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lundi 26 février 2018

Indépendantisme et antiracisme : ce dilemme existe-t-il vraiment ?


Le 16 février dernier se tenait une conférence de Gabriel Nadeau-Dubois (GND) sur le thème de l'indépendance et du racisme intitulé l’indépendantisme est-il compatible avec l’antiracisme ? Question provocatrice s’il y en est, le conférencier assume la mauvaise foi que certains pourraient lui reprocher en répondant d’entrée de jeu qu’il a « choisi ce thème provocateur pour attirer l’attention sur un débat qui [...] est un enjeu […] d’actualité [qui a fait] beaucoup parler dans les dernières semaines ». Faisait ainsi référence aux multiples articles qui ont précédé la fusion entre Option nationale & Québec solidaire (QS), GDN souhaitait donc mettre un terme à l’ambiguïté entretenue, chez certaines franges de la gauche, entre les principes inclusifs et le projet d’indépendance politique du Québec.

Cette conférence avait évidemment pour objectif de s’adresser à la base militante de QS, puisque, hormis une petite partie de la gauche radicale et des ultranationalistes anglophones, bien rares sont ceux qui considèrent la souveraineté du Québec comme un projet fondamentalement raciste. Il n’en a pas été autrement de GDN, qui connait bien les origines sociales-démocrates du nationalisme québécois moderne. Celui-ci reconnait néanmoins que l’extrême droite se développe depuis quelques années sur le déclin du Parti Québécois et du souverainisme institutionnel en précisent que :

« Depuis une dizaine d’années au Québec, on assiste à […] la montée d’un discours qu’on appelle souvent ‘’nationalisme conservateur’’ qui est de plus en plus influent au Québec. [..] Un discours qui se caractérise essentiellement par une méfiance à l’égard de l’immigration et de la diversité culturelle en générale. Ce discours-là voit les immigrants et les immigrantes comme une menace à ce qu’ils vont appeler l’identité historique québécoise et voit que la diversité culturelle à un effet nécessairement dissolvant sur l’identité et le vivre ensemble au Québec ».

Faisant ainsi référence à La Meute et aux autres organisations comparables, GDN se fait l’écho d’un amalgame très fréquent à gauche. Soit entre le projet d’édification national et les dérives idéologiques de certains de ses partisans. C’est d’ailleurs la même chose pour les questions entourant la laïcité, la liberté d’expression ou même la saine méfiance envers les organisations religieuses. Le fait que des organisations xénophobes ou crypto xénophobes servent ou se servent de ces causes ne transforment pas ces positions politiques en position « d’extrême droite » ! Le message est toujours indépendant du messager, comme vous le savez.

Même si pour plusieurs qui liront ce billet, il est parfaitement vide de sens d’assimiler la question de la souveraineté à une forme quelconque de xénophobie, cette propagande rétrograde touche maintenant bien des esprits de gauche. Et si cette gauche, même elle sait bien que l’indépendance n’est pas un projet exclusif, sera tout de même tentée de ne plus la soutenir, puisque croyant faire le lit à l’extrême droite. C’est pour cette raison qu’il devient de plus en plus important de défendre la cause de la souveraineté à gauche, puisqu’elle est une idée de gauche ! Cette frilosité envers l’indépendance même si elle ne devrait toucher en principe que les militants antiracistes ne doit pas être rejetée du revers de la main, étant donné qu’elle ne semble toujours pas aller de soi pour nombre de militant(e)s et électeur(e)s de QS. C’est pourquoi, dans le même esprit que la conférence de GDN, je vais revenir sur une des principales notions qui expliquent pourquoi la lutte pour l’indépendance ne peut être interprétée comme « raciste ».

Pour bien comprendre l’amalgame, il est primordial de revenir rapidement sur le concept clé de la question, à savoir le fameux « nationalisme ». Comme chacun qui s’est penché sur la question devrait le savoir, le nationalisme est l’archétype même du mot ambivalent, puisqu’il change de signification en fonction du camp politique auquel on appartient et de la raison de son utilisation. La définition offerte par Wikipédia est d’ailleurs symptomatique de cette confusion, puisqu’elle se perd dans l’ensemble des usages offerts à notre disposition, sans en trouver un cœur précis. Pour ma part, j’en donnerais la définition suivante : Doctrine politique ayant pour objet de développer ou de valoriser l’entité abstraite nommée « Nation », elle-même perçue comme un corps vivant. Autrement dit, la « Nation » ne se limiterait pas au peuple, au régime politique ou bien même à l’État, mais en une notion mixte et indépendante de ces trois composantes. Celle-ci sera par contre définie de diverse façon, puisque tantôt un axé sur peuple ethnique (chez les racialistes et les sionistes, notamment), tantôt sur un régime politique (comme chez la gauche républicaine française) ou sur l’État et ses institutions (comme la fédération canadienne), mais jamais la notion de « Nation » ne s’y limitera, puisqu’elle est perçue comme quelque chose de vivant, qui donc peut mourir et naitre. 

Il va de soi que le nationalisme québécois issu de la Révolution tranquille était d’abord centré sur la question de l’État, puisque le nationalisme canadien contemporain n’est que la version idéologisée, à la couleur des partis au pouvoir, de ce qu’était l’ancien nationalisme canadien-français. Le nationalisme québécois moderne était donc assez semblable à celui de l’époque, mais accompagné de l’esprit de sa période d’émergence (les années 60), donc celui-ci sera étroitement associé à un régime social-démocrate et libéral. Malgré qu’il soit peu visible dans sa version moderne, l’aspect ethnique du nationalisme québécois a toujours été bel et bien présent, même si celui-ci n’était pas raciste ou suprémaciste. Le volet ethnique du nationalisme québécois était historiquement issu de la peur de l’assimilation, il se focalise surtout sur la conservation du français comme langue commune. En d’autres termes, rien qui permettrait de le ranger dans le « nationalisme ethnique ».

Cependant, le nationalisme étant une doctrine très changeante, le caractère défensif de l’identité québécoise, chez bien des militants, est en train de prendre rapidement le pas sur son aspect politique et émancipateur. Cette transformation du nationalisme québécois n’est pas difficile à comprendre, car elle est le résultat de la perte de sens de l’État dans la mondialisation[1]. Au même titre que les Premières Nations et des autres peuples du monde, bien des Québécoi(se)s se sentent menacés dans leur mode de vie et comme plusieurs ont perdu espoir en la possibilité de changer quoi que ce soit politiquement, certains se replient sur la conservation des coutumes et des mœurs culturelles. La conservation de l’identité nationale devient donc de plus en plus le synonyme de « nationalisme québécois », ce qui change radicalement le sens du nationalisme puisque celui-ci n’est plus directement lié a la libération politique à proprement parler. Ce nationalisme, que l’on devrait qualifier de « conservateur », comme le dit GDN, ne souhaite plus vraiment changer les choses, mais bien les conserver.

Le résultat de cette transformation est que la souveraineté du Québec n’est plus le centre d’intérêt de ce nationalisme. Celui-ci peut d’ailleurs très bien s’accommoder d’un Canada moins multiculturel. Cela me parait plutôt évident, puisque la grande majorité des groupes comme La Meute ne se prétendent pas du tout souverainistes (ils sont même souvent carrément fédéralistes), même s’ils se présentent toujours comme nationalistes. Les groupes identitaires de tendances souverainistes sont d’ailleurs, eux aussi, bien plus centrés sur la protection culturelle que sur le projet de constituante et sur le retour de la souveraineté politique, ce qui crée un fossé de plus en plus grand entre la question de la souveraineté et le nationalisme identitaire.

