mardi 31 juillet 2018

Blocage politique


Le vice-président exécutif du sondeur Léger révélait récemment que le « ciment n’est [peut-être] pas encore durci dans l’électorat […], mais on sent que l’échiquier politique qui se dessine depuis quelques mois semble se stabiliser ». Il est effectivement acquis que les sondages préélectoraux dégagent une certaine tendance et que celle-ci donnerait entre 35 et 38 % à la Coalition avenir Québec (CAQ) et un peu moins de 30% au Parti libéral. Le Parti Québécois (PQ), quant à lui, maintiendrait sa lente descente sous son seuil historique (moins de 20%). Québec solitaire (QS) maintiendrait à l’inverse sa lente montée, au point de vue de ses potentiel(le)s député(e)s, tout en stagnant plus ou moins au-dessus de 10% au niveau national.

Quoique ce tableau dressé par les sondages illustre probablement un désir de changement politique tout à fait réel de la part de l’électorat québécois (surtout francophone), il reste que ce potentiel « changement » ne risque pas de brusquer nos habitudes … Enfin, si nous nous référons au programme de la CAQ et aux personnalités qui se présentent sous l’étiquette de « l’équipe du changement ». En réalité, rien n’est moins neuf que la communication de la CAQ, qui utilise la vieille tactique du changement d’image pour prendre la place bien confortable du PLQ pour évidemment ne rien changer de trop significatif. Mais puisque le Québec n’est pas encore désintoxiqué du « marketing politique », comme le sont d’autres pays du monde, tout porte à croire qu’une majorité d’électeur(e)s plébisciteront le bon vieux programme néolibéral orchestré par des libéraux, s’il est effectué sous une nouvelle appellation.

Il faut dire que, malgré le réchauffé que constitue le programme de la CAQ, « l’équipe du changement » a su bien flairer l’évolution politique du Québec, car, pendant que le PQ et les libéraux en font des tonnes pour paraitre progressiste, voir à gauche, la CAQ semble rester la seule option crédible pour le votant de droite. Et il est en effet assez logique qu’un parti qui cherche le pouvoir (pour le pouvoir) propose un programme de centre droit plus ou moins nationaliste, puisque c’est l’orientation générale que les sondages mesurent chez l’électorat francophone depuis bien longtemps. Le pari de la 3e voie autonomiste de Mario Dumont semble donc payé, près de 25 ans après la fondation de l’ADQ.

Évidemment, les droitards purs et durs auront le bon jeu de répondre que la CAQ n’est pas vraiment de « droite », mais l’élection potentielle de la CAQ inaugurera moins une ère de « révolution conservatrice » qu’un plan marketing réussit. Il s’agit donc d’un autre 4 ans de perdu, où les choses continueront dans la voie de la paupérisation et du tout au privé, comme c’est le cas depuis tant d’années...

Comme je l’ai déjà maintes fois rappelé, la situation politique du Québec est une situation bloquée. Elle l’est d’abord à cause du système électoral actuel qui empêche de nouvelles forces d’émerger et favorise le clientélisme. Mais elle l’est aussi grâce au blocage qu’a réussi à créer le parti libéral autour de la question nationale[1], puisqu’une partie importante de l’électorat votera pour le PLQ peu importe le programme et les scandales qu’il porte. Cette caricature que fait le parti libéral de l’indépendance est depuis longtemps mise en scène, afin d’unir artificiellement le patronat, les communautés immigrantes et les impérialistes canadiens sur la base de la peur de l’indépendance du Québec. Cette peur, qui va au détriment de l’intérêt de l’électorat immigrant, le rend pourtant captif ad vitam aeternam d’un système qui ne profite qu’à une infime minorité de leurs soi-disant représentants et participera immanquablement au cynisme et aux préjugés d’une population qui souffre des mêmes maux qu’eux.

Ce repoussoir qu’est l’indépendance est constamment remis au goût du jour, au gré des stratégies de communication libérales, afin de faire passer l’ordre canadien pour progressiste ou conservateur en fonction de la situation. Néanmoins, casser du sucre sur les Québécois, tout en gouvernant dans une presque impunité, a fini par en agacer plus d’un. Même une partie de l’établissement mise désormais sur ce nouveau cheval qu’est la CAQ afin de maintenir le statu quo. C’est dire!

Notons également que cette politique, entretenue depuis des décennies par le parti libéral, est en bonne partie à l’origine du malaise identitaire de la majorité francophone du Québec, qui accepte mal d’être considérée comme une majorité oppressante alors qu’elle ne contrôle à peu près rien[2]. C’est ce malaise que manipule désormais la CAQ, afin d’obtenir le soutien de cette majorité gens qui en bavent, sans pour autant se mouiller sur la question nationale. Mais, comme une bonne partie de leur programme, l’idée de remplacer la souveraineté par le nationalisme culturel n’est pas originellement d’eux, puisqu’elle provient initialement du PQ. Mais comme la CAQ n’est pas un parti souverainiste, la peur évoquée plus haut ne joue pas le même rôle et, contrairement au PQ, le segment électoral qu’il convoite s’en trouve seulement agrandi par une part des péquistes désillusionnés de droite et de centre.

Il en va tout autrement pour le PQ, puisque si cette stratégie identitaire se révéla un échec comme un autre à l’époque, celle-ci prend une tout autre importance, maintenant que le PQ tente un retour à la social-démocratie. Comme chacun sait, on ne peut pas passer d’un programme identitaire à un programme social-démocrate en quelques années sans y laisser des plumes chez l’électorat de gauche. Électorat, qui, rappelons-le, est toujours plus ou moins sous l’influence des « identity politics » de nos justiciers sociaux et qui ont au moins aussi peur du nationalisme culturel de la majorité que les communautés immigrantes et les nationalistes canadiens ont peur de la souveraineté du Québec.

Loin de moi l’idée de condamner le principe d’un retour du PQ à gauche, mais je ne crois vraiment pas que l’établissement du parti ait changé au point de se réveiller socialement après plus de 20 ans tergiversation sur la question. Et je ne parle pas que de la seule direction du parti, mais également de ses militants, puisque c’est un programme identitaire qu’ils ont plébiscité au travers de Jean-François Lisée ! Pourtant, moins de deux ans plus tard, c’est un programme de gauche qui se trouve voté par les membres ? Ce changement pourrait paraitre inexplicable à première vue, étant donné qu’il n’y a eu aucun échec électoral ou changement de direction majeur. Cependant, un évènement pourrait expliquer ce retournement de situation.

Après l’échec de la convergence souverainiste avec QS de 2017, un froid assez glacial s’est cristallisé entre les deux partis. Surtout de la part des militants péquistes, qui ont, pour sa majorité, très mal digéré le refus d’alliance et ont développé un ressentiment profond envers ce parti, considéré à tort comme un concurrent gênant.

Cette alliance, qui n’était pas vraiment à l’avantage de QS, aurait été certes la bienvenue pour la gauche et pour la cause indépendantiste, mais celle-ci arrivait de toute façon trop tard, puisque c’est en 2012 qu’elle devait se faire. C’est-à-dire au lendemain de la crise étudiante, au moment où l’esprit était à la convergence. Mais à cette époque le PQ lui-même la rejetait[3]. Mais aujourd’hui, tout semble indiquer que les membres du PQ ont décidé dans leur congrès de courtiser prioritairement l’électorat solidaire, au détriment de son électorat de droite.

