lundi 28 décembre 2009

Une société de libertinage... ou d'esclavage?


Désormais, plus personne ne peut nier que si l'économie intérieure de nos pays est toujours existante, c'est bien que par le biais de la consommation et que la seule production dont ils peuvent encore se vanter d'être les numéros 1 est bien entendu la production de déchets. Depuis les grands jours de la mondialisation heureuse, les intérêts économiques et commerciaux ont fait que toutes les productions consommées ici sont majoritairement faites dans ce que l'on pourrait appeler l'atelier du monde (tiers-monde, chine, etc.) et cela évidemment pour le plus grand bonheur des consommateurs insatiables que nous sommes ainsi que pour le plus grand malheur de ceux qui croyaient avoir trouvé «dans les métiers concrets» un bon gagne pain. Malheur aux uns et bonheur aux autres! Fallait bien être sot pour croire que l'avenir n'était pas dans un puéril travail de bureau à vendre du virtuel. Mais bref, étant donné que la production a laissé place au secteur tertiaire, et plus précisément à l'industrie du service, le travail des uns nécessite l'obligation du service à l'autre (au sens uniquement mercantile bien sûr). Cette nouvelle problématique, qui est de devoir rendre service si l'on veut vivre, amène un problème tout nouveau dans l'accroissement du marché et celui-ci se résume vulgairement comme suit: «il nous faut plus d'incapables(1) pleins de fric et moins de gens indépendants et pauvres».
La solution à ce problème allait de soit et ne fut pas très difficile à trouver, car elle est apparue tout naturellement au travers de la doctrine libérale. Auparavant, le bonheur se situait essentiellement dans trois sphères de la vie(2), soit un travail socialement valorisant, de l'actualisation communautaire et de l'épanouissement spirituel. Avec l'avènement de l'individualisme, de la concentration urbaine et des révolutions libertaires, les choses sont devenues radicalement différentes. Les gens n'ont plus rien à attendre de leurs voisins, ils n'ont plus à respecter qui que ce soit (rebellitude oblige), ils peuvent aussi jouir de l'étrange sentiment qui est de croire que l'on ne doit rien à personne (encore moins à la société) et que tout leur est dû (leurs fameux droits innés diront certains). Et pour la spiritualité, inutile de dire que nous sommes beaucoup plus dans un grand supermarché, où l'on prend un peu partout ce qui fait notre affaire, que dans un contexte de devoir moral et de croyances, et ce, quand on ne dit tout simplement pas la grotesque formule «je ne crois en rien d'autre qu'en moi-même». Tout pour dire que les seules motivations qui prévalent dans notre société postmoderne sont aujourd'hui l'oisiveté, la jouissance, la luxure et autres idéals malsains découlant de la volonté de nos pulsions. Aujourd'hui, contre vents et marée, notre bienveillante société libertaire nous offre ce bonheur interdit, ce fameux rêve consumériste auquel seules les débiles pourraient dénier toutes les vertus. Mais vous l'avez compris, ce rêve n'étant atteignable que par une minorité de gens qui vivent justement sur le dos de ceux qui veulent atteindre ce mode de vie, les autres ne feront que s'appauvrir et du coup feront vivre la machine qui les aliène et les exploitent.
Cette culture de l'homme nouvellement retranchée au rang d'animal, vient régler un dilemme des plus menaçant à l'économie mondialiste, qui est d'augmenter les incompétences domestiques sans pour autant baisser le pouvoir d'achat. La réponse est facile, c'est le cercle éternel du travailleur jouisseur. Par conformisme libertaire, le crétin de base négligera le plus possible ses devoirs personnels et social pour se concentrer totalement à son projet de jouissance individuel, mais comme il a été dit, plus on travail pour jouir, plus il faut payer pour faire faire ce que l'on n'a plus le temps ou plus la capacité de faire à cause du temps de travail que l'on prend de plus pour se payer de l'inutile indispensable. Et bien entendu, tous ces efforts dévalorisants motiveront encore plus le besoin de jouissance qui est lui-même à l'origine du problème de surtravail. Cette spirale revient (au sens économique) à rester au point nul si l'on n'a pas juste moins au final, mais au sens humain c'est l'aliénation suprême, car cette obsession du bonheur par l'achat occulte les besoins humains essentiels et qui donnent à la vie sa véritable raison d'être. Quand on travail dans des métiers ultras spécialisés et que l'on consomme des merdes qui ne sert à rien sauf à enrichir ceux auquel l'on doit ressembler, on néglige les talents nécessaires aux autres jouissances naturelles qui elles ne sont pas déterminées par le nombre de zéro dans son compte en banque. Mais ne vous inquiétez pas, il y a une industrie de service (psychologue de ménage, agence de rencontres, voyantes, goatch de motivations et autres gourous), pour tous les handicapés sociaux que cette société produit, preuve que même les dégâts peuvent être rentable si l'on néglige le suicide et la dépression (bien qu'encore rentable pour les vendeurs de pilule et de services funèbres).