Il est d’ailleurs de plus en plus justifié de séparer ces concepts puisqu’ils entrent désormais pleinement en contradiction sur la question même du changement de régime. Pendant que les « nationalistes » cherchent à conserver un ordre culturel issu de la défaite des Patriotes (l’autonomie culturelle catholique et française de l’Église et de la petite bourgeoisie accordée par l’élite britannique), les « indépendantistes » eux promeuvent le projet des Patriotes, soit la mise en place d’une république inclusive et créatrice de sa propre identité. Il est donc tout à fait ridicule de voir à quel point le drapeau de la République du Bas-Canada est détourné de son sens par des organisations aussi antinomiques du programme Patriote. Même s’ils se prétendent « patriotes », ils n’ont rien de commun avec les « Patriotes » !     

Donc, sans rien enlever à la pertinence de la conférence de GDN sur l’indépendance et l’antiracisme, il sera plus judicieux de dire que la position de la gauche est « indépendantiste » et non pas « nationaliste », puisque les concepts sont désormais en contradiction. Cela éviterait de revenir sans arrêt sur ces dilemmes sans autre objet que la confusion des mots.

De toute façon, si vous entendez encore le genre d’insinuation, à savoir que la liberté du peuple du Québec ne peut se faire qu’au détriment des Premières Nations et des immigrants, rappelez-leur donc cette sage parole de Marx sur la question des Irlandais :

« Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ! »

Benedikt Arden (février 2018)




[1] Comme je l’expliquais dans mon précédent billet, la « mondialisation » n’est pas un projet de mondialisation de la culture et du savoir, mais bien un projet de dérégulation global de l’économie qui vise à éliminer tout obstacle au profit des multinationales et des institutions financières. Donc un projet fondamentalement néolibéral.

mardi 6 février 2018

Pourquoi la gauche doit-elle se battre pour l’indépendance ?

Depuis quelques années, mais surtout depuis l’entente de fusion entre Option nationale (ON) et Québec solidaire (QS), les discussions concernant la place que devrait prendre la question nationale ont pris beaucoup d’importance à gauche. Les réflexions sur le sujet sont devenues fréquentes et la question est maintenant nettement traitée sur plus d’une tribune, ce qui impose des prises de position parfois tranchée chez des personnalités qui préféraient jadis esquiver la question. Ceci a certes conduit quelques personnalités à quitter les rangs des solidaires ou à accepter la volonté du parti, mais pour le moment la division reste plutôt marginale, nonobstant quelques cris du cœur un peu ridicules.

Malgré ce que l’on entend de la part des représentants de la droite du Parti québécois, la remise au goût du jour de la question nationale, par cette frange de l’électorat québécois, n’a pas vocation à être une simple séance passagère, puisqu’elle s’inscrit dans l’ADN même du changement social. Le changement social au Québec nécessitant la souveraineté, il est donc impossible de faire l’impasse sur la question sans approuver, au moins indirectement, le système constitutionnel canadien. En bref, la réappropriation de la question nationale par la gauche n’est en définitive qu’un simple retour à ce qu’était le mouvement indépendantiste à ses débuts, même si le contexte reste bien différent de celui de l’époque et qu’il s’accompagne de plusieurs confusions idéologiques majeures propres à l’époque contemporaine.

Comme il devrait être assez évident à comprendre, la création d’un nouvel État est nécessairement un processus ébranlant l’ordre établi, ce qui ouvrira plus d’une opportunité en termes de réforme sociale. Il est donc assez naturel que les progressistes s’en fassent les défendeurs. Et ceci même chez les militants les moins séduits par l’argumentaire identitaire et linguistique. À l’inverse, l’indépendance du Québec devrait naturellement susciter la méfiance chez les conservateurs et la droite en général. Et ceci pour la même raison.

Il faut dire que depuis la crise des « accommodements raisonnables » de 2007, l’espace électoral du nationalisme identitaire dépend de moins en moins de la question nationale concrète, justement parce que celui-ci se radicalise à droite. La peur de l’Islam, de l’immigration et de la gauche étant devenue une préoccupation à ce point grande, qu’il serait pour eux très risqué d’ouvrir une constitution pouvant remettre en cause tout ce qu’ils chérissent comme ordre social. C’est également la notion même d’indépendance qui s’en trouve ébranlée, puisque si l’enjeu se concentre sur la seule conservation des mœurs et coutumes (voir sur l’ethnie et la religion), la fondation d’un État indépendant n’est dès lors plus du tout nécessaire. Une simple réforme du Canada en termes d’autonomie culturelle deviendrait parfaitement envisageable.

Comme le disait Stephen Harper en 2014 : « le nationalisme québécois, le nationalisme qui ne débouche pas sur l’impasse de la séparation, n’est pas une menace ». C’est d’ailleurs sur cette base que la Coalition avenir Québec (CAQ) a choisie de miser sur le « nationalisme » tout en rejetant l’indépendance. Le conservatisme identitaire et le néolibéralisme peuvent parfaitement faire bon ménage si les exigences culturelles n’impliquent pas de changement des structures économiques. La montée du nationalisme identitaire[1] pave donc la voie à une radicalisation de l’antagonisme entre la gauche et droite et rend le projet initial d’indépendance bien difficile électoralement, puisque celui-ci dépend d’une coalition large, comme celles effectuées par le Parti québécois de la belle époque.

Si, pour l’heure, l’union entre les partis officiellement indépendantistes s’éloigne en même temps qu’une prise de pouvoir à court terme de ces mêmes partis, en quoi est-ce que ce regain d'indépendantisme à gauche est-il une bonne chose à mes yeux, puisqu’il est accompagné d’une montée de la droite ? Il l’est tout simplement parce que le projet national québécois se doit d’être renouvelé doctrinalement afin d’être modernisé selon les enjeux du monde actuel. C’est à ce prix que le projet d’indépendance sera ressenti par la population comme un moyen d’améliorer la vie concrète des gens et non plus comme un débat idéologique stérile. Ceci est d’autant plus important que le seul projet politique qui semble faire bouger les masses en ce moment est le départ des libéraux, quitte à élire leur version « nationaliste » (la CAQ).

Rappelons-nous que la question nationale avait une logique tout à fait claire à l’époque de la Révolution tranquille, car elle suivait les schémas des luttes de libération de la période coloniale dans un monde où la souveraineté des États avait encore un sens. Mais aujourd’hui le tableau a sensiblement changé et à l’heure où c’est l’essence même du rôle de l’État qui est remis en cause, via mondialisation du modèle néolibéral, la question de l’indépendance devrait d’abord signifier un simple retour de l’État en politique, puisque l’État canadien s’est peu à peu laissé dissoudre dans ce néolibéralisme. L’argumentaire sur l’oppression nationale est donc devenu déphasé, et cela pour plusieurs raisons.

Comme je l’évoquais ci-dessus, la question de l’indépendance est une porte ouverte évidente pour tout un ensemble de réformes sociales via la constitution qu’elle implique. Mais également du point de vue du mouvement général de remise en cause, qui doit précéder son avènement. Elle est donc un important vecteur de lutte pour ceux qui souhaitent un retour de la démocratie dans le champ économique. Il faut comprendre que la liberté qu’a un État de forger son propre modèle social est le gage de sa propre souveraineté. L’indépendance peut évidemment être tout à fait factice et ne rien apporter au peuple, hormis un drapeau et quelques représentations internationales. Cela, l’Histoire récente nous l’a bien souvent montré. Mais, ces « indépendances » de façades l’ont surtout été ainsi parce motivées par le ressentiment ethnique ou religieux et soutenu par l’impérialisme d’un pays plus fort afin de nuire à un concurrent.