On pourrait presque croire que c’est un esprit de vengeance qui anime les troupes péquistes, puisque le segment électoral visé laisse le champ libre à son principal conçurent, c’est-à-dire la CAQ. Le PQ, qui est une coalition indépendantiste transcourants, semble perdre le contact avec sa nature et dérive entre la gauche et la droite tout en oubliant que ce qui tient ses composantes est la lutte pour l’indépendance. Comme le PQ ne propose pas un projet indépendantiste à ces élections ni même un programme de protection identitaire majeure et que le programme de QS est socialement beaucoup plus avancé que celui du PQ, l’électorat potentiel du PQ se résume à bien peu de monde, étant donné que les acquis de QS sont stables. C’est du moins ce qui se mesure dans les sondages.

Un autre élément qui doit être mentionné est la proximité plus ou moins avérée des groupes d’extrême droite avec le PQ. Si les liens sont souvent assez contestables, l’effet repoussoir qu’ils donnent à l’électorat de gauche lui est incontestable. Et les tentatives de rassemblement, comme celui de l’autre gauche, ne vont pas sans contribuer à cette image, puisque les auteurs du manifeste utilisent une partie de l’argumentaire de la droite[4] contre QS pour s’opposer comme étant « l’autre gauche ».  

Il y a encore bien des gens qui, fidèles au poste, voteront toujours pour le PQ. Cela forme encore une bonne base, mais ce segment électoral de plus en plus âgé et qui vote plus par tradition que par espoir de changement, ne risque pas de s’accroitre par magie. On le constate aisément, le mouvement républicain-indépendantiste est beaucoup mieux représenté par le programme de QS et comme la CAQ se fait le porte-étendard du nationalisme culturel québécois, il est très probable que la gauche souverainiste et la droite identitaire délaissent le PQ dans des secteurs clés pour sa survie. Secteurs clés qui, s’ils ne donnent pas la victoire à ces partis autres partis, assureront tout de même la défaite du PQ.

Que retenir de la situation présente ? Nous avons un PLQ qui plagie le progressisme bon chic bon genre du PLC dans l’espoir qu’on oublie qu’il a un lourd bilan. Ensuite nous avons une CAQ qui se fait la championne du nationalisme de cabane à sucre, mais surtout pour faire oublier son programme néolibéral. De l’autre côté du spectre politique, nous avons un Québec solidaire qui se trouve à être le seul parti social-démocrate proposant concrètement la souveraineté par une constituante, mais qui peine à rejoindre les classes laborieuses hors des grands centres. Et, à peu près sur le même spectre électoral, nous avons un PQ qui propose également un programme social-démocrate (moins l’indépendance), mais qui pourrait bien encore changer son fusil d’épaule en court de route.

Comme vous le voyez, la situation politique au Québec n’est pas très reluisante et ceux qui espèrent un changement politique prochain risquent d’être bien déçus.

D’un point de vue socialiste, les prochaines années ne risquent donc pas d’être de tout repos, car il devient impératif de construire un bloc social puissant avant qu’il ne soit trop tard, étant donné que nous ne pouvons pas vraiment compter sur ces élections pour changer le rapport de force. La population s’est certes droitisée dans les dernières années, mais pas tant du point de vue des luttes sociales. Elle s’est surtout radicalisée en réaction des politiques identitaires provocatrices des libéraux fédéraux et provinciaux qui flattent les minorités dans un objectif purement clientéliste. En conséquence, il est faux de croire que le peuple québécois ne soutiendrait pas une offensive sociale d’envergure. Il faut seulement cesser d’ignorer ses peurs et ses angoisses et l’écouter, car c’est bien pour lui que nous luttons !

Benedikt Arden (juillet 2018)



[1] Ce blocage sur la question nationale, même elle semble anecdotique pour certains, est plus important qu’il n’y parait (surtout à gauche et chez les nationalistes), puisque leurs projets politiques ne peuvent réellement être mis en place dans le cadre canadien. L’État souverain c’est encore le Canada, mais bien des partis aux Québec font beaucoup d’effort pour l’oublier.  
[2] Elle n’est d’ailleurs même pas en mesure de sanctuariser le français sur son territoire.
[3] Pauline Marois avait refusé le principe des primaires souverainistes en 2012 en expliquant que « la seule option qui existe pour réaliser la souveraineté, c’est un gouvernement majoritaire, et seul le Parti québécois peut l’assurer ».
[4] L’accusation d’être une gauche proreligieuse, multiculturelle et postnationale.

vendredi 20 juillet 2018

Le racisme dans toute sa « complexité »


Dans toute cette polémique, autour de SLÀV et sur l’esclavage, il y eut une bonne quantité de gens pour qui la tâche principale semblait être de maintenir la question raciale au centre de l’enjeu. Afin de rendre le sujet aussi simpliste que démagogique, plusieurs se sont donné pour mission de présenter l’esclavage comme une pratique collective issue des personnes qualifiées de « blanches » sur celles qualifiées de « noires ». L’esclavage et le servage qui sévirent pendant plusieurs milliers d’années en Europe, de l’antiquité à l’époque moderne, n’auraient aucune importance, puisque les descendants d’esclaves européens, devenus serfs puis aujourd'hui prolétaires, seraient coupables au même titre que les grandes familles qui se sont enrichies dans le commerce triangulaire. 

Les centaines d'années qui se sont passées depuis la fin de cette pratique barbare ne seraient pas non plus suffisantes pour que l'accusation soit limitée aux contemporains de cette pratique, puisque l'écart de richesses entre nations « noires » et « blanches » actuelles s'expliquerait (selon eux) essentiellement par l’esclavage. Inutile de rappeler qu'il n'y a aucun lien entre l'esclavage et la richesse des nations, puisque le développement du capitalisme a imposé son abolition, mais qu'importe, puisque dans leurs têtes de justiciers racistes les « blancs » sont jugés collectivement coupables du sort collectif des « noirs ».

Pourtant, à l'intérieur des représentants médiatisés des afros-descendants du Québec, un son de cloche différent aurait pu être présenté. Soit celui du rappeur de Québec Webster. Même s’il ne semble pas avoir mis autant de nuance que l’on aurait souhaitée dans ses dernières interventions publiques, il est intéressant de rappeler sa pratique pédagogique réconciliatrice, lorsqu'il faisait ses tournées historiques des personnalités esclavagistes de la ville de Québec.

Je la qualifie de « réconciliatrice » puisqu’au contraire du discours de ceux qui vont jusqu’à interdire aux « blancs » la possibilité de commémorer l’esclavage dans leurs arts, celui-ci n'hésitait pas à présenter la pratique de l’esclavage dans toute sa complexité et ne tombait pas dans les amalgames racistes[1]. Webster va jusqu'à briser ce grand tabou des justiciers sociaux, c’est-à-dire que la responsabilité de la traite transatlantique se verrait à la pâleur de notre peau. Tout en niant que l'élite africaine de l'époque put également bénéficier de ce commerce, comme pour tout autre. La guerre des classes en Afrique est pourtant bien plus évidente qu’ici!