En résumé, la société de consommation emploie des gens à faire des travaux concrètement improductifs et très spécialisés, tout en limitant au maximum leurs temps libres par un nombre d'heures de travail trop élevé et finalisé par une consommation oisive de passe-temps débiles qui font que nous ne faisons presque plus rien d'autre que travailler et s'abrutir. Sans s'en rendre compte, le peuple, qui était jadis constitué de cellules familiales multidisciplinaires et à la limite de l'autogestion, est devenu un agglomérat d'unité spécialisée(3) dans une tâche, mais complètement incompétente dans tous les autres domaines de la vie (un peu comme des cellules). En fait, l'on peut parler de prolétarisation du domaine privé, dernier bastion de l'indépendance chez l'homme. Mais comme il a été dit, nos sociétés ne produisent plus rien de concret, donc il fallait bien investir ce domaine sinon l'économie tertiaire n'aurait plus eu de sens, mondialisme ultralibéral oblige.
Malheureusement, pour les tenants de l'existentialo-libéralisme, l'homme au sens concret du terme ne fait pas naturellement des choix transcendants sa nature et, encore moins, si ses barrières morales sont éliminées. Les choix de vie «jugés bon» du moment étant motivés par l'optimisation de intérêt et l'optimisation étant un concept mathématique amoral (donc déterminé), il est donc possible de contrôler le peuple tout en le laissant libre de faire tout ce qu'il veut, car ses choix iront toujours dans le sens prévu qu'est l'intérêt individuel. Donc, si l'on contrôle le divertissement et le travail et qu'au préalable tous les systèmes alternatifs d'accession au bonheur sont occultés, l'on n'est aucunement libre, car n'étant plus en mesure de vivre souverainement et selon le sens originel de la liberté(4).
Les obligations quotidiennes, aussi chiantes qu'elles puissent être, ont une utilité sociale bien plus grande que la paresse et la porno, car nous rendant libre des services dispendieux et aliénants, dont nous devenons chaque jour de plus en plus dépendants. Cette critique sera certes très loin d'inciter les gens à passer outre leurs instincts, mais lorsque que l'on voit des gens supposés sains d'esprit être captif d'une prison aux portes ouvertes on se rend bien compte que notre société de libertinage est maintenant bien proche d'une société d'esclavage.
Vortigern Zifendel
1-Incapable dans les tâches de leurs vie de tout les jours comme se nourrir, faire son budget, son ménage, ses impôts et même se créer des liens sociaux.
2-J’exclu par là les besoins de bases comme la sécurité et la satiété.
3-La structure familiale étant dévalorisée par les valeurs libertines, le commerce peut enfin vendre le double de tout ce que la famille achetait jadis en simple (frigo, voiture, laveuse, etc.).
4-Les anciens philosophes voyaient en la liberté la capacité de transcender leurs pulsions, ce qui est exactement l’inverse de celle promue aujourd'hui.

samedi 5 décembre 2009

Le National-Bolchevisme?


540983992.jpgL’expression « National-Bolchévique » est porteuse de nombreuses ambiguïtés, découlant de la mise côte à côte de deux notions totalement opposées en apparence, car servant à définir des expériences politiques souvent très différentes. Les différentes interprétations du phénomène, loin d’apporter une définition claire, ont entraîné au contraire de nombreuses confusions. Dans le cas d’Heinrich Laufenberg et de Fritz Wolffheim, l’appellation de « National-bolchévisme » leur fut accolée par leurs adversaires pour les décrédibiliser.Les deux intéressés pour leur part ne l’acceptèrent jamais, car elle ne traduisait pas le vrai sens de leur démarche qui est bien plus un national-communisme et nous verrons que la différence est importante.