Du moment où l’indépendance se fait dans l’objectif de construire un ordre social plus juste et que la puissance souveraine émane d’un mouvement populaire, le contexte devient radicalement différent puisque la nation ne peut être libre que si le peuple (qui est essentiellement composé des basses classes) s’approprie les leviers du pouvoir. C’est pourquoi la cause de l’indépendance est de gauche ! Évidemment, toute la gauche n’est pas de « gauche » de ce point de vue, mais c’est aussi le cas de certains électorats de droites, qui ne sont également pas si à « droite[2] » que l’on pourrait croire et qui, le jour venu, soutiendront la mise en place d’une Nation réellement libre[3].

Comme je l’ai mentionné plus haut, le contexte actuel a énormément modifié la conjoncture des luttes de libération nationale. Auparavant, ces luttes de libération se produisaient dans un contexte colonial et impérialiste classique[4]. Autrement dit, une lutte contre l’oppression d’un peuple sur un autre. Mais depuis plusieurs décennies il devient de plus en plus difficile de parler de « peuples opprimés » au sens propre puisque le centre du pouvoir n’est plus « national », mais « international ». Évidemment, je ne nie pas un certain maintien de ce type d’oppression, où se jouent encore des relations purement coloniales, comme en Palestine ou au Kurdistan, mais celles-ci consistent surtout en un résidu de l’époque antérieur. Je m’explique.

Le modèle économique néolibéral mondialisé, ce que l’on appelle couramment et faussement la « mondialisation », est un projet de dérégulation global de l’économie qui vise à éliminer tout obstacle au profit des multinationales et des institutions financières. Depuis des décennies d’accumulation de capitaux, ces acteurs de la mondialisation, que sont ces entreprises, ont atteint des puissances comparables à celles des États (voir plus grande encore). De ce fait, l’investissement n’est plus pensé dans un contexte « national », comme à l’époque de l’impérialisme classique où l’entreprise se mettait sous la tutelle de l’état, mais dans un contexte de concurrence entre les nations. Cette nouvelle conjoncture transforme l’entreprise (en zones de « libre-échange ») en une entité souveraine des États qui sont administrés par des règles commerciales autonomes. Les conflits et les règlements de ces entités sont désormais arbitrés par des tribunaux bien à eux et en dehors de tout contrôle démocratique.

L’investissement, dans le cadre d’une entreprise souveraine, est désormais établi dans une optique de rendement pur, entre les « pays marchés » (pays riches) et les « pays usines » (pays pauvres). Les mouvements de capitaux n’étant plus régulés, les petits États qui souffrent de la pauvreté seront inévitablement la cible des investissements issus de la délocalisation des pays industrialisés, pour la seule question du faible coût du travail. Ces investissements devront inévitablement s’accompagner de travaux d’infrastructures que les marchés financeront, mais que les populations locales devront payer avec des intérêts nécessairement très salés, vu le niveau de risque des investisseurs. Tout ceci se faisant naturellement avec l’accord de politiciens corrompus… Ces États se retrouvent donc bien rapidement sous la tutelle des entreprises (banques, multinationale, etc.) du fait qu’ils contrôlent l’économie du pays, seront maintenus dans la servitude politique la plus totale.  

De ce mécanisme d’avilissement, une petite caste d’oligarques richissimes ne peut qu’émerger de ces pays. De nouvelles élites du monde de l’argent apparaissent donc du monde entier et tendent à estomper les inégalités entre les riches de tous les pays, tout en augmentant les inégalités partout dans le monde. C'est donc les mouvements de capitaux, rendus possibles par la mondialisation néolibérale, qui tendent, sur le long terme, à remplacer l’oppression entre les peuples par l’oppression des ploutocratiques de tous les pays envers les masses du monde entier. Le résultat de cette évolution politique est donc une recrudescence de la guerre des classes au détriment des luttes de libération nationale pour celles qui n’ont pas encore été réalisées.

Pour le Québec, le scénario a été évidemment beaucoup moins violent et l’enrichissement général de la population a suivi l’émergence d’un capitalisme purement québécois (le Québec Inc.). L’époque de la Révolution tranquille était la grande époque de la social-démocratie où la menace de l'URSS, la force des syndicats et le modèle keynésien maintenaient un certain équilibre. C’est pour cette raison qu’une grande classe moyenne a pu émerger. Mais aujourd’hui, même si les mécanismes qui maintenaient l’équilibre sont rompus ou en phase de l’être, le souvenir de cette belle époque est encore vivace dans l’esprit collective. C’est pour cette raison que l’argumentaire victimaire, datant d’avant la Révolution tranquille et encore en usage par certains souverainistes, est de moins en moins audible, même s’il existe encore bien des injustices très réelles. Simplement, ces injustices sont institutionnelles, donc peu visibles pour ceux qui ne connaissent pas bien le fonctionnement des institutions canadiennes.

Il est clair que les injustices liées à la péréquation ou aux intérêts économiques des provinces pèsent sur un public informé, mais, pour la majorité de la population, le Québec reste une nation riche. Ce qui est incontestable si l’on se compare à la moyenne mondiale. Le fait de se sentir comme un peuple riche, donc privilégier, ne peut qu’avoir un effet anesthésiant sur la population et ce sentiment de bien-être est la base du conservatisme actuel. La volonté d’un État indépendant ne peut que s’effriter devant cette population vieillissante, surtout intéressée à maintenir ses acquis, même si elle sait pertinemment que l’appauvrissement est à ses portes. C’est également dans ce contexte que la xénophobie et le racisme émergent, car cette situation d’appauvrissement mondial engendre un flot d’immigration accru qui, accompagné de cette peur du déclassement et administré par le fédéral de la pire façon qui soit, fait le lit de l’extrême droite. Il est malgré tout possible d'ébranler cette masse amorphe en proposant une indépendance politique couvrant autre chose que la seule conservation des acquis, puisque ce « changement » si souhaité de tous s’est démontré parfaitement impossible dans le cadre actuel.

Malgré les difficultés, l’indépendance reste encore et toujours un projet aussi possible que souhaitable. Simplement, il faut penser le projet d’une façon renouvelée afin d’éviter les voies sans issue. Pour ce faire, il faut que la cause de l’indépendance ne soit pas un projet seulement centré sur la seule conservation de l’identité et de la culture, mais allant vers un projet politique de réelle souveraineté populaire. Loin d’être un projet dépassé, l’indépendantisme, lorsqu’il est interprété comme la construction d’une société nouvelle, est nécessairement inclusif, mais est aussi le socle d’une future identité forte, car forgée par le combat. Cette identité politique saura rendre sa fierté au peuple qui, grisé d’espoir, n'en sera que plus fort.

Le Québec mérite mieux que cette identité de scieurs de bois et porteurs d'eau, que les « nationalistes » de la CAQ semblent tant apprécier. Rendons au peuple du Québec leur fierté ! Soyons maîtres chez nous !