Dans le présent contexte, il est souhaitable qu’une personnalité comme Webster ait le courage d’avouer qu’il est lui aussi l’héritier de cette pratique, puisque, selon lui, son propre père est issu de la noblesse wolof sénégalaise, qui a longtemps pratiqué le commerce et l’esclavage d’êtres humains[2].

L'idée dernière ce constat n'est pas de se donner ou d'enlever des points de bonne conduite à sa généalogie, puisque nous n'en avons aucunement la responsabilité. Cependant, il bien de rappeler que ce n'est pas des « hommes blancs » qui ont eu et/ou se sont enrichi sur la traite transatlantique, mais surtout des « hommes riches » et leurs familles. Si ces hommes riches étaient majoritairement blancs, les seigneurs d’Afrique n’étaient certainement pas sans responsabilités dans l'affaire !

Le crime que constitue l’esclavage n’est pas une responsabilité, qui doit retomber sur les épaules d’une quelconque collectivité ethnique ou religieuse. Surtout pas au Québec, où la richesse s’est faite essentiellement sur le dos du prolétariat francophone. Non, l’esclavage est un crime qui concerne l’ensemble de l’humanité. Il s’agit d’un héritage collectif qui doit nous servir d’élément de base à la compassion que nous devons aux présentes victimes de l’exploitation capitaliste. Le Québec n’est certes plus cette nation  exploitée de jadis, mais, comme les descendants d’esclaves, nous conservons cette mémoire en nous et souhaitons le respect.

Si nous voulons sortir grandis de cette histoire, nous devons cesser d’entretenir les mauvais prophètes, qui (appuyés par ces tabloïdes « putaclics » et leurs richissimes propriétaires) aime à diviser les masses laborieuses sur des bases aussi inopérantes que la « race » afin que jamais nous ne soyons capables de leur faire face. Cette réduction racialiste du problème a uniquement pour aboutissement de nuire au vivre ensemble et engendre la haine. Les victimes du capitalisme actuel doivent s’unir bien au-delà des races et des frontières, afin de faire face à l’esclavage salarial contemporain. 

Commémorons les crimes d’hier, mais gardons en tête ceux d’aujourd’hui. Nous avons encore tant à bâtir !

Benedikt Arden (juillet 2018)




[1] « Je ne le fais jamais pour culpabiliser, mais pour démontrer que nous avons une histoire plurielle depuis les débuts de la colonie. »
[2] « Mon père faisait partie de la noblesse sénégalaise, dans l'empire wolof. Ils avaient des esclaves. Du côté de ma mère, c'est fort possible »

mardi 5 juin 2018

Avoir les défauts de ses qualités ...


Le verdict est tombé dimanche 3 juin 2018, en après-midi. Martine Ouellet a perdu son vote de confiance, avec un appui de seulement 32%. Les adversaires de Martine se sont immédiatement félicités de cette victoire à la Pyrrhus et appellent maintenant, tout sourire, à l’unité. Maintenant que la lutte est terminée, la reconstruction du parti peut enfin se faire dans la joie et la bonne humeur, alors que leurs adversaires résident encore au tapis. Rien d’étonnant d’ailleurs, de les voir l’air béat de satisfaction devant ce résultat, puisque leur thèse tenait à limiter la crise du Bloc à la seule personne de Martine Ouellet.

Malheureusement pour eux et pour l’ensemble du parti, le mal est déjà fait, car ce genre de « guerre civile » ne fait que des victimes. Il n’y a donc très peu de raison de se réjouir, étant donné qu’il n’est rien de moins sûr que les putschistes qui ont quitté le parti (avec tout le drama qui en a suivi) ne sont absolument pas certains de revenir au bercail. Et il est non moins certain que tous les pros Martine sauront rentrer dans le rang sans une certaine amertume. En d’autres termes, les cicatrices de cette crise sont profondes et elles prendront du temps à disparaitre.

L’appel à l’unité des anti-Martine à au moins un point d’appui intéressant sur lequel baser leur volonté de refondation. En effet, 65% des membres ont plébiscité la stratégie indépendantiste, que certains disent « radicale », de mettre l’accent sur l’indépendance, plutôt que la fameuse thèse de la « défense des intérêts du Québec à Ottawa ». Il est vrai que le parti est relativement uni sur ce point, mais reste qu’il est assez incohérent de souhaiter défendre la cause indépendantiste au fédéral, tout en rejetant la personne qui défendait cette option.

Il n’est douteux pour personne que la suite réside dans une nouvelle course à la chefferie. Mais la victoire que certains festoient encore, devrait être fortement nuancée par quelques faits fortement évidents. De quoi seront faits les débats de la future course à la chefferie? Encore et toujours par cette opposition entre la priorité mise à la défense des intérêts du Québec à Ottawa et celle de la souveraineté. Encore une lutte qui verra s’affronter les deux tendances du parti. Et comme 65% des membres désirent maintenir la ligne Ouellet, le scénario de 2014 (avec une victoire contre les disciples de Duceppe) ou pire, avec une victoire sans adversaire comme en 2017, risque fortement de se reproduire. Dans tous les cas de figure, le prochain chef ou cheffe devrait normalement se faire élire sur sa volonté de maintenir cette ligne, puisqu’elle est dominante au Bloc.

Par contre, ce qui pose problème et qui ne s’est en rien réglé lors de ce vote de confiance, c’est que la mainmise des autonomistes sur une partie de l’appareil est encore bien présente. Il est donc à peu près certain que le (ou la) prochain(e) leader subira le même genre de mutinerie, s’il ou elle ose encore une fois tenir à bout de bras cette option. Je ne prétends pas cela gratuitement, car ce que l’on reprochait à Martine Ouellet c’était son intransigeance sur la ligne à suivre. Elle était têtue et n’écoutait probablement pas assez les autonomistes et les partisans de l’union à tout prix. C’est certainement vrai. Cependant, cet entêtement est aussi ce que l’on appelle avoir les « défauts de ses qualités ». Il n’en allait pas autrement de Jacques Parizeau, qui eut affaire au même type de dissidence de la part des autonomistes du PQ de l’époque pré-référendaire et qui a tenu la cause nationale jusqu’au bout. C’est d’ailleurs le propre de toutes les grandes figures historiques de la politique mondiale, toutes tendances et toutes périodes confondues, que de défendre leur option jusqu’au bout.

Il est donc prévisible que le ou la candidat(e) qui souhaitera mettre l’indépendance en avant subira la même fronde que Martine Ouellet et Mario Beaulieu ont subie. Le prochain chef ou cheffe devra donc nécessairement, s’il ou elle veut se maintenir, adopter une attitude ambivalente sur la question nationale, afin d’éviter de se voir poignarder dans le dos par les représentants de la fraction autonomiste du parti. Le ou la chef(fe) devra donc maintenir une ligne comparable à celle du PQ. C’est-à-dire parler d’indépendance pour rallier les troupes et faire du chantage à la division du vote, mais ne parler que le langage autonomiste devant les médias et le reste de la population.