La naissance d’un national-communismeLes deux camarades se rencontrent en 1912, ils ont déjà chacun un long parcours militant éprouvé dans les combats du mouvement socialiste de l’avant-guerre.
Laufenberg est considéré comme un des meilleurs connaisseurs du mouvement ouvrier allemand. Engagé dans les rangs socialistes révolutionnaires, il refuse la ligne réformiste et parlementaire des organisations de gauche de l’époque. Il joue un rôle actif dans la formation révolutionnaire des groupes radicaux d’Allemagne du Nord, en particulier à Hambourg où il dispose de nombreux soutiens. La menace croissante d’une guerre européenne, l’amène à collaborer avec un journaliste fraîchement de retour des Etats-unis, Fritz Wolffheim. Celui-ci a suivi durant plusieurs années l’évolution du syndicalisme américain. Il en est revenu profondément impressionné par son mode d’opération et convaincu de l’obsolescence des anciennes formes d’organisations ouvrières (surtout de la division des tâches purement arbitraires entre une centrale syndicale et un parti d’avant-garde).
Les deux hommes s’engagent résolument contre la guerre, refusant de se rallier à l’ « Union Sacrée »,  qui amena en Allemagne comme en France, la Gauche à s’associer à la vaste folie de la première guerre civile européenne. Si leur activisme contre le conflit les poussa à réclamer la cessation immédiate des hostilités et une paix juste entre les belligérants, ils se montrèrent hostiles à toute forme d’appel au sabotage de la défense nationale, qui pour eux serait faire simplement le jeu de l’impérialisme adverse contre l’impérialisme « national ». On remarquera qu’aucun des deux camarades ne refusera d’être mobilisés et d’aller se battre sur le front.
La période de la guerre verra mûrir chez eux, l’idée que la Nation est un « tout », c’est-à-dire une communauté liée par une culture, une langue mais aussi par l’économie.
Heinrich Laufenberg et Fritz Wolffheim distinguent deux fonctions de l’économie : la première est une fonction d’exploitation, par une minorité, de la majorité et la deuxième est une fonction vitale concernant l’existence de la « Totalité », c’est-à-dire la Nation. Le rôle des socialistes révolutionnaires est de vaincre l’exploitation capitaliste pour que puisse s’épanouir la communauté nationale. Dans le cas de l’Allemagne, ils considérèrent que l’unité nationale menée par la force de la bourgeoisie fut un échec, car n’ayant  pas su faire naître un esprit communautaire commun. Il appartient dès lors à la classe ouvrière de réaliser l’unité allemande autour du principe socialiste.
Dans le contexte de la guerre, le prolétariat, qui a donc une vocation nationale, peut être amené à accepter le fait d’être enrôlé dans une armée « nationale » en dépit du caractère bourgeois de l’Etat. Le prolétariat puisqu’il est la nation doit donc défendre ses intérêts.
Mais la subordination militaire n’est pas une subordination politique, car les buts du prolétariat sont totalement différents de ceux du Capital. Le peuple est l’ennemi des guerres impérialistes : « dès que son propre domaine économique est sauvegardé par la défense de ses frontières, le prolétariat doit prendre parti sans réserve en faveur de la paix ».
C’est dans l’opposition à la guerre que va se forger l’approche nouvelle du socialisme de Laufenberg et de Wolffheim. Elle trouvera son terrain d’application dans les bouleversements qui vont frapper l’Allemagne après l’armistice de 1918. Cette idée nouvelle, c’est celle des conseils ouvriers, à laquelle ils se rallieront dès 1917.
Elle sera l’élément central de leur politique. Les conseils permettant une participation directe du peuple à la décision le concernant, ils permettent de dépasser le jeu parlementaire et de rejeter les organisations bureaucratiques du type des partis et syndicats classiques. Pour les « hambourgeois »,   le centre de la révolution se trouve dans l’entreprise. La forme bureaucratique du parti doit être dépassée et devient une simple structure de propagande au service de l’idée conseilliste.
Cette approche est en totale opposition avec le modèle bolchevique. Elle propose une décentralisation vers la base et une démocratie directe aussi bien dans la lutte que dans la société socialiste du futur. « Si, à l’ère impérialiste, les masses sont l’objet du pouvoir exécutif, écrit Wolffheim, dans le monde socialiste, elles seront le pouvoir exécutif elles-mêmes ».
