuple rejette le FN ? Il y a des élections pour ça. Faire une démonstration de force et/ou une opération d’intimidation ? Aux dernières nouvelles, la manoeuvre a raté. Non, décidément, le truc ne marche plus et nous étions nombreux à le prévoir (tout en nous faisant traiter de fachos en retour).

Pendant ce temps, à la périphérie des partis traditionnels, on a vu naître et grandir toute une nébuleuse de mouvements, médias, courants qui se sont engagés dans une forme de dissidence plus ou moins ouverte. Cette nébuleuse est composée littéralement de tout. Fidèle à sa tradition d’être en retard d’un train ou deux, « la » gauche, avec l’assistance enthousiaste de l’axe Socialiste-Libertaire-Libérale, s’est contentée de suivre la ligne du politiquement correct, en qualifiant toute cette nébuleuse des noms d’oiseaux habituels. Pour certains, ces noms sont justifiés. Pour le reste, la nébuleuse n’est que le reflet de la pagaille politique ambiante à laquelle « la » gauche a largement contribué. On y trouve de nombreux militants ou sympathisants, actifs, sincères, idéalistes mais qui présentent, c’est vrai, un caractère assez énervant... Ils sont irrespectueux des étiquettes et du politiquement correct. La notion de gauche/droite ne leur inspire pas grand chose. Ils sont a-politiques dans le sens où ils ne prennent pas parti pour un camp précis, mais picorent partout où la raison semble régner. On peut invoquer toutes les lacunes politiques que l’on veut (en évitant au passage de désigner des coupables), mais le résultat est là. Ils n’étaient pas d’extrême-droite et même lorsqu’ils l’étaient, ils l’étaient nettement moins (et pour de « meilleures raisons ») que les caciques actuels du PS.

Remarquez que j’ai commencé à rédiger le paragraphe précédent en conjuguant les verbes au présent, et je l’ai terminé en conjuguant au passé. Il est probablement trop tard. Dommage. Ah... Si la gauche avait été un tantinet moins arrogante et moins stupide... et tendu un tout petit peu plus l’oreille...

Moi, par exemple, si j’avais grandi dans cette France-ci, et si j’étais placé devant le choix entre, d’une part, un mouvement qui soutient les bombardements de populations civiles et le mariage pour tous (appelons le « la famille PS-Charlie Hebdo ») et, d’autre part, un mouvement qui s’oppose aux bombardements de populations civiles et au mariage pour tous, je choisirais probablement ce dernier. Question de priorités. A l’inverse, ceux qui reprochent plus le rejet du mariage pour tous que le bombardement de populations civiles, ou qui disent des trucs du genre « oui, certes, les bombardements, mais il y a aussi le mariage pour tous »... Un tel nombrilisme culturel, un telle incapacité à établir la moindre échelle de priorités cohérente, une telle indécence relève probablement plus de la psychiatrie que de politique. Et c’est pourtant ce genre de raisonnement qui pullule dans tout le discours de « la » gauche.

En ce qui me concerne : j’ai plus de respect pour celui d’en face qui combat l’impérialisme tout en s’opposant au mariage pour tous (ce qui est son droit), que le couillon de service socialo-liberalo-gauchiste qui me cassera les pieds avec son mariage pour tous tout en applaudissant aux tirs de missiles. Si quelqu’un est d’extrême-droite sur ce coup-là, c’est bien le couillon de service. (Et mon ami Maxime Vivas me suggère de préciser ici quelque chose, "Sinon les gens risquent de comprendre..." . C’est justement un autre de ces problèmes que je supporte plus. Ceux qui comprennent ce qu’ils veulent comprendre et pas ce qui est écrit. A quoi bon ? Cela n’a jamais empêché une intellectualoïde patentée de la gauche de traiter d’antisémite un texte qui disait exactement le contraire. Arrivé à ce stade, je considère que le problème n’est plus chez moi, mais chez l’autre.)

Il me semble donc que le premier clivage n’est pas (ou plus) un clivage vertical gauche/droite, mais un clivage horizontal qui sépare les pratiquants d’un paraître (version conservatrice : TF1, Le Figaro, L’UMP ; ou version progressiste : Canal+, Libération, le PS) et ceux qui aspirent à... autre chose.

L’exaspération est telle que nous pourrions être dans une sorte de période « pré mai-68 », mais version soft, pantoufle et salon, et c’est le FN (avec cette ironie dont l’histoire a parfois le secret), qui symbolise le pavé. Et tant que le FN arrivera à symboliser ce pavé, il se maintiendra. Je ne crois pas que l’on assiste à une adhésion massive à ses idées, mais plutôt à une adhésion massive à ce symbole. Et comme on ne discute pas de l’intelligence d’un pavé, ni de son programme... un certain dépassement de clivages, ou consensus silencieux, s’opère. La désaffection à son égard pourrait donc s’opérer assez rapidement si le pavé se révélait inefficace ou contre-productif. Ou si la population déchaînée trouvait une autre arme de destruction massive plus convaincante (suivez mon regard). Une chose me paraît claire : toute tentative d’accommodement avec le camp du paraître sera vouée à l’échec. Oui, le FdG aurait pu être une alternative. Mais il est parti de trop loin (trop d’accommodements passés) et trop tard. Mais rien n’est joué.

Tout ça pour des alliances électorales avec une extrême-droite que se dit de gauche. J’ai vraiment hâte d’entendre ce que les générations futures auront à dire. J’espère qu’elles seront moins méprisantes avec nous que nous ne l’avons été avec celles qui ont précédé.

Sur une vieille photo prise pendant la deuxième guerre mondiale, on voit un homme anonyme vêtu d’une chemise blanche attaché à un poteau. Un peloton d’exécution nazi le tient en joue. L’homme à la chemise blanche sourit. Je me suis longtemps demandé pourquoi il souriait.