Les membres du parti auront beau s’en plaindre, il ne faudra pas trop la ramener, car c’est le prix qu’ils ont décidé à 68% de payer. L’union avec les disciples de Gille Duceppe, qui ne supportent pas qu’on parle d’indépendance dans les institutions de Sa Majesté, est à ce prix! Les défauts des qualités du prochain leader conciliant et consensuel envers les deux tendances du Bloc sera donc sa mollesse et son ambivalence. Ce que plus de 20 ans d’expérience a désormais démonter n’apporter que des défaites. C’est le prix du style de « leadership » que les anti-Martine doivent s’attendre payer, puisqu’ils ont bel et bien prouvé que l’intransigeance sur la question nationale ne devait pas avoir sa place au Bloc Québécois.

À bon entendeur, salut !

Benedikt Arden (juin2018)

lundi 4 juin 2018

Que retenir de l’héritage de mai 68 ?


Il y a 50 ans se produisaient certains des événements qui allaient avoir les plus grandes répercussions culturelles en France depuis la Deuxième Guerre mondiale. Au point de faire maintenant partie des références idéologiques principales du roman national français, au même titre que la résistance et la Révolution française. Cette suite de manifestations étudiantes et de grèves ouvrières a donc visiblement laissé de grandes traces sur la mentalité de cette génération comme il sera probablement le cas des prochaines.

Ce vent libertaire et progressiste a d’ailleurs largement débordé la France, puisque des forces similaires étaient à l’œuvre dans tout le monde occidental. Et ceci allant même jusqu’à toucher le monde soviétique (voir le Printemps de Prague). Le Québec n’échappa pas non plus à cet esprit de contestation, puisque nous avons eu notre propre « mai 68 », avec le mouvement de grève étudiante de l’automne 1968. Mouvement qui fit également émerger certaines têtes encore bien connues du monde politique québécois actuel.

Mais 50 ans plus tard, que reste-t-il de l’héritage de ce mouvement ? Au-delà des conquêtes sociales ouvrières, qui ne cessent aujourd’hui de s’éroder, il est évident que la société actuelle n’est pas en voie de devenir cette société libertaire tant espérée par les contestataire de l’époque. Pourtant, on ne cesse de nous rappeler que ces événements ont été un tournant culturel majeur et qu’ils n’ont été rien de moins que le déclencheur d’une libération des individus qui serait hors du commun dans l’Histoire ?

Il est pourtant notable que l’esprit de mai 68 se soit de longue date institutionnalisé. Et il est tout aussi notable que ses représentants les plus en vue aujourd’hui ne sont pas connus pour être des partisans de la construction du socialisme ! Ainsi donc, en quoi ces événements ont-ils eu une influence « progressiste » sur le monde politique actuel ?

Autrement dit, quelle est la substance spécifique de l’héritage de mai 68 ? La question mérite d’être posée, puisque, du point de vue étudiant, mai 68 reste dans les faits un échec politique. Et même à considérer que le mouvement fut un préalable à l’élection de François Mitterrand, le bilan social du parti socialiste et de la plupart des partis sociaux-démocrates des pays d’occidents qui ont suivi le même processus est loin d’être à la hauteur des rêves des étudiants des années 60.

Pourtant et malgré l’échec de ce type de mouvement, il est parfois étonnant de constater à quel point les modes d’action et les thèmes de mai 68 sont encore restés centraux dans le militantisme étudiant actuel. Un peu comme si le mouvement avait été un jour ou l’autre victorieux ou que le modèle était réputé efficace à long terme. L’esprit de mai 68 ne semble donc pas du tout être en phase de dépassement, en dehors de son volet technologique (médias sociaux, téléphones intelligents, vidéos instantanés, etc.). Repenser l’héritage de mai 68, c’est donc aussi poser la question du sens des présentes luttes sociales. C’est-à-dire les forces et les faiblesses d’un mode d’action qui, comme nous l’avons vécu pour le « Printemps érable », ne semblent pas avoir plus d’impacts aujourd’hui qu’ils n’avaient à l’époque de la génération de l’après-guerre, même si le processus est loin d’être dépourvu de qualité.

Avant toute chose, revenons rapidement sur les particularités historiques de mai 68, car elles parlent d’elle-même.

La fin des années soixante est une période assez spéciale et peu comparable à toute autre puisqu’elle est à la fois une période économique particulièrement clémente (l’apogée des « 30 glorieuses ») et assez riche en lutte sociale. Cette période marque également un net déclin du prestige soviétique et des partis communistes (PC) en général. De plus, cette période se trouve en plein cœur de la Guerre du Vietnam, des premières luttes d’émancipations des minorités, de l’émergence de la société de consommation, de la multiplication de groupes d’extrême gauche non alignés[1] sur les politiques de Moscou et à la remise en question de l’ordre établi, via le mouvement « hippie ».

Comme vous pouvez le constater, l’année 1968 était pile-poil dans une conjoncture tout à fait propice pour une révolte estudiantine, puisqu’une grande partie de la jeunesse aisée de l’époque était immergée dans les auteurs radicaux et spectateurs d’un vieux monde en pleine mutation. Monde dans lequel tout semblait possible, mais où ironiquement la lutte du quotidien était à son plus bas. Néanmoins, cette révolte de fin de session n’aurait pas eu le retentissement que l’on connait aujourd’hui pour ces seules raisons.

La fin des années soixante était aussi une période où la richesse créée en masse était loin d’être équitablement distribuée. La société d’après-guerre était encore très figée dans ses habitudes issues du 19e siècle et les formations d’extrême droite réémergeaient doucement de leur hibernation d’après-guerre. Ces trois points sont très importants à retenir, car ils sont directement à l’origine du succès et de la postérité de ce mouvement.

Si les événements de mai 68 ont débuté avec le mouvement du 22 mars[2], c’est bien parce qu’il y eut d’abord altercation avec les militants d’Occident (principale formation d’extrême droite de l’époque). C’est en quelque sorte le catalyseur qui enclencha le mouvement. Ensuite, c’est parce que la classe ouvrière a pris l’initiative de mettre en place (en parallèle des manifestations étudiantes qui ont suivi) les plus grandes grèves depuis 1936 que le mouvement mit réellement le pouvoir en danger. Puisque bloquant complètement l’industrie et le commerce du pays, en plus de tout le mouvement de contestation étudiant.

Les événements de mai 68 ont donc eu un retentissement politico-social tout à fait exceptionnel. Surtout pour la classe ouvrière qui, avec les accords de Grenelle, a pu profiter d’avancées sociales majeures. Mais pour ce qui est de la lutte étudiante, les manifestations et les actions directes n’ont pas débouché sur de réels résultats, puisque la majorité des Français se sont plutôt raidis face aux revendications morales de la jeunesse, un peu trop avancée pour l’époque. Après tout, les élections des 23 et 30 juin s'achevèrent par une écrasante victoire pour les gaullistes. Cependant, une certaine victoire posthume fut obtenue par la jeunesse de 1969 en 1981, lors de la victoire de Mitterrand[3].