Benedikt Arden (janvier 2018)




[1] Le même phénomène s’observe chez les « intersectionnels » à gauche.
[2] Les notions de gauche et de droite sont évidemment ambivalentes et sont plus des mots fourre-tout que de réelles catégories politiques.
[3] La droite dont il est ici question est celle qui est fortement représentée au PQ et qui, même si conservatrice au niveau des mœurs, soutiendrait aisément un modèle économique social avancé.  
[4] Dans sa phase impérialiste, un État en colonise ou dirige un autre afin de s’en approprier les ressources et les marchés au bénéfice de ses monopoles nationaux en concurrence avec ceux des autres puissances.

mercredi 1 février 2017

Commentaire sur les réactions suivant l’attentat du 29 janvier

Je n’apprendrai rien à personne sur les tristes événements qui ont eu lieu au centre culturel islamique de Québec (CCIQ), le dimanche 29 janvier dernier. Ces événements ont créé un émoi et des réactions dignes du « Je suis Charlie » de 2015, en France. Il ne m’est donc pas nécessaire de revenir sur les événements qui font (à l’heure où j’écris ces lignes) encore les manchettes à plein temps, ni d’étaler longuement sur ma solidarité envers les victimes, leurs familles et tous ceux qui souffriront de cette triste situation. J’ai de toute façon déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet, notamment dans l’Islam en question. Il est certain qu’il y aurait matière à dire sur la surenchère idéologique donnée aux idées véhiculées par le tueur et qui ne correspondent pas aux habituels appels à ne pas faire d’amalgames[1]. Il serait aussi fort intéressant de comprendre pourquoi parle-t-on d’acte terroriste ? Pourtant, les tragédies de Dawson ou de Polytechnique (assez comparables) n’ont pas été jugées comme étant des actes « terroristes » ? Il serait également intéressant de souligner le rôle que tiennent les médias dans l’islamophobie ambiante. Enfin, ce qui m’a motivé à rédiger ces lignes, ce n’est pas ces questions, mais bien un certain type de réaction, de plus en plus fréquente, méritant un petit commentaire.  

Le lendemain du charnier, j’avais vaguement remarqué que certains restaient scotchés sur la version de la première nuit (celle qui accusait Mohamed Belkhadir de faire partie de l’attentat). Je m’imaginais que l’information finirait par mieux se savoir et que la mauvaise foi ou l’ignorance s’estomperait bien vite. Mais, au second jour, j’ai commencé à voir se propager une théorie « false flag[2] » concernant l’événement et qui devait maintenir le caractère « non idéologique » de l’évènement, voir le mettre carrément sur le dos de l’islam. La théorie étant toujours trop confuse pour être intelligible, je suis donc allé voir (via un de mes abonnés Facebook et adepte du genre) une vidéo d’un homme vraisemblablement amateur de conspiration (et accessoirement de Trump et de l’anti-islam). Après l’écoute de la théorie, il m’est possible de la résumer comme suit : deux types cagoulés auraient tiré dans la foule du CCIQ et auraient crié « allahu akbar » (sur la base de témoins, qui, d’après l’auteur, ne pourraient pas se tromper … Enfin, passons) avant de prendre la fuite, sans tuer de femme (parce que le mec de la version officielle serait antiféministe ![3]). Un potentiel 3e homme[4] (Alexandre Bissonnette, pour ne pas le nommer) serait apparu seulement ensuite, au motif qu’il aurait fait quelques choses d'apparemment impossibles, soit de se rendre à la police par remord au lieu de se suicider comme ce serait le cas « normalement ». La conclusion de l’histoire n’est pas clairement dite, mais on comprend assez bien qu’il s’agirait d’un complot contre les représentants de l’anti-islam du Québec, voire les soutiens de Trump. Ce qui est probablement bien commode pour évacuer la responsabilité qui sera nécessairement donnée à l’idéologie du tueur … Et visiblement de celle de l’auteur de la vidéo[5].

En vérité, je ne suis pas du genre à prétendre que les complots n’existent pas, mais sans naïveté, je crois que la version dite « officielle » est quand même plus crédible, malgré que l'on ne sache probablement pas tout. Dans ce sens, il est tout à fait compréhensible :

  • Qu’un homme d’origine marocaine situé près du CCIQ, soit plus ou moins masqué en hiver (foulard, cagoule, etc.) et qu’ils veulent aider ses amiEs à la suite des détonations.
  • Qu’il prenne un policier pour le tireur est possible, sachant que ceux-ci devaient l’être lourdement et que la tactique d’approche, dans pareille scène, ne nous est pas coutumière, pour utiliser un euphémisme.
  • Qu’il se soit sauvé et rattrapé par cette même police, pas très loin de là, est tout ce qu’il y a de plus commun (les flics courent toujours quand tu te sauves, j’en ai déjà moi-même fait les frais à une autre époque).
  • Que le mecton de 27 ans ait crié « allahu akbar » en commettant son geste et ensuite s’être rendu passivement après avoir réalisé son geste démontre la confusion de l'esprit troublé d’un asocial (ce qui est confirmé par ses proches).
  • Qu’il est plus que fréquent que des « témoins » soient eux-mêmes influencés par la version les médias et qui ainsi répète ce que ces derniers veulent entendre, d’abord pour ne pas être contredit et ensuite pour plaire au public.

Résultat des courses, il est difficile de ne pas conclure que le motif à la base de cette théorie est d’abord d’innocenter les idées d’Alexandre Bissonnette (et plus largement du nationalisme identitaire) et/ou de ne pas accepter qu’un attentat ne puisse venir d’un non-musulman, même si l'on se souvient très bien des attentats d’Anders Behring Breivik et Timothy McVeigh. Néanmoins, les médias et ceux que l’on qualifie péjorativement d’inclusifs (en somme, la gauche identitaire[6] et les libéraux[7]) ne rêvent que de criminaliser le conservatisme identitaire, alors il est bien vain de tenter d’éviter cette réaction. De plus, il est bien inconséquent de le leur reprocher cette offensive, étant donné que les seconds ne se privent jamais de diaboliser l’islam et la gauche quand le moment leur semble opportun. Disons que c’est de « bonne guerre », même si (personnellement) je prétends que l’émotivité de ces débats est malsaine et nuisible à tous politiquement.

Pour en revenir aux « falses flags ». Comme je l’ai précisé d’emblée, je sais de source sûre que bien des complots ont existé, je suis convaincu qu’il en existe encore beaucoup et je n’ai aucune raison de croire que cela risque de changer prochainement. Pourtant, est-il sage de crier constamment aux loups, comme l’enseignait cette fable bien connue d’Ésope? N’est-il pas utile aux fomenteurs de complot de discréditer d’emblée toutes accusations à leur encontre par de pareilles inepties ? Enfin, je ne force personne à suivre mon raisonnement ni à en venir aux mêmes conclusions que moi, mais il semble que bien des accusations de « falses flags » que je croise sur le net soient bien souvent plus motivées par des considérations d’ordre idéologique que d’ordre purement logique, comme cela devrait l’être. Simplement (et c’est le message que je souhaite passer), il est important de garder à l’esprit que le combat pour la vérité est une force en lui-même et que le mensonge dessert toujours à long terme ceux qui les utilisent.