Ce qui me fait penser que...
Cher vous,
je disais donc que :
Dans ma cellule, au PCF, il y avait un de ces « vieux militants ». Difficile de trouver plus caricatural. Genre classe ouvrière version Front Populaire. Il portait son sempiternel bleu de travail usé, de gros godillots en cuir ridé et un béret noir. Ses ongles étaient noirs. Son regard aussi. Appelons le Henri.
J’adorais prendre Henri pour cible lors de ces réunions où je brillais par mes traits d’esprit, menant la vie dure à tous ces Staliniens de service. Henri gueulait lorsque je me présentais aux réunions avec des revues gauchistes. Je le traitais de vieux con. Lorsque les débats traînaient un peu, Henri entrait en somnolence et sa tête se penchait de plus en plus vers l’avant. Une fois sur deux, voûté sur sa chaise, son front heurtait légèrement la table en bois. Ca me faisait toujours rire.
Henri me détestait et il faut bien dire que le sentiment était réciproque.
Henri avait commencé à travailler à l’age de 16 ans. Il avait connu la Guerre. Il travaillait plus de 45 heures par semaine. Il allait travailler en mobylette, qu’il vente ou qu’il neige, avec sa gamelle accrochée au guidon. Sa femme était morte d’une longue maladie. Henri n’avait pas eu d’enfants. A de très rares occasions, il m’était arrivé de me rendre chez lui, pour récupérer du matériel ou parce qu’une réunion s’y tenait. Henri vivait dans une deux pièces qui suintait l’ennui, le conformisme. Meubles en formica, napperon sur la table, protège-tête sur les fauteuils. Chez Henri il n’y avait qu’un seul bol, une seule assiette, un seul verre. Tout le résumé d’une fin de vie en solitaire. Henri n’avait rien d’un flambeur.
Quant à moi, j’avais à peine vingt ans, j’étais jeune, j’étais beau, je gagnais déjà trois fois son salaire, et j’étais un parfait petit con.
Henri a tout juste réussi à atteindre l’age de la retraite avant de nous quitter définitivement. Je dois avouer que je n’ai pas été à son enterrement et je ne crois pas qu’il y avait beaucoup de monde présent ce jour-là.
Henri avait participé à la résistance anti-nazie. Henri avait risqué les plus belles années de sa vie pour m’offrir le luxe de me pointer avec des revues gauchistes et de me foutre de sa gueule. Le plus étonnant, c’est que Henri ne m’ait jamais craché à la figure. Henri avait tout d’un perdant à cette époque-là , mais la vérité est que c’est lui qui a finalement gagné. Je repense souvent à lui. J’aimerais pouvoir retourner dans le passé, attendre le moment précis où sa petite tête grise s’approche dangereusement de la surface de la table et là, d’un geste ample et fier, tel un mousquetaire du Roy posant sa cape sur une flaque d’eau pour protéger les fins chaussons d’une belle, j’aurais glissé un petit coussin. Oui, dors en paix, Henri, tu l’as bien mérité. L’Histoire t’acquittera, toi aussi.
EPILOGUE
Dans les tumultes des courants réactionnaires qui balaient l’Europe, il s’accroche à une branche et pense à Brecht qui disait qu’on parle toujours de la violence des eaux d’un fleuve, mais jamais de la violence des rives qui l’enserrent. Il se débat mais ne crie pas, ne gesticule pas, ne panique pas. Il tend l’oreille aux variations du courant, attentif au moindre signe de reflux. Parfois, sous l’emprise de la fatigue, l’idée l’effleure de tout lâcher. Mais il sait qu’il ne peut pas, ne doit pas et ne le fera pas. Car la branche n’est pas morte, elle est verte et souple et ne cède pas. Comme une main tendue, elle est le prolongement d’une autre branche, plus grosse, qui elle-même surgit d’un tronc épais, fermement planté sur une rive au-delà de la rive. Une rive où « No Pasaran » n’est pas juste un coup de gueule, mais aussi un énorme cri du cœur.

Viktor Dedaj

« ouf, je me sens déjà mieux »

mardi 22 avril 2014

Chronique de l’échec d’une stratégie

Le 5 mars dernier, le gouvernement de Pauline Marois, à rebours de leur propre promesse de tenir des élections à date fixe, dissolvait l’assemblée élue en 2012, ce fruit si décevant de l’éphémère printemps étudiant. Trente-trois jours plus tard, l’hécatombe électorale ! J’étais, ce soir-là, comme un grand nombre d’entre vous quelque peu effrayé de voir pointée cette ombre sordide qu’est ce nouvel hiver libéral sur notre coin de terre. Et comme beaucoup d’entre vous, les quelques signes positifs sur lesquels m’accrocher manquaient terriblement… Du moins, ce n’est pas les gains de la Coalition avenir Québec (CAQ) ou la victoire d’un troisième député de Québec solidaire (QS) qui rendront l’avenir moins terne. Pas dans notre système parlementaire britannique en tout cas. Enfin, les médiats sociaux (du moins les miens) se sont couchés assez tôt ce soir-là et la confusion et le désespoir furent les seuls compagnons de sommeil pour un grand nombre de souverainistes.

Dès le lendemain, après s’être aperçu que nul cauchemar n’avait été la cause de notre nouvelle réalité, le silence se transforma en îlots d’interprétations diverses sur le résultat des élections de la veille. Une seule chose les unissait tous : la confusion. Bien sûr, je ne parle pas de la frange fédéraliste de la population qui y a trouvé une sempiternelle occasion de crier à la mort du « séparatisme », mais bien de ceux qui croient encore au Québec. Pour autant, il n’est nul besoin d’être un « pur et dur » pour voir dans ce nouveau règne libéral quelque chose ressemblant étrangement à la case départ de 2003 et même les militants les plus obtus de QS ou de la CAQ savent très bien que leurs petites victoires restent bien ternes face au couronnement du monarque des « vraies affaires ». 
Mais encore, me direz-vous, est-ce qu’un nouveau gouvernement péquiste (même majoritaire) aurait été un évènement si extraordinaire qu’il aurait pu décorer de nouvelles pages à nos livres d’Histoire, comme ce fut le cas en 1976 et en 1994? Pas vraiment. Et c’est bien là tout le problème, car si le PQ n’a pas été en mesure de capitaliser sur l’espoir d’un peuple qui ne demandait (et qui ne demande toujours) que ça, c’est bien parce que la victoire de celui-ci ne dessinait aucuns des lendemains qui chante que la majorité (les 58% qui ont votés contre le PLQ) des Québécois demandent depuis plus de dix ans. 

Hélas ! Pour le mouvement souverainiste, un grand nombre de nos camarades, au lieu de prendre quelque temps afin de réfléchir à l’état de la situation, sont tombés dans le travers de la recherche du bouc émissaire[1]. C’est de la faute à Québec Solidaire! C’est de la faute à Option nationale (ON)! J’ai même parfois entendu du dire que c’était en partie celle du RRQ!? Ah qu’il est réconfortant de mettre la faute sur les autres, hein ! Le déni est un mécanisme de défense très rudimentaire que même les psys à deux sous connaissent bien. Mais à l’instar de la plèbe moyenâgeuse qui brulait des innocents et lançait des anathèmes à ceux qui leur révélaient les vérités qu’ils ne voulaient pas entendre, certains péquistes fanatisés par la défaite se mirent à semer leur courroux sur tout un chacun en oubliant au passage que c’est la stratégie qu’ils supportent qui a perdu. Et en amenant malheureusement tout le Québec avec elle…      

La défaite du PQ n’est pas un évènement conjoncturel propre à je ne sais quelle trahison, mais un mur sur lequel le PQ devait inévitablement se frapper. Tous les signes avant-coureurs y ont été observés et pourtant savamment ignorés. Du dépassement par l’ADQ (2007) à la victoire par défaut de 2012, en passant par le renversement du bloc[2] par le NPD, un seul constat : Le PQ est condamné à être une coalition souverainiste temporaire, autrement il perd. Dans son histoire, toujours il a perdu quand il a essayé de jouer au parti de gouvernement, alors de voir certains militants péquistes mettre l’échec de leur parti sur la faute de ceux qui en dénoncent l’égarement provincialiste (ON) ou qui prennent l’espace laissé vacant à gauche (QS) par un PQ jouant maladroitement la carte identitaire à la sauce ADQ-2007, cela relèvement clairement du déni de réalité. 