Comme vous pouvez le constater, les causes des événements du mai 68 étudiant ne suivirent pas les schémas révolutionnaires classiques, puisque leurs motivations étaient essentiellement d’ordre idéologique et moral. C’est essentiellement dû au fait que le mouvement ouvrier s’est imposé, avec une série de grèves majeures, qui a permis de donner une réelle puissance au mouvement étudiant. Mais justement, qu’elles étaient les revendications étudiantes ? Car les organisations d’extrême gauche qui ont participé aux événements de mai 68 étaient fortes différentes et leurs revendications l’étaient tout autant.

En fait, les revendications dont l’histoire s’est souvenue sont surtout celles qui n’ont pas été entre temps déconsidérées. Ce qui est notamment le cas de celles des maoïstes qui ont tenté de reproduire la révolution culturelle en France. Les slogans qui ont été maintenus et qui se prétendent résumer le mouvement sont surtout les plus poétiques et abstraits possible. Les plus connus étant « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner », « Il est interdit d'interdire ! » ou « L'imagination au pouvoir ! » Ces slogans imaginatif et dépourvu de tout contenu social démontrent néanmoins ce que le roman national français souhaite préserver de mai 68. C’est-à-dire une révolte d’enfants gâtés, revendiquant l’oisiveté et la jouissance perpétuelle, mais ayant débouché sur société libérale plus douce envers les minorités. Les Daniel Cohn-Bendit et les Serge July ne sont pas devenus les têtes de Turque du mouvement pour rien ! L’évolution de ces personnages est d’ailleurs symptomatique des capacités du capitalisme en termes de récupération des idéaux (comme des individus) progressistes et du romantisme révolutionnaire en général.

Mais en dehors du roman national français, que reste-t-il de mai 68 ? Pour y répondre, je soulignerais une piste intéressante, qui nous a été laissée par le philosophe marxiste Michel Clouscard. C’est-à-dire son concept de « libéralisme-libertaire ». Ce concept est certes un peu provocant pour les anarchistes et il peut sembler contradictoire à première vue, mais il n’en reste pas moins riche d’enseignement sur le potentiel de récupération idéologique que possède le capitalisme. Nous savons déjà que le capitalisme tire sa force d’un mode de production répressif, via l’État, mais il ne faut pas non plus négliger le rôle des consommateurs.

L’individualisme des consommateurs est l’un des moteurs les plus terribles du capitalisme, car le propre de la société de consommation est de séparer l’intérêt du producteur, de celui du consommateur. Le sens du terme « libertaire » n’est donc évidemment pas à chercher sur l’organisation du travail, mais bien dans un libertinage cultivé du consommateur. Libertinage qui n’a pour seul objet que de canaliser le désire d’affirmation de l’individu vers l’acte d’achat. Ce qui augmente la taille des marchés et en crée aussi de nouveaux, sur la base des mouvements de mode des jeunes et de l’affirmation identitaire des minorités. C’est en cela que la libération des mœurs peut aisément être récupérée par le capitalisme. À condition bien sûr, que cette « libération » ne touche que les droits naturels de l’individu ayant déjà ce qu’il faut pour être libre dans la société capitaliste.

Comme vous pouvez le constater, le « libéralisme-libertaire » pourrait aisément se définir comme le fils mal élevé du libéralisme conservateur d’antan. Au lieu de se faire l’apôtre de la loi, de l’ordre et de la tradition, il magnifiera plutôt l’image du « rebelle sans cause ». De l’individu centré sur lui-même, qui clame ses droits et qui se contrefout des autres et de ses responsabilités sociales. Mais, au même titre que le « bourgeois rétro », le « bourgeois de gauche » combattra le socialisme. Seulement, il le fera sur une base idéologique plus « cool », en utilisant des concepts symbolisant le progressisme. Un peu à la façon dont le fait Justin Trudeau aujourd’hui.

Au lieu de combattre le socialisme au nom de « l’ordre moral », le bourgeois de gauche combattra le socialisme au nom de la « liberté » (celle des riches), des minorités (dont fait partie la classe bourgeoise) et au nom de la lutte contre cette « tyrannique majorité ». Ce nécessaire effet de la démocratie qui effarait à ce point les bourgeois de tout âge et de toutes tendances. Notons que le libéral-libertaire se reconnait facilement à sa manie de mettre socialisme et fascisme en parallèle sous l’intitulé de « totalitarisme ». C’est évidemment bien pratique, puisque ça évite d’avoir à argumenter sur la face d’ombre réactionnaire de ces bourgeois de gauche.  

En fin de compte, l’héritage de mai 68, celui qui est valorisé par les voix autorisées, est de diviser la bourgeoisie entre capitalistes conservateurs et libéraux de gauche (libéral-libertaire), ce qui exclut du domaine de la respectabilité « démocratique » tout le mouvement socialiste. Ensuite, délimiter le débat public à l’intérieur de l’intérêt bourgeois et focaliser les divergences idéologiques aux seules revendications identitaires, de mœurs et de toute autre question qui ne dépasse pas l’individu. Tout le reste n’est pas évacué, mais tout ce qui remet en cause l’ordre idéologique bourgeois sera ipso facto jugé comme une nouvelle forme de fascisme. Voilà ce qu’est l’héritage autorisé de mai 68 et que le monde d’aujourd’hui accepte de souligner l’importance.

Inutile de rappeler que le mouvement étudiant de l’époque n’a pas à être condamné pour l’évolution désastreuse du mouvement, car c’est le potentiel de récupération du capitalisme qui est la cause de cette création idéologique mutante. Cependant, il y a des leçons à tirer de tout cela et il n’est pas si sûr que le milieu étudiant actuel les suive toujours. Ce que j’entends par là, c’est qu’il est important que les mouvements de masse, issus du milieu étudiant, s’éloignent des slogans et des revendications creuses et poétiques (revendications sujettes à être récupérées par le capitalisme), pour épouser des revendications sociales concrètes, universelles et qui vont dans le sens du socialisme. Je ne prétends pas que les revendications à l’égalité des minorités doivent être évacuées, loin de là! Néanmoins, elles doivent s’harmoniser avec les revendications plus larges, afin de ne pas être une source de division que le pouvoir utilisera contre lui.   

Quoique je sois sévère à l’égard de l’héritage de mai 68, je suis de ceux qui auraient bien aimé en être. Comme tous ceux qui rêvent d’un monde plus juste, je suis touché par l'esprit plein d'espérance caractérisant l'époque, mais je n’oublie pas que le monde réel est cruel et que « la révolution n’est pas un dîner de gala », comme l'écrivait Mao Zedong. La révolution qui vient ne sera pas plus pacifique que les autres et l’ordre ancien saura se défendre avec toute la ruse et la violence que les sciences sociales et la technologie lui permettront. C’est en cela que je crois qu’il faut prendre le bon comme le mauvais de l’expérience de luttes passées. Et pour ce faire, il faut surtout éviter de porter un regard trop naïf ou trop catégorique sur ces événements, car il va de soi qu’une révolution sociale sera toujours diabolisée par le puissant du moment. Méfions-nous donc des révolutions que le pouvoir commémore un peu trop et sachons lire ce que le pouvoir cache de ces événements. C’est de cette façon que nous commémorerons à sa juste valeur le souvenir des révoltes de 1968 !