Benedikt Arden (Janvier 2017)

[1] L’ultranationalisme est peut-être un problème en tant qu’idéologie, mais d’abord parce qu’extrême. Ensuite, il s’agit d’abord d’un combat idéologique.
[2] Un « false flag » (opération sous faux drapeaux) est une opération généralement opérée par un État et qui consiste à mettre en scène un attentat ou une tragédie dans le but d’orienter une réaction politique planifiée d’avance. Comme exemple récent,  mais manqué, soulignions le cas de ce couple de Colombie-Britannique qui a fait l’objet d’une tentative de manipulation de la GRC dans le but de commettre un attentat sur le parlement canadien planifié pour la fête du Canada de 2013 (un peu avant les débats sur la loi C-51). 
[3] Les antiféministes ne veulent généralement pas améliorer le sort des femmes (cela va de soi), mais ceux-ci sont assez rarement enclins à les exterminer. Ces derniers préfèrent généralement les garder à la maison …
[4] Le point n’est pas clair dans la vidéo, mais c’est l’impression que ça donne.
[5] Je précise que je ne crois pas qu’aucune idéologie ne soit à même de tuer des gens. Seules les personnes qui les ont peuvent tuer. De plus, toute idéologie peut entrainer le meurtre.
[6] Pour ceux qui ne comprendraient pas le concept, je vous renvoie à ce texte de juillet 2016.
[7] Dans le sens de la « doctrine libérale » et pas les seuls militants de ces partis (PLQ/PLC).

lundi 27 juillet 2015

Cabane « aeternam » !

Le 25 juin dernier, le Parti conservateur du Canada tenait une réunion publique en Beauce dans le cadre des festivités de la Saint-Jean-Baptiste[1][2]. À cette occasion, le premier ministre affirma que « les valeurs conservatrices [étaient] des valeurs québécoises » et qu’il ne fallait jamais laisser « dire que les valeurs conservatrices [n’étaient] pas des valeurs québécoises ». Celui-ci ajouta, afin de soutenir cette affirmation, que « quand [il] vien[t] au Québec, on [lui] dit très souvent : nous voulons économiser plus d’argent et payer moins d’impôt. Nous voulons plus d’emplois pour nos familles et notre communauté. Nous voulons des quartiers, des villages et des villes sécuritaires. » Ce genre de revendications partagées par l’humanité tout entière et sans la moindre précision sur les moyens d’y arriver devaient, selon lui, prouver que le projet politique conservateur serait en accord avec les demandes du peuple québécois sur le fond.

Ce discours, plein d’un nationalisme aussi peu crédible qu’il est possible d’imaginer, visait évidemment à promouvoir l’acceptation des principes liberticides de sa toute nouvelle loi antiterroriste, ainsi que l’ensemble de son projet néolibéral au Québec, tout en essayant de récupérer une partie de l’aile droite du Bloc Québécois aux prochaines élections. Bien sûr, ces paroles hasardeuses n’étaient pas lancées en Beauce pour rien car, aujourd’hui encore, à l’exception de la Rive-Sud de Québec[3] et d’une partie du Lac-Saint-Jean[4], la Beauce est de loin le secteur le plus à droite du Québec, si l’on en croit les résultats électoraux.

C’est donc en territoire conquis que le premier ministre osa inviter les nationalistes québécois à se joindre à sa croisade contre la justice sociale, l’environnement et les « terroristes » de tous acabits, car pour lui « le nationalisme québécois, le nationalisme qui ne débouche pas sur l’impasse de la séparation [sic], n’est pas une menace ». En effet, celui-ci se devait de préciser ce point, maintenant qu’il n’est plus légal de « fomenter » ou de « préconiser » un acte affectant directement « l’intégrité territoriale du Canada »[5]. Les valeurs conservatrices étant de plus en plus imposées par la loi, il est important, lors des activités de récupération politique, de séparer le bon grain de l’ivraie, car il serait fâcheux d’attirer de potentiels « terroristes » dans les rangs du premier ministre.

Même s’il est douteux que cette opération entraîne beaucoup de résultats du côté de l’électorat du Bloc, il est quand même révélateur de l’évolution des doctrines politiques en vogue en ce moment au Québec. Car même si le projet politique de Stephen Harper n’est pas des plus attractifs pour cet électorat nationaliste, il reste qu’il existe une partie non négligeable de l’électorat qui se reconnait dans ce nationalisme conservateur à la sauce européenne et qui n’est pas nécessairement acquis au mouvement souverainiste[6]. La pensée politique que l’on appelle les « vieux bleus », à tendance autonomiste, qui ont gouverné la province du temps de Duplessis n’est pas disparue malgré leur marginalisation au court des 40 dernières années. Il est d’ailleurs plutôt frappant de voir son retour relatif au sein des visées électoralistes. C’est à dire à quel point ce courant de pensée prend de l’ampleur, malgré sa non-représentativité dans l’éventail des partis politiques actuels.

Historiquement, ce courant idéologique, même si issu du courant ultramontain post rébellion de 1837-1838, se développa surtout autour des idées de Lionel Groulx et de Robert Rumilly, pour ensuite s’incarner politiquement dans l’Action libérale nationale (ALN) avant de se fondre dans l’Union nationale de Maurice Duplessis. L’Union nationale était un parti conservateur assez classique sur bien des aspects (anticommunisme, antisyndicalisme, corporatiste, anti-interventionniste, promoteur des valeurs religieuses & agricoles, etc.), mais accompagné d’un corpus nationaliste sincère. Ce corpus, nourri de l’identité de la « race canadienne-française », comme on disait à l’époque, et de ses intérêts propres, engendra bien des bras de fer avec le fédéral, considéré bien souvent comme un élément d’ingérence étranger. Malgré tout, ceux-ci ne remirent que très peu en cause la fédération canadienne, malgré toutes leurs divergences. C’est dans cet imbroglio que l’autonomisme trouva sa vitrine politique la plus visible dans l’Histoire du Québec. Et il ne serait pas tout à fait honnête de dire que le nationalisme de cette époque fut totalement néfaste, car, malgré tout le tort que ce mouvement a fait à la cause sociale, l’émancipation partielle que connut le Québec des années 60-70 n’aurait pas pu voir le jour sans une certaine émancipation identitaire au préalable.

Mais aujourd’hui, avec le recul des années et une meilleure compréhension des cycles historiques, nous comprenons plus clairement que le regain de ce nationalisme est surtout un symptôme de repli. Repli comme le Québec le connut après 1837. Le constat des échecs que connut le mouvement souverainiste devait donc fatalement emmener beaucoup de gens à se tourner vers la survivance qu’offre ce type de nationalisme. Sauver les meubles, comme le dit l’expression. Mais, comme vous le savez, l’époque à changer depuis le 19e siècle, et le nationalisme aussi. C’est pourquoi l’expression actuelle de ce repli identitaire et religieux se caractérise surtout par une hostilité envers les immigrants et plus encore envers l’Islam et les musulmans. Évidemment, cette hostilité, quoique parfois électoralement payante, est totalement nocive politiquement pour ce qui est des intérêts que ces nationalistes prétendent défendre. Je m’explique.

L’immigration, contrairement à ce que certains excités laissent croire, n’est pas un processus planifié de conquête, mais un phénomène global de fuite. Des gens issus du tiers monde n’émigrent pas pour la conquête et le butin, comme au temps des grandes invasions (ça, seul l’occident le fait encore). Ceux-ci émigrent de chez eux, parce qu’il n’est plus possible de faire autrement. En d’autres termes, l’immigration que l’on connait est d’abord un phénomène de nature économique, résultant des politiques internationales qu’ont les pays encore riches d’occidents. Donc, répondre à cette problématique en imposant une identité[7] plus ou moins fantasmée ne pourra en rien résoudre les problèmes liés à l’immigration. Par contre, cette offensive identitaire offrira sur un plateau d’argent tous les outils nécessaires à l’oligarchie capitaliste afin de maintenir le peuple divisé via l’hostilité que génèrent les conflits interethniques. La démagogie sur la peur du terrorisme et les « valeurs occidentales »[8] en sont des éléments concrets et le spectacle de nationalisme bas de gamme que Harper nous a servi le 25 juin dernier n’en ait que l’expression la plus grossière.