Et laissez-moi vous dire que certains y vont fort! J’ai entendu récemment, chez un militant de ce type, prétendre (au risque du ridicule) que QS et le PLQ complotaient ensemble contre le PQ. J’ai aussi pu observer plusieurs sites douteux comme le fameux « Dossier QS » et sa campagne de collant dénonçant le complot islamo-communiste de QS. Certains en sont même à ressortir des boules à mites le passé[3] de Roger Rashi et Françoise David afin de nous prouver que leur militantisme d’il y a près de 40 ans prouvait bien leur soi-disant double langage d’aujourd’hui. Je vous avoue que malgré tous mes griefs contre QS, cette campagne de salissage n’a fait que me donner un peu plus de sympathies pour ce parti et je ne crois pas être le seul dans cette situation. Ce n’est pourtant pas un si grand secret que ça que ce genre de campagne de peur ne fonctionne que pour l’électorat réactionnaire et que, du coup, elle a probablement dû bien plus fait de torts au PQ qu’à QS.

Enfin, inutile de tergiverser sur ces stratégies grotesques et revenons à l’essentiel, soit la cause de la libération de notre peuple. Historiquement, ce n’est pas le premier coup dur et cette époque néolibérale et réactionnaire n’est encore pas grand-chose au regard de la centaine d’années de repli que vécurent nos aïeules après 1837. Dans cet ordre d’idée, ceux affectionnant tout particulièrement la politique identitaire du PQ et sa charte seront prompts à affirmer que contrairement à l’époque ultramontaine, l’époque actuelle est submergée par l’immigration et l’islamisme, ce qui serait un danger spécifique de notre époque. Bien, sans tenir compte du fait qu’il y a une énorme part de fantasme dans cette peur (surtout pour ce qui est des musulmans) et que le Québec a, depuis la conquête, toujours été submergé par l’immigration[4], il est important de rappeler que ce qui incite la majorité des immigrants à immigrer à un endroit, ce n’est pas l’amour de la nouvelle patrie, mais bien la richesse de celle-ci. Or, le Canada anglais a toujours eu pour vocation de piller le Québec pour leur profit, ce qui explique pourquoi les immigrants le quittent très rapidement pour suivre la richesse pompée vers l’Ouest. Et par bonheur, ce sont les immigrants les moins opportunistes qui souvent restent. Alors, au lieu de se conter des peurs sur les musulmans qui complotent contre le Québec, il serait toute à l’honneur de notre cause que de continuer à leur tendre la main. Pour ce qui est des communautés serviles au pouvoir canadien et hostiles de génération en génération aux volontés de notre peuple, seules la fierté et l’affirmation de tout un chacun pourront leur fermer le clapet. Du moins, cela aura probablement beaucoup plus d’impact qu’une charte formelle potentiellement pas plus respectée que celle sur la langue française.          

Mais, au-delà de l’identité de notre peuple, qui inévitablement change constamment peu importe qu’il y ait de l’immigration ou pas, il importe de comprendre que ce qui pose problème chez nous ce n’est pas tant l’origine de nos très lointains aïeuls, mais le fait que nous sommes assujetties à un système qui nous a volé notre droit à l’autodétermination et c’est bien dans ce combat que doit être forgé l’identité de notre peuple.

Tout cela est bien beau, me diriez-vous, mais n’est-il pas primordial de tous s’unir afin d’affronter nos geôliers? Et comme les autres partis n’ont aucune chance de gagner les prochaines élections, nous devrions tous voter PQ en masse? Évidemment, l’argument remâché n’est pas sans logique dans l’absolu, mais encore une fois il faut cesser de réfléchir avec des « y-faudrait-dont-que » et tenir compte des réalités. S’il existe des partis concurrents, ce n’est pas à cause d’un quelconque complot, mais parce que le PQ n’agit plus depuis longtemps en coalition, mais en parti de gouvernement provincial attentiste à l’excès[5]. Alors vous pourrez crier au traitre comme il vous le plaira, mais la situation n’en changera pas pour autant. À moins que vous vouliez enlever le droit de vote aux militants souverainistes, votre travail (je dis cela aux militants spécifiquement péquistes) est de le remettre sur la voie qui lui donna le pouvoir autrefois, soit une cause claire avec des objectifs bien définis ainsi qu’une démocratie authentique en son sein. Autrement le PQ n’a pas d’avenir. Mais pour y parvenir, il vous faudra vous battre à mort contre cette caste d’apparatchik qui, en plus de détruire le parti, fait un grand tort au mouvement tout entier. Et il n’est pas certain que ça soit plus aisé que d’en bâtir carrément un autre, si vous voulez mon avis. Autrement, le PQ continuera sa dérive national-autonomiste néolibérale et finira inévitablement à se fondre avec la CAQ pour se disputer le pouvoir avec les libéraux dans le bon vieux bipartisme, fondement du système de Westminster.

Pour ce qui est de l’heure présente, prenons le temps (maintenant que nous en avons) pour repenser la stratégie et en revenir aux fondamentaux. Ce qui veut dire qu’il faut impérativement en finir avec la partisanerie! D’autres partis existent. Encore une fois, pas à cause d’un quelconque complot, mais parce qu’ils représentent des sensibilités politiques demandant représentation. Alors, soit on fait comme s’ils n’existaient pas (et on sait ce que ça donne), soit on en prend acte et on collabore, ce qui sous-entend des primaires ou quelque chose d’équivalent. Ensuite, on cesse de se prendre la tête avec des sujets de diversions comme la charte et la façon de faire de la bonne gouvernance provinciale. Il y a amplement d’éléments consensuels dans le principe de la maitrise de notre destin pour faire collaborer la gauche et la droite dans l’idée d’indépendance. D’ailleurs, le fait d’avoir plusieurs partis pourrait même être un avantage si nous pouvions mettre en place une démocratie proportionnelle, comme celle que le PQ proposait et qu’il a abandonnée pour des raisons bassement partisanes.    

Enfin, tout un chantier nous attend, mais si nous étions capables d’accepter sereinement que tout est à recommencer, depuis la fausse défaite de 95, nous pourrions nous éviter une seconde phase de dormance centenaire. Car cette fois-ci on risque bien, contrairement à celui des années soixante, de se réveiller sur un tas de ruines, ce que les libéraux ne manqueront pas de nous laisser comme héritage si nous les laissons faire.