Benedikt Arden (mai 2018)      



[1] Les tendances anarchistes, maoïstes, situationnistes, etc.
[2] Il s’agit du fameux mouvement de Daniel Cohn-Bendit, bien typique de l’époque, car mêlant anti-impérialisme, révolution des mœurs et lutte révolutionnaire anti-autoritaire.
[3] La jeunesse de 1968, une fois devenu adulte et diplômée, investira massivement les institutions. Ce qui aida grandement la gauche à arriver au pouvoir.
[4] Donner une « liberté » aux riches qui les soustraient de leurs responsabilités sociales de redistribution. Ce qui implique une plus grande répression pour les plus pauvres.

jeudi 17 mai 2018

Cet héritage progressiste qu'il nous faut défendre !

Depuis son adoption en 2002, tous les lundis précédant le 25 mai ne sont plus la fête de « Dollard » ni même cette « fête de la Reine » qui indiffère une grande majorité de québécois(e)s, mais bien le « Jour des patriotes ». Ce jour férié est devenu une merveilleuse occasion, pour les formations indépendantistes, d’organiser des activités commémoratives aux quatre coins du Québec, afin de rappeler que la société de l’époque n’était pas la théocratie que l’on s’imagine encore quelques fois, mais une société qui était au diapason de ce monde en plein bouleversement.

L’objectif de cette fête nationale est certes de souligner l’importance de l’héritage de la rébellion de 1837-1838, mais rares sont les organisations qui se limitent à la seule commémoration historique, puisque ce jour est avant tout perçu comme le « jour des indépendantistes » et de leur lutte. C’est pour cette raison que la maintenant traditionnelle « Marche des patriotes » est l’activité annuelle la plus connue, puisqu’elle est l’une des rares ayant un caractère vraiment militant. Cette marche s’apparente d’ailleurs beaucoup plus à une manifestation qu’à une simple marche commémorative, étant donné que les mots d’ordre sont généralement des revendications directement issues de l’actualité politique.

Malgré le fait que la popularité de l’événement oscille comme tout autre, la tendance des dernières années est plutôt à la baisse, comme vous le savez. Les commentateurs médiatiques, bien souvent d’emblée hostile à l’événement, ont évidemment trouvé de longue date la seule raison qui vaille, soit la perte d’intérêt de la population envers la question nationale. Ce qui arrange leur propagande et leur évite d’analyser plus à fond le problème. De toute façon, d’année en année, c’est toujours la même rengaine et les articles sur les prochaines marches ne risquent pas d’être bien différents, puisque ces journalistes et commentateurs ont tendance à recycler leurs « profondes analyses » chaque année.

Cependant, si je ne crois pas qu’il faille mettre la faute sur cette soi-disant « démobilisation populaire », qui arrange bien le statu quo fédéral, il existe néanmoins un autre élément qui explique beaucoup mieux pourquoi bien des militant(e)s se désintéressent de la « Marche des patriotes », voire des organisations indépendantistes officielles. Il en va d’ailleurs de même de la popularité des symboles de cette rébellion, comme le drapeau vert, blanc et rouge et le fameux « Vieux de ‘37 », qui sont pourtant nos seuls référents révolutionnaires.

Au même titre que le mouvement souverainiste dans son ensemble, le symbolisme de la rébellion de 1837-1838 souffre de la fracture gauche-droite, qui gangrène depuis plus de 10 ans son unité. Je ne vais pas revenir sur les causes de cette fracture, puisque je l’ai déjà expliqué dans nombre d’articles, mais qui tiennent essentiellement à la mise au rencard de l’option par ses représentants officiels. Notons tout de même que cette fracture au sein du mouvement indépendantiste, entre une gauche et une droite qui se radicalise, rend l’événement et les mots d’ordre de plus en plus durs à établir.

Qu’il ait un axe gauche et droit à la cause indépendantiste est loin d’être une nouveauté. C’est même une constante de l’histoire de l’indépendantisme moderne. Toutefois, la nouveauté est cette implantation durable d’une extrême droite au sein même du mouvement. Certains me rétorqueront probablement que des tentatives d’implantation de l’extrême droite à la Marche des patriotes n’est pas non plus une nouveauté et que de nombreux cas de ce genre furent signalés depuis les tous début de la marche. Cela n’est certes pas faux, mais je crois que certains scandales qui ont jadis eu lieu dans les années 2000 étaient bien souvent fort exagérés et contestables. Souvenons-nous que certains de ces scandales ont touché l’Organisation du Québécois et notre regretté camarade Pierre Falardeau. Qui, comme chacun sait, n’ont strictement rien à voir avec l’extrême droite, c’est le moins que l’on puisse dire!

Mais ce qui me semblait exagéré hier, ne l’est plus depuis un certain nombre d’années et semble désormais être une tendance à la hausse, puisque le nombre d’individus et de groupes de ce genre ne cesse d’augmenter. Au point même d’être maintenant en position de corrompre durablement l’esprit des patriotes en même temps que celui du combat indépendantiste. Si hier des militants d’extrême droite pouvaient sporadiquement s’intégrer dans les cortèges, en tant qu’individu ou en tant que petit groupe, il s’agissait toujours de cas marginal, qui n’influençait pas l’esprit de l’événement et qui pouvait être aisément ignoré. Désormais, c’est une composante importante du mouvement qui se trouve parasité par des groupes beaucoup plus intéressés à combattre l’Islam et l’immigration qu’à lutter pour la liberté du peuple québécois. Ce qui conduit inévitablement plusieurs souverainistes désabusés par « l’attentisme » du PQ vers le petit nationalisme de province et l’inquiétude identitaire que promeut l’extrême droite.

Je sais pertinemment qu’il y a plusieurs raisons d’être indépendantiste. Certaines de ces raisons peuvent probablement s’expliquer par une naïve volonté de protéger une culture plus ou moins fantasmée et menacée par des ennemis plus ou moins mal définis. Cependant, là où le bât blesse c’est quand ils s’approprient les symboles de 1837-1838 pour en dénaturer les fondements. Le paroxysme s’est d’ailleurs atteint lorsque des organisations identitaires et théoriquement fédéralistes organisent des événements à caractère xénophobe, dans lesquels s’entremêlent sans gêne tricolore patriote, pattes-de-loup et à l’unifolié! Cela engendre une confusion terrible, faisant en sorte que des gens qui abordent l’étendard du Bas-Canada dans des manifestations progressistes peuvent maintenant se faire agresser au nom de l’antifascisme…

Pourtant, est-il vraiment nécessaire de rappeler que la cause des patriotes n’avait que bien peu à voir avec celle des nationalistes du XXe siècle ?! Le « patriotisme des patriotes » était une œuvre de libération populaire, bien typique de la gauche de la première moitié du 19e siècle et qui concernait tous les habitants des deux Canada et non pas les seuls descendants français. C’est-à-dire que la libération politique préconisée n’était pas contre les peuples autochtones ou même contre les Canadiens anglais, mais bien contre le despotisme de la monarchie britannique! Les idéaux du Parti patriote étaient essentiellement influencés par les révolutions française et américaine. Les revendications du Parti patriote allaient dans le sens de la démocratie libérale avant tout et n’étaient en aucun cas une guerre entre les peuples du Canada. C’est d’ailleurs l’interprétation tordue qu’en a fait le rapport Durham, prétendant que le motif du conflit était ethnique, qui fait qu’encore aujourd’hui certains confondent le « patriotisme des patriotes » avec le nationalisme chauvin des deux Guerres mondiales.