Certes, on me répondra que ce nationalisme est une réponse au relativisme culturel et au multiculturalisme qui fit tant de dégâts[9] dans les dernières décennies, ce qui est vrai. Mais, pour autant, est-il mieux de chercher dans le repli identitaire une solution à des problèmes qui sont issus de problèmes essentiellement économiques[10] ? Sans impérialisme, nul asservissement politique et social, donc point de grandes pauvretés comme le tiers monde le connait aujourd’hui et donc baisse naturelle du taux général des mouvements de population jusqu’à des pourcentages incompressibles. Or, au lieu de combattre les causes profondes qui font que des humains risquent tout (et souvent perdent tout) afin de potentiellement sortir d’une misère artificiellement construite par le FMI, les spéculateurs boursiers et les multinationales, certains « nationalistes » croient que l’intérêt suprême du peuple québécois serait de sauver la pureté de la tradition de la cabane à sucre des envahisseurs musulmans !

In nomine sanctae aeternam cabane à sucre !

Malheureusement, je caricature à peine, car entre les plus radicaux qui veulent sauvegarder « l’intégrité ethnique » des Canayens français et ceux plus en vogue qui ne souhaite que défendre les valeurs de ladite « civilisation occidentale » face aux « hordes de barbares musulmans », il n’y a qu’une question de degré. Attendu que les résultats du militantisme de ce genre de nationalisme ne déboucheront aucunement sur des changements pouvant avoir des impacts sociaux concrets[11], car se limitant pratiquement toujours à la seule défense de traditions folkloriques face à des ennemis plus ou moins fantasmées, nous pouvons être certains que ceux qui tirent profit de l’immigration des uns et de la peur des autres n’auront aucune raison, aucunes, de cesser leurs activités dans un avenir proche.

Par contre, avant de clore cette chronique,  je me dois de mentionner que même si le nationalisme identitaire est l’enfant mal aimé qu’engendra le fait national, il n’est pas pour autant plus vrai d’y voir la seule et unique source de ce phénomène. Car, contrairement à ce que prétendent les représentants des diverses doctrines post-nationales, les peuples existent et ces peuples ont besoin d’un foyer circonscrit dans l’espace pour s’épanouir culturellement et d’une entité politique souveraine, afin de mettre place dans le monde réel leurs aspirations. En réalité, la meilleure façon de transformer le patriotisme naturel des citoyens d’une nation en nationalisme haineux est de les priver de ces éléments. Et si en prime vous y ajoutez une crise économique proportionnelle aux maux précédents, il ne serait pas étonnant que ce que le nationalisme a de plus rétrograde soit remis au-devant de la scène politique. Je rappelle que ce qui explique la montée des divers courants identitaires d’extrême droite en Europe n’est pas le fruit de l’exercice de la culture et de la souveraineté de ces peuples, mais bien de leur humiliation et de leur asservissement. Le destin de l’Allemagne des années 30-40 n’est pas issu d’autre chose que de cela.

En définitive, même si tout est mis en place pour que le pire se produise, il est encore temps de dénoncer l’usurpation du sentiment national que fomentent de si mauvais esprits. Comme toutes choses humaines, le patriotisme peut servir le mal comme le bien. Seules dépendent de la bonne foi d’autrui et de la compréhension de ses dangers et les finalités qu’il servira. Comme tous ici nous savons que le projet conservateur n’est certainement pas un brillant exemple de gestion équilibrée du monde, il serait inutile de démonter plus que nécessaire quel sera l’orientation de leur « nationalisme ». Malgré tout, je continue à croire que comme moi, un bon nombre de mes concitoyens savent pertinemment que la seule vraie finalité du patriotisme est la justice sociale, qui elle-même est la voie du seul vrai internationalisme qui se tient debout, soit celui de la solidarité entre des peuples souverains.

De toute façon, comme le disait jadis Jean Jaurès, « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène » !

Benedikt Arden (juillet 2015) 

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[1] www.ledevoir.com/politique/canada/443524/stephen-harper-souligne-la-saint-jean-en-beauce

[2]fr.video.canoe.tv/video/en-vedette/en-vedette-aujourdhui/1906868890/harper-celebre-la-saint-jean-en-beauce-reportage/4320015282001/page/3

[3] Surtout dans la circonscription de Lévis-Bellechasse.

[4] À Roberval-Lac-St-Jean.

[5] Voir mon texte dédié à la question.

[6] Il l’est de moins en moins d’ailleurs.

[7] Via la défense de tradition folklorique (cabane à sucre, villages d’antan, vie rurale, etc.) ou d’une religion auquel pratiquement plus personne ne croit.

[8] Aujourd’hui on pourrait même parler de « charlisme » en référence à ce courant conformiste et liberticide qui suivit le « Je suis Charlie » français.

[9] Repli identitaire des locaux comme des immigrants, dislocation du tissu social et montée du racisme en sont les effets les plus patents.

[10] Ici je n’ignore par la question de la démographie dans cette affirmation, car la baisse des naissances dans le monde est toujours précédée d’une hausse générale de l’éducation, qui elle-même est, le résultat d’un essor économique antérieur.

[11] Pour une grande partie de ces gens, le socialisme est assimilé à de l’antinationalisme.

lundi 24 novembre 2014

Réflexion sur l’extrême gauche parlementaire et sur les luttes futures !

Ça faisait quelque temps déjà que la nouvelle flottait dans l’air, mais depuis peu cela est maintenant officiel. Le Parti communiste du Québec (PCQ) abandonne son statut de collectif au sein de Québec solidaire (QS) afin d’embrasser sa pleine liberté. Il est vrai que depuis un certain temps déjà, mais surtout depuis les débats autour de la Charte des valeurs sur lesquels le PCQ avait pris une position favorable contrairement à QS, les membres du PCQ avaient de plus en plus de désaccords avec la ligne du parti-phare et cela se reflétait de plus en plus sur leur positionnement politique. Évidemment, cette rupture est le résultat d’un long processus de grand écart que le parti, j’en suis sûr, tenta de réduire autant que possible à l’interne. Mais comme tous ceux qui suivent minimalement QS ont probablement eu tôt fait de constater, certains courants du parti ont plus ou moins été écartés depuis l’entrée de QS à l’Assemblée nationale.

Il faut dire aussi que le succès médiatique justifiant probablement cette pratique de Québec solidaire tient de beaucoup à la place de plus en plus prépondérante que tient la « deuxième gauche » à l’intérieur de l’appareil. Celle-ci étant beaucoup plus proche du progressisme libéral que du marxisme à proprement parler, il n’est pas étonnant que les médias mainstream soit plus complaisants à leur égard. Et inversement, le sentiment de fidélité que porte le PCQ à l’union des gauches devait inévitablement s’en trouver affecté. Rappelons que le PCQ était initiateur de ce fameux projet d’union des gauches qui devait constituer l’Union des Forces Progressistes (UFP) et plus tard QS, ce qui laisse croire que le divorce devait être consommé depuis un certain temps.