Benedikt Arden


[1] La stratégie du bouc émissaire a, en fait, débuté bien avant la défaite, lorsque les sondages ont commencé à la prédire.
[2] Je confonds le Bloc Québécois avec le Parti du même nom pour des raisons évidentes.
[3] Évidemment le passé de Gille Duceppe, lui, n’a rien de comparable!?
[4] Les Anglais ont toujours utilisé l’immigration comme arme d’assimilation.
[5] Certaines mauvaises langues pourraient même affirmer que, comme les vieux partis communistes, ils exploitent l’espoir de révolution de leurs électorats afin de s’assurer leurs votes, mais sans y croire une seule seconde.

samedi 5 avril 2014

Le renouvellement des arrangements constitutionnels: le voleur qui crie «Au voleur!»

Le lundi matin 31 mars, lors de sa conférence de presse quotidienne, le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, s'est inspiré d'un article publié le matin même dans le journal La Presse, détenu par le monopole Power Corporation. Il a commencé par dire que l'article intitulé « Le choc, la charge, la charte » prouve sans l'ombre d'un doute une « machination calculée » par le PQ pour « créer une crise sociale » au Québec qui conduirait à une « confrontation » avec le gouvernement fédéral, résultant dans une impasse juridique qui « fournira des munitions pour la cause souverainiste ».

Interrogé par des journalistes pourquoi il y voyait un problème au fait que le PQ mettrait de l'avant une stratégie pour gagner les Québécois à l'idée de la souveraineté, il a écarté la question en disant qu'il n'y a pas de problème que des partis fassent valoir ouvertement leurs idées souverainistes, mais que la façon dont cela est fait en « créant une crise sociale » sur la question de la Charte des valeurs est « inacceptable » parce que c'est une « machination machiavélique » et qu'il n'a « jamais de sa vie politique rien vu d'aussi cynique que cela ».

Eh bien, il semble que le docteur Couillard a quelques trous de mémoire sur le passé récent et moins récent de la politique québécoise. Se rappelle-t-il de la façon dont, en 1995, lors du référendum tenu au Québec, les libéraux de Jean Chrétien se sont assurés que les résultats soient en faveur du Non ? La Commission Gomery a exposé une série de manigances que les libéraux de Jean Chrétien ont utilisées pendant et avant le référendum pour acheter des votes et influencer l'électorat, ce qui a culminé la veille du référendum par le fameux « love-in » organisé à Montréal sous le thème « Mon Canada inclut le Québec ». En quoi cela est-il différent d'une « machination calculée » ? Peut-il se porter garant que son parti n'est pas derrière l'hystérie créée récemment autour du mot « référendum », et largement promu par lui-même et ses candidats durant les deux premières semaines de cette élection ?

Où se situe-t-il sur la question de la « Loi sur la clarté » adoptée en 1999 par le parlement canadien sur ce qui constitue une « majorité acceptable » aux yeux du gouvernement fédéral advenant un autre référendum au Québec ? N'est-ce pas un prétexte pour organiser une « crise sociale » en ayant le gouvernement fédéral qui déclare illégitimes les résultats d'un autre référendum, créant ainsi les conditions pour invoquer la Loi sur les mesures de guerre ? Comment est-ce que Couillard peut garder le silence sur le fait que certaines forces dans le reste du Canada discutent ouvertement dans les médias de l'organisation d'un « référendum préventif pancanadien » pour arrêter toute nouvelle initiative par le gouvernement du Québec de tenir un autre référendum ? N'est-ce pas une « machination calculée ». Nous avons affaire ici au voleur qui crie: « Au voleur ! ».

Ce que le peuple doit se rappeler, c'est que le Parti libéral du Québec s'est opposé à l'idée d'un référendum qui place au coeur des discussions la volonté du peuple d'affirmer sa souveraineté. Discuter ensemble de l'avenir du Québec va à l'encontre tout ce que les libéraux représentent aujourd'hui, qui est le statu quo constitutionnel, soit le maintien des arrangements qui datent de l'époque des bâtisseurs d'empire coloniaux du XIXe siècle.

Aujourd'hui, ces sont ces mêmes dispositions constitutionnelles qui donnent la légitimité juridique au gouvernement Harper et aux gouvernements des provinces et du Québec d'utiliser le plein poids du pouvoir exécutif et/ou de leur majorité au Parlement pour mettre en place ou décréter de nouveaux arrangements au sein de l'État qui favorisent les intérêts privés des monopoles. Cela se fait aux dépens du bien public, en opposition à la volonté du peuple qui veut la garantie des droits individuels et collectifs dans le cadre d'une société moderne. Par exemple, il n'est pas surprenant que les libéraux de Charest et maintenant sous Couillard promeuvent encore plus la privatisation du système de soins de santé comme le soi-disant remède à la crise dans laquelle ils nous ont eux-mêmes plongés.

Le parti libéral a montré maintes et maintes fois qu'il est coincé dans ses anciennes façons de créer des crises pour maintenir un statu quo constitutionnel qui étouffe autant la nation québécoise que le reste du Canada. Au contraire, nous avons besoin d'occuper l'espace du changement nous-mêmes en mettant sur pied des commissions sur l'avenir du Québec.

Fernand Deschamps, candidat du PMLQ dans St-Laurent (élection 2014)

lundi 24 mars 2014

PKP, le PQ et la cause du peuple

C’est arrivé le 9 mars dernier, l’un des deux grands magnats du Québec en ce qui concerne le monopole médiatique et l’abêtissement public officialisait sa candidature dans la circonscription de St-Jérôme sous les couleurs du PQ. Cette nouvelle, quoique très peu surprenante, a tout de même fait couler beaucoup d’encre sans compter qu’elle a provoqué l’éveil de quelques Elvis Gratton, comme le grand intellectuel Sam Hamad! « Intellectuel » cuistre évoquant tout le respect qu’il porte à ses électeurs dans cette citation : « les gens de Québec, ils ne veulent pas un pays, ils veulent une équipe de hockey »! Cet épique commentaire est tout à fait digne de celui qui l’exprime. Il est seulement fort désolant de constater qu’encore autant de gens dans notre société soient à ce point éloignés de tout esprit civique pour toujours plébisciter ce genre d’individu.