Ils participent à la fondation de la Gauche radicale, tendance qui regroupe les groupes révolutionnaires du Nord de l’Allemagne. Wolffheim rencontre, en tant que représentant du groupe, les spartakistes berlinois pour préparer l’insurrection de 1918. Il intervient pour qu’elle ne mène pas à une catastrophe générale entraînant le chaos en Allemagne et insiste sur la nécessité que le front ne doit pas s’effondrer. Il s’oppose violemment aux mots d’ordre de désertion en masse lancés par certains chefs spartakistes.
La Révolution à HambourgLe 6 novembre 1918, la révolution éclate à Hambourg et Wolffheim, alors mobilisé sur place, y joue immédiatement un rôle de premier plan. Les soldats mutinés, encouragés par les radicaux de gauche, proclament pour la première fois en Allemagne, la République socialiste. Wolffheim participe à la constitution du « Conseil  des ouvriers et des soldats » qui assurent le contrôle de la ville. De retour du front, Laufenberg est proclamé président du conseil, il a alors conscience que « tout le sort de la révolution européenne repose entre les mains de la classe ouvrière allemande ».
Pour lui dans l’immédiat le devoir des révolutionnaires est de consolider les acquis, les rendre irréversibles et éviter la guerre civile. Il prêche la réconciliation des classes sous les auspices de la révolution socialiste triomphante et insiste pour un retour rapide de la paix.
La socialisation de la société passe pour Laufenberg et Wolffheim par une action progressive de maturation de la conscience prolétarienne. Comme l’écrivait Louis Dupeux « il refuse l’idée que la dictature du prolétariat soit installée dans un seul pays, ni surtout en une seule fois », d’où la rupture future avec le modèle soviétique.
Étape par étape, le véritable socialisme se construit par des mesures concrètes. Les conseils hambourgeois vont ainsi multiplier les mesures sociales (réduction des heures de travail, augmentation des salaires, amélioration des conditions de vie…) qu’ils imposent par la force aux patrons. Ils n’hésitèrent jamais à collectiviser les usines des patrons récalcitrants. Les radicaux de gauche envahissent aussi les permanences des syndicats et distribuent les fonds de ces organisations réformistes aux chômeurs.
Mais la démarche des hambourgeois est aussi pragmatique. Ils tentent de rallier des classes sociales, comme les classes moyennes, que les conséquences de la guerre pousse objectivement vers la classe ouvrière. Il était alors possible de dépasser les anciens clivages, pour réaliser l’unité des classes opprimées, et par là de la nation, autour de la révolution. La notion de Nation prolétarienne en lutte contre les impérialismes fut alors développée par les deux de Hambourg. Elle engloberait l’ensemble des classes laborieuses en excluant la haute bourgeoisie de l’unité nationale. « Les conseils d’usines deviennent, écrit Wolffheim, l’élément du rassemblement national, de l’organisation nationale, de la fusion nationale, parce qu’ils sont l’élément de base, la cellule originelle du socialisme » .
De même, les contacts que Laufenberg et Wolffheim prirent avec les cercles d’officiers n’étaient nullement une trahison de leurs convictions socialistes. Ils visaient à rallier les officiers au service de la Révolution. Surtout au moment où le diktat de Versailles remettait en cause l’intégrité de la nation même. La classe ouvrière allemande se retrouve sous la menace d’un écrasement complet sous la botte du capitalisme anglo-saxon. Ils vont donc rejeter naturellement le Traité et appeler à la constitution d’une « wermarcht  populaire » qui devait reprendre le combat contre l’impérialisme aux côtés de l’armée rouge soviétique. C’est dans ce contexte que furent pris des contacts avec les milieux nationalistes. S’ils éveillèrent un certain intérêt parmi les jeunes officiers, ils devaient se heurter à l’incompréhension de la haute caste militaire, qui laisserait ainsi passer une chance pour l’Allemagne à cause de son vieux fond réactionnaire et anticommuniste. Un chef völkish particulièrement stupide refusa même de recevoir Wolffheim parce qu’il avait des origines juives…
«  La Nation bourgeoise se meurt et la Nation socialiste croît, écrivait Laufenberg. L’idée nationale a cessé d’être un moyen de puissance aux mains de la bourgeoisie contre le prolétariat et se retourne contre celle-ci. La grande dialectique de l’Histoire fait de l’idée nationale un moyen de puissance du prolétariat contre la bourgeoisie».