Enfin, maintenant que le parti est de nouveau seul (ou autonome), celui-ci devra donc se replacer dans l’espace politique québécois disponible. Et comme l’espace déjà bien limité que possède le communisme intransigeant est déjà comblé par une myriade de petits partis ou groupes, il serait plutôt inutile politiquement d’entreprendre une démarche en ce sens. De toute façon, les militants du PCQ ont clairement exprimé dans leur texte qu’ils se détachent de QS afin de participer à un ralliement encore plus grand, ce qui élimine donc toute volonté de retour à la stratégie puriste du Komintern des années 20. Et c’est bien là que l’événement prend une certaine importance, car cette nouvelle, même si quelque peu anecdotique dans le paysage politique québécois, et cela sans faire mention de la taille plutôt groupusculaire du mouvement, a tout de même fait couler beaucoup d’encre dans les grands médias. Ce qui n’a sûrement pas manqué de les surprendre eux-mêmes! Évidemment, l’intérêt de nos bons médias n’était pas le fait que le PCQ quitte QS (détail dont les médias se moquent éperdument!), mais bien l’interprétation légèrement tordue des communiqués du PCQ à l’effet que celui-ci serait dorénavant un soutien du candidat favori de la course à la direction du Parti Québécois (PQ), soit Pierre-Karl Péladeau (PKP), celui-là même qui a donné tant de maux de tête (et de jambe) aux syndiqués du Journal de Montréal pendant 25 mois de lockout et qui était encore hier traité par le co-porte-parole du PCQ de « gestionnaire pourri et hypocrite, qui n’a jamais travaillé de sa vie »1. La nouvelle, interprétée de la sorte, ne devait pas manquer de surprendre l’électeur moyen, tout en lui rappelant l’existence d’un tel mouvement dans le paysage politique.

Bien entendu, le PCQ n’est pas devenu officiellement « pékapiste » ou même « péquiste », mais (comme en 1998) partisan de l’union des forces progressistes… ou indépendantistes... c’est selon. En fait, et même s’ils ne le disent pas de cette façon, le PCQ retourne à la stratégie indépendantiste des années 60, qui était la large union des souverainistes et de la gauche (une grande partie de celle-ci en tout cas). Cette stratégie devait ultérieurement mener au succès du Parti Québécois. L’ironie de la chose, c’est que l’UFP (et plus tard QS) est justement issue de l’échec de cette même stratégie, car il est très difficile de maintenir des positionnements idéologiques très dissemblables dans une coalition, quand celle-ci renonce à demi-mots à sa raison d’être, soit la création d’un État québécois indépendant. Et comme la suite du dernier référendum l’a amplement démontré2, cette union, une fois embourbée dans la « politicaillerie », se décompose à une vitesse fulgurante, ce qui reconstitue inévitablement les anciennes divisions. Mais pourquoi ce retour en arrière? Car ne sommes-nous pas devant un cas justement analogue du côté de QS, causé par l’enracinement dans la politicaillerie et qui génère exactement le même effet du côté de l’union de la gauche ?

Comme je l’ai précisé ci-dessus, le PCQ ne présente pas les choses de cette façon et croit sincèrement en un nouvel engouement souverainiste avec l’entrée en scène de PKP à la tête du PQ. Ils ont même tendance à lui reconnaître une petite part de « progressisme » ! Mais enfin, cet engouement est-il justifié? En tout cas, beaucoup de souverainistes le croient et le PCQ croit probablement qu’il est plus souhaitable de soutenir cet hypothétique mouvement que de suivre QS dans sa voie d’hostilité qu’il entretient envers le PQ3. Somme toute, ils se sont tout de même gardés bien des portes ouvertes en étant aussi flous que possible sur ce qu’ils feront de concret. Car, avouons-le, publier des communiqués nuancés quand vous êtes un regroupement de moins d’une centaine de militants, cela n’a pas vraiment de poids si cela n’est pas accompagné d’accords politiques sur le terrain. Du moins, si l’on reste dans le cadre électoraliste, et pour le moment, il n’a pas encore été question d’autre chose que cela. D’autant plus que leurs militants sont à demi-mots pratiquement encouragés à adhérer à d’autres formations (le PQ en l’occurrence) afin de faire de l’entrisme à l’instar du SPQ-libre, qui on le sait, sont des gens bien gentils, mais qui ont le poids que l’on sait dans l’appareil.

Un parti « stalinien4 » qui encourage ses membres à faire de l’entrisme dans un parti bourgeois en pleine décadence, cela n’a pas manqué d’en faire sourire plus d’un (même si le parti communiste français, par son exemple, avait déjà préparé le terrain). Mais au-delà des symboles que l’on torture, est-ce que cette stratégie a du bon sens? Sachant que l’entrisme des groupes trotskystes a toujours été historiquement un échec et que les projets politiques d’union des gauches se font toujours au détriment des factions plus ou moins marxistes5, est-il donc pertinent de développer un front « stalino-pékapiste » sur le plan électoral alors que presque plus rien ne cache l’incapacité intrinsèque qu’ont nos « démocraties » à se réformer? Est-ce que la lutte sociale du futur se trouve toujours sur le terrain électoral ? Et même, l’a-t-elle seulement déjà été? À l’heure actuelle, il me semble évident que non. Mais cette affirmation, pour ne pas être confondue avec les positions parfois bien naïves de certains anarchistes, se doit d’être clarifiée afin d’en comprendre les fondements.

D’abord, et afin de me distancer de mes amis anarchistes, je précise que la défiance que je porte de plus en plus aux structures étatiques et aux institutions occidentales, soi-disant démocratiques, ne provient pas de positions de nature idéologique car, à l’instar de Marx, je ne crois pas que l’État puisse être aboli tout simplement par décret, le projet fut-il tenté avec toute la bonne volonté du monde. En tout cas, pas sans auparavant avoir éliminé ce qui l'a fait naître (des conditions sociales) et donc d’en avoir rendu l’existence inutile, pour autant que cela puisse être un jour possible6. Autrement dit, je ne crois pas que l’État soit un « choix de société », mais un mal nécessaire qu’il nous faut démocratiser au maximum afin d’en atteindre le point de dépassement.

Ensuite, ce qui me porte à croire que la participation aux élections est devenue une perte d’énergie pure et simple est un constat qui me parait assez évident quand l’on connaît un peu l’évolution du monde. Comme vous le savez, les structures parlementaires (sans tenir compte du fait qu’elles ne sont en rien démocratiques, mais purement oligarchiques et parfois même carrément ploutocratiques) ont depuis les dernières décennies pratiquement perdues toute réelle souveraineté et ne sont plus que des fantômes politiques. Cette situation résulte pour une grande part des accords de libre-échange, qui ont donné un pouvoir complètement disproportionné aux possesseurs de capitaux qui sont capables de mettre à mal tout pays récalcitrant. N’oublions pas qu’en plus de cela la plupart des États du monde ne possèdent plus du tout de contrôle sur leur création monétaire7, ni sur leurs dettes8, ni sur leur économie intérieure, car majoritairement dominée par des cartels internationaux. Alors inutile d’en faire des tonnes pour vous convaincre que de prendre le contrôle d’un État et d’en revendiquer la souveraineté ne se limite pas du tout à gagner les élections, mais à rompre avec tout un ordre qui ne se laissera pas faire sans mot dire, et qui fera payer au prix fort l’outrecuidance de l’homme d’État assez courageux pour se prêter à l’exercice. Il est d’ailleurs assez symptomatique d’un pays colonisé, comme le Québec, de ne voir comme ennemi que l’État colonial (le Canada) et d’en oublier constamment les forces transnationales qui le contrôlent et qui, elles, ne jouent en rien le jeu de la démocratie.