Enfin, pour revenir à notre candidat « vedette », l’inénarrable Pierre Karl Péladeau (dit PKP) change maintenant de peau et laisse tomber son ancien rôle de capitaliste sans scrupule pour devenir l’homme de la Nation! Outre les commentaires des fédéralistes et autres personnes du même acabit, qui n’ont dans le fond aucune espèce d’importance, il est fort intéressant de voir les réactions des péquistes « de gauche », comme ceux du SPQ libre, qui se vautrent dans l’argumentaire du front uni tout en cachant à peine l’énormité de la couleuvre qu’ils doivent avaler afin de maintenir l’impérative unité. Évidemment, militer au côté d’un des pires patrons auxquels le mouvement syndical a dû faire face relève évidemment du grand art, mais aussi d’une des grandes difficultés que pose la position des militants souverainistes et socialistes. Car la lutte d’indépendance parasite autant la lutte des classes que la lutte des classes parasite la lutte d’indépendance dans une situation de peuple colonisé. Il est sûr que ce paradoxe n’est pas perçu avec autant d’aplomb dans le tiers-monde que dans le monde occidental et il est certain que ces projets se sont toujours mieux mariés dans des périodes plus difficiles du point de vue économique et social, un peu comme nous l’avons connu avant les années 1970. Malgré tout, et surtout depuis les années 1980, ce problème tend à refaire surface lors des situations d’« unions sacrées », qu’elles soient d’un point de vue d’une union des gauches (Québec Solidaire) que d’union des souverainistes (Parti Québécois), car ces unions ont en partie le même électorat. Le problème est donc d’abord une question de priorité, car tous ceux qui veulent un changement radical sont contraints de vouloir l’union des forces progressistes, même s’il n’existe pas de place pour deux fronts unis de ces types dans notre paysage politique. Cette situation rend donc le terrain politique assez complexe d’un point de vue stratégique et il n’est pas aisé de voir quelle stratégie est la plus convaincante pour les militants de la gauche souverainiste.

mardi 18 mars 2014

DICTATURE ET DÉMOCRATIE, DES NOTIONS DISTINCTES MAIS NON DISJOINTES

De tout temps, les philosophes et autres sociologues tentent de résoudre le problème fondamental qui se pose dès qu'on aborde ces concepts de « démocratie » et de « dictature ». Pourtant, il n'appartient pas qu'aux philosophes ou aux sociologues et autres « politologues » seuls de résoudre cette question, tant il en est qu'ils puissent le faire, ou, obnubilés par les nombreuses idéologies des classes dominantes qui se sont succédées depuis la Grèce de Périclès jusqu'à nos jours, en passant par la féodalité du Moyen-Âge, qu'ils soient même possible qu'ils le fassent, encadrés comme ils l'ont toujours été, par une superstructure idéologique qui ne répond qu'aux intérêts des dominants.

Ni Crito ni Socrate n'ont pu répondre à cette question parce que l'un et l'autre était des gentes dominantes d'Athènes avec la conviction que rien ne pouvait plus représenter le progrès que la société athénienne d'alors. Nous sommes en 399 avant l'Ère chrétienne. De même, les capitalistes d'aujourd'hui et leurs perroquets d'usage, considèrent la société capitaliste comme la forme la plus élevée possible.

Nous répondrons donc à leur place. Tant que la société de classe existera, les mêmes arguments reviendront sans cesse. Ce qu'il nous faut, c'est transformer le monde pour transformer les consciences et fonder une société nouvelle, encore plus avancée.

vendredi 7 mars 2014

Venezuela : Socialisme et Pénurie

On ne peut se lasser de décortiquer le langage des médias. Tenez, lorsqu’ils utilisent le mot « Pénurie ». Rappelons aux plus jeunes que « Pénurie » (avec une majuscule) est synonyme de « socialisme ». Là où il y du socialisme, il y a de la Pénurie. La Pénurie s’installe là où il a du socialisme. Pénurie et socialisme voyagent dans le même train. Si vous vous amusez à toucher aux lois du marché, le marché se venge en se pénurisant. La Pénurie est la conséquence du socialisme. Le socialisme produit la Pénurie. Pénurie et Socialisme sont dans un bateau mais personne ne tombe à l’eau, ou alors tous les deux, parce que Pénurie et Socialisme sont fermement agrippés l’un à l’autre.

A contrario, le capitalisme ne produit jamais de Pénurie. Impossible. Il voudrait le faire qu’il ne saurait pas comment s’y prendre, car le capitalisme répond à des besoins. Et là où il y a des besoins, le capitalisme répond. Donc, pas de Pénurie. On parlera éventuellement de rupture de stocks, ou de pénurie (avec un « p » minuscule, comme dans « pénurie de logements à Paris ») mais pas de Pénurie. Cette Pénurie-là est inhérente au socialisme. La petite pénurie/rupture du capitalisme est juste une période transitoire d’ajustement de la loi de l’offre et la demande.

Exemple : les 10.000 enfants qui meurent de faim par jour ne sont pas les victimes d’une Pénurie alimentaire (Pénurie=socialisme, rappelez-vous) mais d’une malencontreuse et temporaire inadéquation entre l’offre et le demande. C’est-à-dire que la demande n’a pas encore été identifiée par le marché. L’offre ne s’est donc pas encore ajustée à la demande. Nul n’est censé ignorer les lois du marché. Alors patience, les enfants, car les ajustements structurels sont en cours. Revenez dans 100 ans, et vous verrez.

mercredi 5 mars 2014

L'Europe, c'est la guerre!

D'hier jusqu'à aujourd'hui, les arguments de la défense de la "civilisation" et de la "paix" ont bien souvent servi à mettre en place les pires desseins. Pire encore qu'hier, le "camps occidental" prépare présentement le cadre général de la prochaine grande guerre et cela à notre insu. Dans cette longue conférence, François Asselineau met en lumière et en perspective tous ces éléments d'avenir si funestes que construisent nos belliqueuses élites, mais dont il nous est encore temps de freiner l'élan!   

mercredi 26 février 2014

Roger Rashi : L'histoire du PCO & de la Ligue Marxiste-Léniniste



Mémoire militante vous invitait le 25 février à revisiter l'histoire d'une importante organisation politique dans l'histoire du Québec: le Parti communiste ouvrier (PCO). 

Roger Rashi, ex-président de ce groupe marxiste-léniniste, était le conférencier pour cette soirée. Tout en faisant un retour sur le contexte politique global du Québec de l'époque, Roger Rashi traita sur les fondements idéologiques du PCO ainsi que sur leur mode d'action. De plus, Roger Rashi est revenu sur certains aspects (la question nationale notamment) qui ont contribué à la dissolution de ce parti fort important dans l'histoire du Québec. 

Le Parti communiste ouvrier a existé de 1975 à 1982 et connait des milliers de membre, ce qui en fait l'une des plus grosses organisations politiques de gauche de l'histoire du Québec.

mercredi 15 janvier 2014

Notre identité

Le mémoire du PMLQ apporte une perspective bien claire sur comment nous forgeons notre identité en tant que peuple. Il n'est pas possible de poursuivre ces activités qui rendent la vie sociale possible, et permettent d'affronter la vie dans toute sa complexité, sans que cela ait un effet sur nous et sans que cela produise une identité. La façon dont nous gagnons notre vie, notre participation à la vie sociale et culturelle, les rapports que nous entretenons entre nous et avec les autres peuples du monde, tout cela crée une identité — un «caractère national», pour ainsi dire. Ça ne peut pas faire autrement. Le fait de vivre une situation spécifique, de gagner sa vie d'une façon spécifique, de communiquer dans une langue spécifique, crée nécessairement quelque chose de commun, ce quelque chose qu'on appelle «identité» ou «caractère national».