Aujourd’hui, si les revendications de l’époque peuvent paraître bien peu révolutionnaire, son esprit fait néanmoins écho à cette mascarade faussement démocratique que nous combattons encore de nos jours. La couronne britannique a simplement été remplacée par le grand capital, qui nous prive de notre droit de choisir notre avenir collectif et qui balise notre espace démocratique. Notre droit à l’indépendance est directement lié à cette revendication fondamentale qu’est une démocratie réelle et n’a rien à voir avec la protection artificielle des mœurs et coutumes de la triste époque du Québec cléricale. Cléricalisme étroit qui constituait d’ailleurs le fondement même de la domination britannique.

Le combat des patriotes étant l’œuvre d’un peuple aux mœurs très avancés pour l’époque et c’est la défaite même des patriotes qui fut le départ de cette grande noirceur où le « pea soup » avait le droit de conserver sa religion et sa langue au prix d’une soumission complète à l’ordre établi. Ordre établi que la bourgeoisie canadienne-française et ses cléricaux avaient pour mission de maintenir. C’est en cela qu’il est insupportable de constater qu’aujourd’hui les symboles des patriotes soient récupérés par des gens qui regrettent l’époque d’un Québec inculte et soumis.

Aujourd’hui, il est de notre responsabilité de rappeler à nos concitoyens que l’héritage des patriotes est un héritage de révolte progressiste et qu’il ne faut pas le laisser se faire corrompre par les petits nationalistes de province et les apologètes du catholicisme romain. L’idéal des patriotes était l’émancipation du peuple québécois et de tous les autres peuples. C’est par cet idéal internationaliste que nous nous libérerons du joug d’un ordre international injuste, ici incarné par les institutions canadiennes et les partis de gouvernement. C’est également en renouvelant avec la lutte populaire inspirée par ces glorieux ancêtres que nous raviverons la flamme de l’indépendance dans le cœur des gens et que nous ferons revivre des marches de patriotes dignes de celle de ses meilleures années !

Benedikt Arden (mai 2018)

vendredi 20 avril 2018

Ce que révèle le cas Marissal ?



Comme vous le savez probablement, les élections provinciales approchent à grands pas. Nous le savons, car plus on avance dans l’échéance électorale plus la nuance et la réflexion font place à la partisanerie. Ce réchauffement partisan s’est donc naturellement exprimé à la façon dont les militants de tout poil ont réagi face à la récente candidature de Vincent Marissal, comme candidat de Québec solidaire (QS) de la circonscription de Rosemont.

Nouvelle particulièrement surprenante, il est vrai, la majeure partie des commentateurs médiatiques ont d’abord analysé cette décision de manière septique, puisque le personnage n’avait pas une réputation d’homme de gauche bien avancé et était encore moins réputé souverainiste. Mais si l’ensemble des commentateurs ont été pris de court par cette surprenante décision, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les plus véhéments militants péquistes pètent littéralement les plombs !
J’utilise cette expression bien de chez nous parce que les interprétations que j’ai observées depuis furent dans l’ensemble désordonnées, contradictoires, voire irrationnelles. Ce qui en dit long sur le sentiment de panique qu’ont ces militants, puisqu’il est loin d’être sûr que Vincent Marissal soit une si grande menace pour le Parti Québécois (PQ).

Il est évident que l’annonce de la candidature d’un chroniqueur politique très connu dans la circonscription du chef ne devait pas plaire aux péquistes, mais cette réaction n’en reste pas moins démesurée. Après tout, c’est comme ça que la politique fonctionne dans nos institutions et le fait que le PQ ait renoncé à les modifier dans tous ses passages au pouvoir rend cette colère passablement hypocrite. D’autant plus que le personnage s’est fait approcher par le PQ un peu avant l’annonce de son adhésion à QS. Mais enfin, je comprends qu’un bon nombre de ces militants aient encore du mal à digérer le refus d’alliance de mai 2017, alors il n’est pas surprenant que ces derniers se sentent floués et réagissent mal.

Malgré que je comprenne leur colère, il n’en demeure pas moins que la réalité est simplement que le Parti Québécois s’est fait voler un « candidat vedette » pour les prochaines élections. C’est pourquoi la réaction quasi automatique de traiter le personnage de fédéraliste me semble assez décousue, même si l’on sait qu’il a auparavant approché le très « fédéraliste » Parti libéral du Canada.

Après tout, Pierre-Karl Péladeau n’avait pas une relation moins trouble à la souveraineté que Vincent Marissal. Évidemment, PKP n’a pas eu besoin de mettre autant d’emphase sur sa bonne foi souverainiste pour prouver à tous qu’il n’a plus d’allégeance envers ses amis fédéralistes, puisque le fait d’adhérer au PQ devait être une preuve suffisante pour écarter tout soupçon (partisanerie oblige).

Il devrait pourtant être assez clair que celui qui se mouille en politique doit assumer les positions du parti qu’il représente. Ce qui fait que peu importe ce que pense Vincent Marissal de la souveraineté du Québec, il devra agir selon le programme voté par les membres de QS. Autrement dit, qu’il soit fédéraliste, voire de droite, n’a aucune importance, étant donné qu’il a fait allégeance à une formation de gauche souverainiste. Il sera donc jugé en vilain séparatiste par le camp d’en face pour le reste de sa carrière politique, même s’il virait encore sa veste dans l’avenir.

De plus, notons que les membres de QS ont ceci de différent de ceux du PQ, qu’ils n’acceptent pas aussi facilement le changement de la vocation de leur parti, puisque chaque pas qu’ils font vers le populisme de gauche leur vaut inévitablement les critiques les plus acerbes de certains de ses militants les plus radicaux. Pensons juste à cette légère modification du projet de constituante qui leur a valu le sobriquet ridicule de « parti en voie de dérive ultranationaliste[1] » ! Alors il est fort peu probable que Marissal soit le meilleur sous-marin qui soit pour faire bifurquer QS vers le fédéralisme centralisateur. 

Mais si les réactions péquistes sont si violentes, ce n’est pas tant parce qu’il serait un mauvais souverainiste ou parce qu’il y aurait « division du vote » à sa gauche, puisque le PQ accepte le cadre politique actuel. De plus, si le PQ devait blâmer un parti pour son déclin, ce devrait d’abord être la Coalition avenir Québec (CAQ) et personne d’autre, puisque c’est d’abord ce parti qui le saigne. Enfin, incomparablement plus que QS.

Notons au passage que le profil trouble de Vincent Marissal du point de vue de l’indépendance, mais très clair sur sa complaisance envers le multiculturalisme, révèle justement qu’il est possible de convaincre des gens hostiles au nationalisme, mais qui épouse le projet d’une constituante menant à la souveraineté. Ce qui normalement devrait enthousiasmer les péquistes, mais qui ironiquement les rend encore plus enragés.