Leur positionnement ouvertement patriotique, devait leur valoir la haine des spartakistes et des agents du Kominterm, ainsi que les premières accusations de dérives « nationales-bolchéviques ».
Les sociaux-démocrates, devenus progressivement majoritaires au sein des conseils de Hambourg, devaient obliger Laufenberg à démissionner de son poste. Très rapidement la Réaction triomphe, les modérés livrant la ville à l’armée régulière qui liquida la Révolution.
La polémique national-bolchéviqueÀ la suite de la fondation du KPD (Parti Communiste Allemand), Laufenberg et Wolffheim s’y retrouvent brièvement affiliés. Mais la campagne menée contre eux et leurs positionnements Nationaux-bolchéviques amènent à leur expulsion du Parti, suivie de celle de la tendance « gauchiste ». L’opération d’épuration du KPD est menée par l’agent du Kominterm en Allemagne, Karl Radek. Elle aboutira au départ de plus de la moitié des 107 000 membres du parti en désaccord avec la ligne de Moscou.
Laufenberg et Wolffheim appellent alors à la constitution d’un nouveau parti communiste. Ils participent en Avril 1920 au congrès fondateur du KAPD (Parti Communiste Ouvrier d’Allemagne).
« Le KAPD n’est pas la naissance d’un parti bis, écrit D. Authier dans son recueil de textes conseillistes de l’époque, mais l’auto-organisation des prolétaires radicaux se donnant enfin leur organe autonome. L’ambiance est particulièrement « chaude », les participants ont l’impression de vivre un moment historique : quitter le PC spartakiste, c’est rompre définitivement avec la sociale démocratie ».
Très vite, l’ambiance se détériore au sein du KAPD, le KPD fait pression sur l’organisation pour qu’elle liquide la tendance des hambourgeois. Lénine monte même au créneau dans cette affaire : dans un passage de son livre la « Maladie infantile du communisme » (où il règle ses comptes idéologiques avec les tendances d’ultra-gauche), il dénonce sans vraiment les connaître les thèses des deux de Hambourg. Expulsés du KAPD, ils seront les premiers à dénoncer « le capitalisme d’état » soviétique et la dérive totalitariste du régime imposée par Lénine.
Commencent alors des années obscures, ils fondent une multitude de petits cercles révolutionnaires dont le plus important, le Bund der Kommunisten, ne rassemblant que quelques centaines de fidèles. Laufenberg, malade, se replia vers ses activités littéraires et  mourut en 1932. Niekisch rédigera à son honneur un vibrant éloge funèbre en le revendiquant comme un précurseur du National-bolchévisme.  Il fait de lui le premier National-communiste allemand et se place dans la filiation de son engagement.
Wolffheim trouvera un écho inattendu dans la jeune génération national-révolutionnaire des années 30. Il collabora à la diffusion des idées conseillistes dans les revues Das Junge Volk et Kommenden dirigées alors par K.O. Paetel. Il eut ainsi une importante influence sur le mouvement de jeunesse Bundisch, participant à son orientation anti-capitaliste et à la recherche d’un nouveau lien communautaire au sein de la nation allemande. Mais la montée du nazisme lui sera fatale ; arrêté à cause de ses origines juives, il mourra dans un camp de concentration. Fin tragique d’un homme qui avait mis sa vie au service de son peuple.
Ironie de l’histoire, le KPD va suivre à partir de 1923 une ligne patriotique dans le but avoué de rallier au communisme les classes moyennes et certains milieux nationalistes (avec plusieurs succès notables). Le promoteur de cette ligne ouvertement « national-bochévique » n’est autre que Karl Radek, l’agent de l’Internationale qui avait mené la campagne contre les hambourgeois.
Bibliographie :Jean-Pierre Faye- Langages totalitaires – Edition Hermann.
Louis Dupeux –  Le National-bolchevisme, Stratégie communiste et dynamique conservatrice – Edition H. Champion. L’analyse la plus complète sur le sujet.
D. Authier et G. Dauve- Les communistes de gauche dans la révolution allemande – Les Nuits Rouges. Recueil de textes sur les conseils dont la « révolution à Hambourg » de Laufenberg et « Organisations  d’entreprises ou syndicats» de Wolffheim.
Pierre Broué – Révolution en Allemagne – Edition de Minuit.
Alain Thieme- La Jeunesse « Bündisch » en Allemagne – Collection Jeune EuropeChristophe Bourseiller- Histoire générale de l’ultra-gauche –