C'est pourquoi il faut surtout porter attention à la qualité de ces rapports, de comment nous gagnons notre vie, individuellement et en tant que société, comment nous participons à la vie sociale et culturelle et comment nous interagissons entre nous et avec les peuples du monde. On ne peut pas accepter que, juste parce que le français est la langue officielle et que le Québec est fait de gens de différentes origines nationales, le problème de l'identité peut être réglé sur la base des vieilles conceptions appelées intégration, assimilation ou multiculturalisme. Ce sont différentes façons d'accomplir la même chose, mais accomplir quoi? Est-ce conforme à ce que le peuple souhaite? Est-ce décidé par le peuple?

La vieille façon de faire les choses ne permet même pas de commencer à traiter des conditions concrètes de la vie ou des aspirations du peuple. Mais une chose est certaine : en abordant cette question ensemble nous développons notre identité. Ce n'est pas sans raison que le problème se pose. C'est parce qu'il est nécessaire de réunir les énergies créatives de tout le monde pour créer une identité qui correspond exactement aux aspirations du peuple, qui correspond au désir de vivre dans la sécurité et dans la paix, qui correspond au désir de liberté réelle et de progrès.

Amélie Lanier

dimanche 5 janvier 2014

"Marx et la Nation" de Didier Thévenieau




Je n’ai ni le goût, ni le temps de faire des concours de vitesse avec des statues mais en ce jour de Pâques, le son des cloches est trop fort pour ne pas avoir envie de ramener ici, le silence de la pensée nécessaire à toute humanité.

Au-delà des propos haineux d’une partie du NPA à l’égard du PG et de Jean-Luc Mélenchon (peut-être minoritaire mais bruyante), il est un point de philosophie politique qui semble échapper à celles et ceux qui n’ont lu Marx que dans les revues de leurs maîtres, et qui se refusent à penser en écartant toute idée qu’ils pourraient se tromper (fiers des résultats de leur stratégie certainement ?). Ce questionnement c’est celui qui cherche à comprendre les liens entre Marx et la Nation. Et à ne lire que des fragments, on en oublie l’essence même du marxisme.

Souvent est répétée à l’envie cette phrase du Manifeste : "Les prolétaires n’ont pas de patrie". De là les courtes vues ont pris des positions figées et fausses, d’un côté en imposant leur anarchisme ou leur internationalisme contre la nation, et de l’autre en dénonçant les marxistes comme des traîtres à la patrie. Le problème, c’est que cette phrase est instrumentalisée des deux côtés.

Si on peut comprendre ce détournement malhonnête du côté des nationalistes et capitalistes patriotiques, on a du mal à l’admettre aujourd’hui chez celles et ceux qui se réclament de la lutte des classes et qui l’affaiblissent en ne luttant que contre eux-mêmes.

Quand Marx et Engels écrivent cette phrase, ils veulent justement dénoncer la classe dominante qui ne permet pas à la classe ouvrière d’avoir une place dans la nation. En aucun cas ils nient l’idée de nation, et jamais ils ne disent que les prolétaires ne doivent pas avoir de patrie ! Au contraire, le prolétariat doit "conquérir la nationalité" et "conquérir la démocratie." La classe ouvrière doit se constituer en nation sans se laisser réduire au nationalisme bourgeois (ce que tente de faire une partie du NPA aujourd’hui), ni se laisser impressionner par l’idée patriotique du capitalisme assassin. Le prolétariat doit refonder la nationalité.

samedi 4 janvier 2014

Michéa face à la stratégie Godwin

Récemment associé à la galaxie lepéniste par un dossier du "Point", le philosophe Jean-Claude Michéa, auteur d'"Impasse Adam Smith", répond à ses détracteurs et se défend face à la tentative d'annexion de sa pensée antilibérale par l'extrême droite. 
 
Un hebdomadaire faisait sa une, il y a quelques semaines, sur les «néocons», vous bombardant comme l'idéologue le plus emblématique d'une véritable lame de fond identitaire, souverainiste et protectionniste, et amalgamant votre nom à celui de Marine Le Pen, soi-disant admirative de vos écrits. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 

Jean-Claude Michéa : N'exagérons rien ! Le magazine de François Pinault a d'ailleurs bien pris soin - sans doute pour brouiller un peu plus les pistes - d'inclure également, dans sa liste noire des «néoconservateurs à la française», des personnalités telles que Régis Debray, Arnaud Montebourg, Natacha Polony, Benoît Hamon ou Yves Cochet. Liste dont l'absurdité devrait sauter aux yeux puisque la nébuleuse «néoconservatrice», telle qu'elle a pris naissance aux Etats-Unis, est plutôt connue pour son soutien constant aux politiques de Reagan et de Bush père et fils - trois présidents qu'il est difficile de tenir pour de farouches contempteurs du capitalisme ! Naturellement, la pratique qui consiste à inverser délibérément le sens des mots afin de rendre plausibles les amalgames les plus fantaisistes n'a rien de nouveau.

Clemenceau et Staline avaient ouvert la voie - le premier en forgeant, en 1906, la notion de «complot anarcho-monarchiste» et le second, dans les années 30, celui d'«hitléro-trotskisme». Ce qui est nouveau, en revanche, c'est l'agenda idéologique qui préside à ce type d'amalgame. Au XXe siècle, en effet, les évangélistes du capital se contentaient généralement de dénoncer la «main de Moscou» dans toute critique - fût-elle simplement keynésienne - de l'économie de marché. Or, une telle stratégie est devenue sans objet une fois l'empire soviétique disparu et actée la conversion définitive des gauches occidentales au culte du libéralisme économique et culturel. De ce point de vue, c'est certainement la publication, en 2002, du Rappel à l'ordre, de Daniel Lindenberg (ouvrage qui entendait déjà dresser la liste des «nouveaux réactionnaires»), qui symbolise au mieux la nouvelle donne idéologique. Ce petit livre, écrit à la demande de Pierre Rosanvallon (alors l'un des membres les plus actifs du Siècle, le principal club de rencontre, depuis 1944, de la classe dirigeante française), est en effet le premier à avoir su exposer de manière aussi pédagogique l'idée selon laquelle le refus «d'acquiescer à l'économie de marché» et l'attachement corrélatif aux «images d'Epinal de l'illibéralisme [sic]» constituait le signe irréfutable du retour des «idées de Charles Maurras». C'est, bien sûr, dans le cadre de cette stratégie (que j'appellerais volontiers, en référence au point du même nom, la stratégie Godwin) qu'il faut interpréter la récente initiative du Point (magazine dont la direction compte d'ailleurs dans ses rangs certains des membres les plus éminents du Siècle). Tous ceux qui pensent encore que la logique folle de la croissance illimitée (ou de l'accumulation sans fin du capital) est en train d'épuiser la planète et de détruire le principe même de toute socialité ne devraient donc nourrir aucune illusion. Si, comme Bernard-Henri Lévy en avait jadis exprimé le vœu, le seul «débat de notre temps» doit être «celui du fascisme et de l'antifascisme», c'est bien d'abord au prétexte de leur caractère «conservateur», «réactionnaire» ou «national-nostalgique», que les contestations radicales futures seront de plus en plus diabolisées par les innombrables serviteurs - médiatiques, «cybernautiques» ou mandarinaux - de l'élite au pouvoir.

vendredi 3 janvier 2014

Alain Deneault en croisade contre la gouvernance

Suivant les traces de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, les gouvernements occidentaux s'engagent de plus en plus dans ce qu'ils appellent la « gouvernance », c'est-à-dire, selon Alain Deneault, le projet d'adapter l'État aux intérêts et à la culture de l'entreprise privée. 