À mon avis, le problème que les péquistes ont avec QS est tout autre. En fait, je crois que les militants péquistes se servent d’abord de QS comme un bouc émissaire afin de ne pas assumer les mauvaises décisions de l’appareil qu’ils ont toujours servilement acceptées ou pardonnées. Je prétends cela parce que la fracture idéologique qui se trouve sur son électorat est un effet presque direct de la mise de côté du projet national, donc des conditions de la « coalition péquiste ».

Je sais pertinemment que les stratèges du PQ se croient astucieux en prétendant préparer une souveraineté gagnante dans un second mandat, mais quand bien même on oublierait qu’il est très improbable que le PQ obtienne deux mandats majoritaires de suite, on sait tous que les prochaines élections ne se joueront pas sur la question de la souveraineté, ni même sur un changement politico-social d’envergure, mais sur le départ des libéraux!

C’est d’ailleurs sur cette question que la majorité des voix indécises se trancheront. Et comme la CAQ est actuellement le parti le plus à même de canaliser ce vote utile, c’est sur lui que risque bien de miser l’électorat francophone de centre et de droite. Et comme le PQ est massivement délaissé par les souverainistes mous (le plus souvent de cette allégeance idéologique), son électorat de gauche devient une priorité et c’est pour cette raison que le PQ en fait des tonnes sur Québec solidaire.  
 
D’après moi, cette perte de monopole n’est pas une mauvaise chose en soi, puisqu’elle devrait normalement obliger le PQ à être proactif sur la question nationale et sur les mesures sociales. On peut même croire qu’elle a forcé en partie l’appareil à accepter un programme un peu plus à gauche qu’en 2014 (ils ont remis la proportionnelle au programme, par exemple).

Mais d’un autre côté, la stratégie de Lisée de jouer la carte du « bon gouvernement social-démocrate » pose problème, puisque le programme social du PQ n’est qu’une pâle version de ce qu’est celui de QS. Ce qui fait qu’il n’y a pas vraiment de raison de voter PQ pour ces seules mesures, étant donné que le vote PQ n’est plus le garant du « vote utile » pour déloger les libéraux. En fait, la distinction entre ces deux partis a été donnée par « manifeste de l’aut’gauche » et consiste essentiellement en une divergence sur la question identitaire[2].

C’est donc l’aspect identitaire et laïcard du PQ, même si très peu mis en avant dans le programme, qui exprime le mieux la principale ligne de fracture idéologique entre les partisans de ces deux formations. J’oserais même prétendre que la perte du monopole sur l’indépendance rend très visible la tentation nationaliste (dans le sens identitaire du terme) d’une grande partie de ses membres. Cette position, même si elle n’a jamais été réellement assumée lors des élections (même celle qui a suivi l’épisode de la charte des valeurs), l’a par contre clairement été lors de l’élection de Jean-François Lisée en 2016. Ce qui fait que les militants péquistes sont de plus en plus amenés à se définir au moins autant sur la question identitaire que sur celle de l’indépendance. Ce qui est également le cas pour les militants solidaires qui se définiront par opposition à cette tendance.

La question identitaire est donc devenue, pour les militants des deux partis, au moins aussi importante que la question nationale elle-même. Ce qui fait que, malgré les éléments de convergences, ces partis sont en train de devenir les frères ennemis de la question nationale puisqu’ils sont en désaccords sur le nationalisme et les termes de la laïcité.

Je sais que certains trouveront cela un peu excessif et ça l’est un peu aussi, attendu que la majorité des péquistes ne sont pas des « nationalistes » du genre de ceux que l’on retrouve au Front national[3]. Mais en proposant un projet d’indépendance a-identitaire, donc non strictement lié à l’identité québécoise, mais d’abord basée sur l’idée d’une constituante, QS dame le pion à ceux qui souhaites amalgamer les politiques identitaires et le souverainisme.

Cela expliquerait pourquoi le second axe d’attaque des péquistes (et de la droite identitaire en général) est de les accuser d’être des « islamo-gauchistes » et des « multiculturalistes », alors qu’officiellement ces partis sont tous deux pour l’interculturalisme et la laïcité, même s’ils n’en ont pas les mêmes définitions.     

Quand Dalila Awada évoquait que « pour les communautés racisées au Québec, l’ennemi [s’incarne] à la fois dans le néolibéralisme et dans le racisme [et que le] Parti québécois, aujourd’hui [porte] en lui ces deux bêtes », elle exagérait évidemment le caractère « néolibéral » et « identitaire » du PQ, mais on comprend que cette allusion provocatrice illustre quand même extrêmement bien pourquoi QS n’a pas accepté un pacte d’alliance qui lui aurait été probablement avantageux à court terme, mais qui lui aurait aussi fait perdre beaucoup de ses adhérent(e)s. Et ceci en considérant que l’électorat solidaire ne se serait pas automatiquement transformé en vote pour le PQ. Il en va de même pour le PQ, car une bonne partie de sa base nationaliste et libérale n’aurait surement pas plus accepté de voter pour QS, comme ce sera forcément le cas de beaucoup d’anciens adhérents d’Option nationale.

Il est important de se souvenir que malgré les volontés d’alliance au PQ, comme à QS, les électeurs ne suivent pas toujours les accords entre appareils. Surtout quand ces accords sont purement électoraux et ne sont pas soutenus par un contexte de changements profonds. Et comme le maintien du parti libéral au pouvoir s’effectue régulièrement depuis 15 ans par le jeu antidémocratique du clientélisme électoral, il n’est pas étonnant que le climat politique du Québec soit à ce point morose et très peu ouvert aux changements institutionnels profonds.

Mais ce n’est pas pour autant que nous devons abandonner le combat, car un mandat caquiste saura incontestablement briser bien des illusions et comme le PQ avant lui, la CAQ se brisera les dents sur le mur du cadre institutionnel et économique présent. Mur, qui devra un jour ou l’autre être abattu par le peuple lui-même, si les partis politiques ne s’en sentent pas capables !    

Benedikt Arden (avril 2018)




[1] « Le virage ultranationaliste de QS est spectaculaire », écrivait Daniel Raunet en décembre 2017.
[2] J’ai eu l’occasion définir cette nouvelle dichotomie avant l’arrivée du manifeste dans mon article sur l’Islam. J’écrivais que la gauche de l’aut’gauche se définit comme « laïciste & plus ou moins hostile à l’Islam, se présente comme le représentant de l’égalité homme-femme, du droit des gais, etc. Ceux-ci revendiquent une lutte contre une idéologie religieuse jugée réactionnaire, un peu sur le modèle de celle menée à l’époque de la Révolution tranquille ou du 18e & 19e siècle en France. Certains de ses représentants iront parfois jusqu’à parler de « fascislamisme » ou de « fascisme vert » pour mettre leur position en emphase et ainsi usurper la vieille rhétorique antifasciste […] Les seconds, soit les [inclusifs], se présenteront, quant à eux, comme les défenseurs des droits individuels et de l’antiracisme classique. Le rejet de l’Islam étant essentiellement considéré par ces derniers comme étant une forme de racisme, toute ingérence ayant vocation à contraindre la pratique du culte sera ipso facto interprétée comme émanant de sentiments racistes « mêmes si emballés d’un argumentaire progressiste », diront ces derniers. 
[3] Même si nous savons pertinemment qu’il y en a aussi.