Il est donc de ce point de vu tout à fait prévisible que la majorité des partis politiques ou des personnages politiques, prenant place dans le jeu parlementaire, sachent, bien avant qu’arrive leur chance de prendre les rênes de l’État, les limites réelles de ce qui leur est permis de faire s’ils veulent conserver leur carrière, leur retraite et parfois même leur vie. Et ces limites, vous l’aurez bien compris, s’arrêtent là où le pouvoir de ceux d’en haut commence! Donc, si vous voulez savoir ce qu’une organisation politique peut faire sur le terrain électoral, vous n’avez qu’à regarder la compatibilité du projet avec les intérêts du capital international. Cela inclut la création d’un État-Nation comme le souhaitent PKP et ses partisans et cela explique, par la même occasion, pourquoi les partis dits « de gauche » se limitent presque toujours aux luttes sociétales quand ils accèdent au pouvoir.

Mais alors, que reste-t-il de l’espoir envers notre futur après un tel constat? Cet espoir si nécessaire à l’engagement social? À l’application des vertus qui font de nous autre chose que l’homo économicus dont tous ces tyrans voudraient nous voir enfin admettre la nature indépassable? Comme ce constat n’a pas pour objectif de faire plaisir aux esprits paresseux, mais bien de prendre pied sur le réel, il m’est plutôt égal de faire perdre espoir à ceux pour qui l’éthique publique se limite à l’élection d’un parti dans un système créé tout spécialement afin de nous neutraliser. Et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui que l’élection politique, déjà dénoncée au tout début du 20e siècle par Georges Sorel comme un neutralisateur de volontés révolutionnaires, est devenue aujourd’hui un type de télé-réalité presque aussi grotesque que les autres. Un show télévisé où des candidats se prêtent au jeu de la séduction des masses à grand coup de démagogie et de phrases creuses, sans tenir le moins du monde compte des considérations minimales de logique et de conséquence, quand ceux-ci ne mentent pas tout simplement… Enfin vous l’aurez compris, le grand soir électoral n’est pas pour demain et tout ce qui insinue l’inverse est simplement un leurre pour naïf soufflé par des opportunistes. Inversement, il est de l’intérêt de l’espoir en lui-même de ne pas se voiler la face afin de débuter la seule tâche qui importe vraiment, soit celle des luttes futures!

Ces luttes ne doivent pas être de celles qui ne servent qu’à flatter l’ego de celui qui les mène, mais être sans tabous et ancrées dans le réel des rapports de force. Et ces rapports de force se dessines hors de la politique officielle, au travers des nouveaux territoires de souveraineté, comme le dit Alain Deneault quand il nous parle des paradis fiscaux. Ces nouveaux territoires sont ceux qui nous sont imposés par l’évolution du capitalisme et institutionnalisés par les restes des États inféodés au pouvoir du capital. Ce territoire est celui que génère le néolibéralisme, soit celui de l’être humain démoralisé, désorienté, cherchant autant à gagner son pain qu’à retrouver un sens à une vie que la consommation de marchandises inutiles et de drogues ne peut plus justifier. Et comme nos légistes portent un si grand intérêt à la liberté des acteurs privés, surtout au plan de leurs capitaux, bien faisons comme eux et créons nos structures hors du système et travaillons en dehors de lui. Autrement dit, cessons de chercher à prendre le pouvoir et créons notre propre pouvoir!

« C’est bien beau tout ça, mais concrètement ça implique quoi », me direz-vous? Bien, un ensemble de choses qui commence par rechercher l’autonomie. Par autonomie, j’entends bien autonomie économique, car tout le reste n’est qu’idéalisme, donc factice. Comme il est par nature bien difficile d’être autonome individuellement, il nous faut donc créer des structures qui, non seulement pourront être de nature politique9, mais aussi de nature à donner ce que nos contemporains cherchaient bien souvent avant toute chose, soit un moyen de subsistance. Toute l’horreur de la politique néolibérale a au moins ceci de positif : qu’elle rend les gens en position de perdre l’espoir en une réussite dans ce système, ce qui pourrait bien être le point de départ de ce qu’un jour l’on appellera « l’armée de réserve de l’anticapital ». Et malgré toute l’amoralité dont les lobbyistes sont capables, ceux-ci sont toujours contraints de pousser dans le même sens, soit celui qui désamorce la force publique afin de toujours libérer plus d’espace de marché. Alors il n’est pas possible légalement10 de contenir, comme ils le voudraient, l’apparition de structures subversives pouvant beaucoup plus nuire à l’ordre établi que des partis politiques subventionnés et esclaves de médias hostiles. Il nous faut donc faire certes face à la tempête, mais en usant de la puissance de son vecteur afin de la retourner contre elle. C’est dans cette dialectique que se trouve la clé de notre émancipation future.

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas ici de dresser une recette révolutionnaire magique, mais bien de comprendre les raisons de ce qui nous rend si faibles. Cette faiblesse est d’abord et avant tout issue de notre dépendance au système, car par un chantage odieux il peut couper les vivres de mille et une façons à tout individu qui serait un tant soit peu trop dangereux pour lui. Et ce pouvoir, occulté par sa façade démocratique, laisse trop souvent croire qu’il est possible de se rebeller institutionnellement par la puissance des belles paroles de chefs charismatiques et/ou par un hypothétique mouvement spontané des masses. Cela est d’autant plus inutile que l’objet de nos luttes (le pouvoir en place) n’est plus issu de l’État, mais bien d’un ordre économique beaucoup plus vaste et surtout sans visage. En d’autres termes, il n’est pas réaliste de prétendre combattre un ordre quelconque avec des armes qui ne l’affecte en rien.

En conclusion, je ne crois pas que ce petit article soit suffisant pour rendre aussi claires que je le souhaiterais les raisons qui m’ont amené à cette position, mais je crois par contre qu’il n’est pas très difficile de mettre à bas la croyance que le socialisme et la souveraineté réelle surgiront d’une élection parlementaire, même si par principe le terrain électoral ne doit pas être totalement abandonné. Simplement, il faut se refuser l’usage des moyens de subsistance que nous offre le système, car c’est de cette façon qu’il nous contrôle et nous manipule. Évidemment, je souhaite de tout cœur que le PCQ ait à l’esprit de prendre cette voie. Mais pour ce faire, il devra être en mesure de briser ce besoin si profond qu’ont les divers partis communistes du monde et qui les a si mal servis dans l’Histoire, soit celui d’être toujours le satellite d’un autre astre.

Benedikt Arden
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2 Ainsi que la période autonomiste des années 80.

3 Les gains de QS se font essentiellement au détriment du PQ ce qui explique politiquement cette hostilité. 

4 J’utilise ce terme au sens où les trotskystes le font, soit comme d’anciennes structures affiliées à l’URSS.

5 Sauf dans le cas de l’Unidad Popular de Salvador Allende qui s’est terminé comme l’on sait

6 Je précise aussi à mes amis souverainistes que « l’élimination de l’État », comme organisation centralisée et autoritaire, n’est pas l’élimination de la Nation québécoise au sens populaire du mot.

7 Les banques centrales des pays comme le Canada sont toutes soient indépendantes du pouvoir ou purement privées.

8 Le marché de la dette souveraine étant rarement contrôlé par leurs citoyens, mais très majoritairement par des structures (fonds de pension, produits financiers, États étrangers, etc.) administrées par des mécanismes d’optimisation ne tenant aucunement compte des intérêts de ses mêmes États. 

9 Politique au sens où elles peuvent influer sur l’État.

10 Il ne faut pas négliger la force que possède la légalité sur le capitaliste, car celle-ci est ce qui, via la légitimité qu’elle procure, le protège de ceux qui possèdent le pouvoir réel, soit les militaires/policiers qui protègent son capital.