Dans l'essai Gouvernance : le management totalitaire, l'auteur montre que les citoyens sont les grands perdants dans cette manière de gouverner, qui les éloigne de la prise de décisions et qui fragilise la démocratie.

lundi 23 décembre 2013

La modernité contre la démocratie

Pour Francis Dupuis-Déri, la démocratie n'est pas celle que l'on croit et son histoire est encore plus méconnue. Détestée et ridiculisée pendant des siècles, la démocratie était vue comme le pire des régimes pendant des générations en Occident. Dans Démocratie. Histoire politique d'un mot (Lux éditeur, 2013), le professeur au Département de science politique de l'UQAM conclut avec fracas : le Canada n'est pas une démocratie et ne l'a jamais été.

vendredi 20 décembre 2013

Mandela est mort. Pourquoi cacher la vérité sur l’apartheid ?

Mandela a qualifié la défaite assenée par les internationalistes à l’armée raciste de Cuito Cuanavale de victoire pour l’Afrique. Le peuple cubain éprouve des sentiments de fraternité profonde avec la patrie de Nelson Mandela.

L’Empire a peut-être cru que notre peuple ne tiendrait pas parole lorsque, pendant les jours incertains du siècle passé, nous avions affirmé que Cuba continuerait à lutter si l’URSS disparaissait.

La seconde guerre mondiale a éclaté lorsque, le 1er septembre 1939, le fascisme nazi envahit la Pologne et s’abat comme la foudre sur l’héroïque peuple d’URSS qui a donné 27 millions de vies pour préserver l’humanité de ce brutal massacre qui mit fin à la vie de plus de 50 millions de personnes.

Par ailleurs, la guerre est l’unique activité que, tout au long de l’histoire, l’homme n’a pas été capable d’éviter; ce qui a conduit Einstein à répondre que s’il ne savait pas comment serait la 3ème guerre mondiale, la 4ème serait certainement à coup de pierres et de bâtons.

Si nous additionnons les moyens disponibles des deux plus grandes puissances, les États Unis et la Russie, elles disposent de plus de 20.000 ogives nucléaires. L’humanité devrait savoir que, 3 jours après l’avènement de John F. Kennedy à la présidence de son pays, le 20 janvier 1961, un bombardier B-52 américain, effectuant un vol de routine et transportant deux bombes atomiques 260 fois plus puissantes que celle utilisée à Hiroshima, est précipité au sol lors d’un accident. Des mécanismes de sécurité très sophistiqués et complexes doivent alors intervenir pour éviter l’explosion des bombes. Tout fonctionne à la perfection pour la première qui tombe au sol sans risque; trois des quatre mécanismes de sécurité de la seconde ne fonctionnent pas, le quatrième présente des dysfonctionnements majeurs et s’il n’y a pas d’explosion, c’est par pur hasard.

samedi 14 décembre 2013

Portrait du patriote Amury Girod

Amury Girod entre dans la vie active en pleine effervescence de la lutte des peuples d'Amérique pour affirmer leur indépendance. Né en Suisse vers 1798, il approche la vingtaine lorsqu'il se rend en Amérique du Sud pour participer aux luttes anticolonialistes qui s'y mènent. Après avoir combattu contre les Espagnols au Mexique, certains disent avec le titre de lieutenant-colonel de cavalerie, Girod est en Colombie où il se joint à la lutte de Simon Bolivar, peut-être pour y ouvrir des écoles d'agriculture. C'est son domaine d'étude et les nouvelles républiques andines en ont besoin. Après un retour en Europe où il voyage dans divers pays, Girod revient au Mexique et passe ensuite aux États-Unis où il aurait entendu parler de la lutte de libération du Bas-Canada pour s'affranchir du joug britannique. Lorsqu'il arrive à Québec en 1831, il sait parler l'italien, l'espagnol, l'allemand, l'anglais et le français.

Il offre ses services au journal Le Canadien. Ses articles portent sur l'importance de l'enseignement des sciences, des mathématiques et de l'histoire naturelle. Il propose de créer dans chacun des districts de Québec, Trois-Rivières et Montréal une institution qui comprendrait une école normale et une ferme modèle. Dans une conférence prononcée au Quebec Mechanic's Institute il dit:

« Notre objet, c'est de combler l'abîme que l'ignorance et la présomption ont creusé entre la science et l'industrie. L'érudition du savant est stérile si elle ne devient pas utile à la vie pratique; les arts et l'industrie sont irréguliers et sans précision sans l'aide de la science. »[1]

lundi 9 décembre 2013

Petite réflexion sur les chartes de droits

Récemment, je suis tombé sur une petite brochure du jeune Karl Marx intitulée « La Question juive » (1843). Cette brochure est, comme son titre le laisse entrevoir, une virulente critique de la morale judaïque et de ses implications sur le monde matériel. Mais détrompez-vous, vous qui croyez peut-être que je vais délibérer sur le terrain religieux. Tout au contraire! Quoique le complément critique que propose Marx à Bruno Bauer soit loin d’être sans intérêts, ce qui a attiré mon attention dans cette brochure est un sujet parallèle traité dans le texte, soit celui de la question des chartes de droits. Et comme vous le savez peut-être, les questions relatives aux chartes de droits, principes pratiquement métaphysiques chez ceux que l’on appelle les « chartistes », sont des plus actuelles chez nous. Surtout avec tous ces débats biaisés et creux concernant la charte des valeurs québécoises (projet de loi 60) et ses implications dans la fonction publique. 
 
Outre la très importante distinction faite entre « homme » et « citoyen » dans cette critique des chartes de droits, ce que j’y ai retrouvé de plus frappant, c’est le lien très évident que fait Marx entre droit dit de l’homme et droit du capitaliste (ou bourgeois). Ce parallèle, qui pourrait paraitre étonnant chez l’homme de gauche du commun et qui sera considéré à l’inverse comme une révélation du caractère totalitarisant du marxisme chez l’homme de droite, est pourtant bien évident quand l’on se pose la bonne question. Dans une société de droit qui se veut libre et démocratique et dont le caractère économique est purement social, en quoi est-ce que le statut privé de l’industrie peut-il être considéré comme un droit? Cette question, même si elle est pourtant vieille comme la société capitaliste, est encore à ce jour loin d’être réglé. Et c’est cette question qui est posée via la critique des chartes de droits. Mais avant d’aller plus en avant, partageons un extrait de cette fameuse brochure de Karl Marx :

jeudi 5 décembre 2013

Tête à tête Frédéric Taddeï et Régis Debray

Dangereux terroriste interdit de séjour aux USA, rejeté par la droite complexée (la gauche moderne du PS) car resté de gauche (la vraie !) Régis Debray a aujourd'hui 72 ans.

dimanche 1 décembre 2013

L’austromarxisme & la lutte ouvrière de la culture nationale

Dans la société capitaliste, la classe ouvrière est exclue de la communauté nationale de culture. Seules les classes dominantes et possédantes s’approprient les biens nationaux de culture. Le parti ouvrier social-démocrate aspire à faire de la culture nationale, produit du travail du peuple tout entier, la propriété de l’ensemble du peuple, et à rassembler ainsi tous les membres d’un même peuple en une communauté national de culture, à réaliser la nation en tant que communauté de culture.

Quand la classe ouvrière lutte pour des salaires plus élevés et un temps de travail plus court, quand elle veut édifier le système scolaire de manière à ce que l’école donne aussi l’accès aux trésors de leur culture nationale aux enfants du prolétariat, quand elle exige une liberté totale de presse, d’association et de réunion, elle lutte pour les conditions d’extension de la communauté national de culture.

Mais la classe ouvrière sait que les travailleurs, au sein de la société capitaliste, ne peuvent jamais accéder à la jouissance complète de la culture nationale. C’est pourquoi elle doit conquérir le pouvoir politique et transférer les instruments de travail de la propriété privé à la propriété sociale. C’est seulement dans une société fondée sur la propriété sociale et la production coopérative que le peuple entier sera convié à participer à la jouissance des biens nationaux de culture et à collaborer activement à la culture nationale. La nation doit d’abord devenir une communauté de travail, avant de pouvoir devenir une communauté de culture pleine et véritable se déterminant elle-même.

C’est pourquoi la socialisation des moyens de travail est l’objectif, et la lutte de classe, l’instrument de la politique nationale de la classe ouvrière.  

Otto Bauer, La question des nationalités et la social-démocratie (1907), 
P. 534 & 535

mardi 26 novembre 2013

CONFÉRENCE : La vraie nature du capitalisme selon le prof. Lauzon

Les Étudiant-e-s socialistes UQAM organisaient, le mardi 19 novembre 2013, une conférence de Léo-Paul Lauzon discutant de la vraie nature du capitalisme.
 
Léo-Paul Lauzon est professeur à l'UQAM à l'École des sciences de la gestion ainsi que critique sociale et blogueur. Souvent appelé à commenter et à débattre l'actualité dans les médias, Léo-Paul Lauzon écrit plusieurs chroniques pour des journaux communautaires. Il a fait également l'objet de nombreux reportages au sein de revues, de journaux. Il est l'auteur et le co-auteur de 70 études et de près de vingt livres, dont les deux derniers, intitulés Comptes et Contes du prof Lauzon, se sont classés parmi les meilleurs vendeurs au Québec pendant plusieurs mois. Finalement, il est un des rares critiques sociales qui se réclame du socialisme.


jeudi 14 novembre 2013

Déclaration d'appui du PCQ au projet de loi 60

Le Comité Exécutif Central du PCQ a convenu, par un vote unanime, plutôt la semaine dernière, de donner son appui au projet de loi 60, portant sur la création d'une charte québécoise sur la laïcité.

Le PCQ convient que le projet de loi, tel que déposé par le gouvernement de madame Pauline Marois, est encore loin d'être parfait.  N'aurait été que de nous, nous aurions encore changé plusieurs choses.  Une chose demeure.  Ce projet, même dans sa forme actuelle, demeure de très loin souhaitable au maintien du statu quo sur les questions de laïcité au niveau des services rendus par l'État québécois.

Il est encore difficile de savoir ce qui adviendra de ce projet de loi.  Ultimement, il pourrait encore y avoir certains changements, de manière a permettre son adoption à l'Assemblée nationale.   Nous, au PCQ, aimerions que le projet de loi soit effectivement bonifié encore plus, mais nous sommes malgré tout prêts à l'appuyer, y compris dans sa forme actuelle.
Le Comité Exécutif Central du PCQ convient également  des conclusions suivantes :

mardi 12 novembre 2013

Table ronde : Les origines et objectifs de la construction européenne



Les participants : 

Annie Lacroix-Riz, Ancienne élève de l'école normale supérieure (Sèvres), élève de Pierre Vilar, agrégée d'histoire, docteur ès lettres, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris VII -- Denis Diderot, Annie Lacroix-Riz est spécialiste des relations internationales dans la première moitié du XXe siècle. Ses travaux portent sur l'histoire politique, économique et sociale de la Troisième République et de Vichy, sur la période de la Collaboration dans l'Europe occupée par les nazis, sur les relations entre le Vatican et le Reich ainsi que la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et après la Seconde Guerre mondiale. Elle est également connue pour son engagement communiste au "Pôle de renaissance communiste en France" (PRCF), gardien de l'orthodoxie marxiste et en rupture complète avec le Parti communiste français.

Annie Lacroix-Riz a publié de nombreux ouvrages, dont plusieurs ont connu un certain retentissement et ont provoqué des polémiques, et notamment "Industriels et banquiers français sous l'Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy", Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1999, "Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930", Paris, Armand Colin, 2006, ou encore "L'intégration européenne de la France : La tutelle de l'Allemagne et des États-Unis", Paris, Le Temps des cerises, 2007.

Jean Bricmont, Professeur de physique théorique à l'université catholique de Louvain, membre de l'Académie royale de Belgique, est notamment l'auteur du livre Impérialisme humanitaire : Droits de l'homme, droit d'ingérence, droit du plus fort ? 

John Laughland : Docteur en philosophie de l'Université d'Oxford, ancien lecteur à la Sorbonne et à l'Institut d'Études Politiques de Paris, John Laughland est un journaliste britannique eurocritique qui a publié des articles dans de nombreux journaux prestigieux du monde anglo-saxon comme le Guardian, le Mail on Sunday, le Sunday Telegraph, le Wall Street Journal, le National Review, etc. Parfaitement francophone, il est depuis 2008 le Directeur de l'Institut de la Démocratie et de la Coopération à Paris et chercheur au Centre pour l'Histoire de l'Europe centrale à la Sorbonne (Paris -- IV).

En 1997, John Laughland a publié un livre retentissant au Royaume-Uni : The Tainted Source: The Undemocratic Origins of the European Idea" dans lequel il analyse les affinités idéologiques de l'Union européenne avec le fascisme, le nazisme et le communisme. Ce titre, dont la bonne traduction en français serait La Source Corrompue, ou Les Origines antidémocratiques de l'idée européenne a paru en France ches François-Xavier de Guibert sous un titre curieusement éloigné de la puissance du titre original : La Liberté des nations, essai sur les fondements de la société politique et sur leurs destruction par l'Europe.