lundi 24 novembre 2014

Réflexion sur l’extrême gauche parlementaire et sur les luttes futures !

Ça faisait quelque temps déjà que la nouvelle flottait dans l’air, mais depuis peu cela est maintenant officiel. Le Parti communiste du Québec (PCQ) abandonne son statut de collectif au sein de Québec solidaire (QS) afin d’embrasser sa pleine liberté. Il est vrai que depuis un certain temps déjà, mais surtout depuis les débats autour de la Charte des valeurs sur lesquels le PCQ avait pris une position favorable contrairement à QS, les membres du PCQ avaient de plus en plus de désaccords avec la ligne du parti-phare et cela se reflétait de plus en plus sur leur positionnement politique. Évidemment, cette rupture est le résultat d’un long processus de grand écart que le parti, j’en suis sûr, tenta de réduire autant que possible à l’interne. Mais comme tous ceux qui suivent minimalement QS ont probablement eu tôt fait de constater, certains courants du parti ont plus ou moins été écartés depuis l’entrée de QS à l’Assemblée nationale.

Il faut dire aussi que le succès médiatique justifiant probablement cette pratique de Québec solidaire tient de beaucoup à la place de plus en plus prépondérante que tient la « deuxième gauche » à l’intérieur de l’appareil. Celle-ci étant beaucoup plus proche du progressisme libéral que du marxisme à proprement parler, il n’est pas étonnant que les médias mainstream soit plus complaisants à leur égard. Et inversement, le sentiment de fidélité que porte le PCQ à l’union des gauches devait inévitablement s’en trouver affecté. Rappelons que le PCQ était initiateur de ce fameux projet d’union des gauches qui devait constituer l’Union des Forces Progressistes (UFP) et plus tard QS, ce qui laisse croire que le divorce devait être consommé depuis un certain temps.

Enfin, maintenant que le parti est de nouveau seul (ou autonome), celui-ci devra donc se replacer dans l’espace politique québécois disponible. Et comme l’espace déjà bien limité que possède le communisme intransigeant est déjà comblé par une myriade de petits partis ou groupes, il serait plutôt inutile politiquement d’entreprendre une démarche en ce sens. De toute façon, les militants du PCQ ont clairement exprimé dans leur texte qu’ils se détachent de QS afin de participer à un ralliement encore plus grand, ce qui élimine donc toute volonté de retour à la stratégie puriste du Komintern des années 20. Et c’est bien là que l’événement prend une certaine importance, car cette nouvelle, même si quelque peu anecdotique dans le paysage politique québécois, et cela sans faire mention de la taille plutôt groupusculaire du mouvement, a tout de même fait couler beaucoup d’encre dans les grands médias. Ce qui n’a sûrement pas manqué de les surprendre eux-mêmes! Évidemment, l’intérêt de nos bons médias n’était pas le fait que le PCQ quitte QS (détail dont les médias se moquent éperdument!), mais bien l’interprétation légèrement tordue des communiqués du PCQ à l’effet que celui-ci serait dorénavant un soutien du candidat favori de la course à la direction du Parti Québécois (PQ), soit Pierre-Karl Péladeau (PKP), celui-là même qui a donné tant de maux de tête (et de jambe) aux syndiqués du Journal de Montréal pendant 25 mois de lockout et qui était encore hier traité par le co-porte-parole du PCQ de « gestionnaire pourri et hypocrite, qui n’a jamais travaillé de sa vie »1. La nouvelle, interprétée de la sorte, ne devait pas manquer de surprendre l’électeur moyen, tout en lui rappelant l’existence d’un tel mouvement dans le paysage politique.

Bien entendu, le PCQ n’est pas devenu officiellement « pékapiste » ou même « péquiste », mais (comme en 1998) partisan de l’union des forces progressistes… ou indépendantistes... c’est selon. En fait, et même s’ils ne le disent pas de cette façon, le PCQ retourne à la stratégie indépendantiste des années 60, qui était la large union des souverainistes et de la gauche (une grande partie de celle-ci en tout cas). Cette stratégie devait ultérieurement mener au succès du Parti Québécois. L’ironie de la chose, c’est que l’UFP (et plus tard QS) est justement issue de l’échec de cette même stratégie, car il est très difficile de maintenir des positionnements idéologiques très dissemblables dans une coalition, quand celle-ci renonce à demi-mots à sa raison d’être, soit la création d’un État québécois indépendant. Et comme la suite du dernier référendum l’a amplement démontré2, cette union, une fois embourbée dans la « politicaillerie », se décompose à une vitesse fulgurante, ce qui reconstitue inévitablement les anciennes divisions. Mais pourquoi ce retour en arrière? Car ne sommes-nous pas devant un cas justement analogue du côté de QS, causé par l’enracinement dans la politicaillerie et qui génère exactement le même effet du côté de l’union de la gauche ?

Comme je l’ai précisé ci-dessus, le PCQ ne présente pas les choses de cette façon et croit sincèrement en un nouvel engouement souverainiste avec l’entrée en scène de PKP à la tête du PQ. Ils ont même tendance à lui reconnaître une petite part de « progressisme » ! Mais enfin, cet engouement est-il justifié? En tout cas, beaucoup de souverainistes le croient et le PCQ croit probablement qu’il est plus souhaitable de soutenir cet hypothétique mouvement que de suivre QS dans sa voie d’hostilité qu’il entretient envers le PQ3. Somme toute, ils se sont tout de même gardés bien des portes ouvertes en étant aussi flous que possible sur ce qu’ils feront de concret. Car, avouons-le, publier des communiqués nuancés quand vous êtes un regroupement de moins d’une centaine de militants, cela n’a pas vraiment de poids si cela n’est pas accompagné d’accords politiques sur le terrain. Du moins, si l’on reste dans le cadre électoraliste, et pour le moment, il n’a pas encore été question d’autre chose que cela. D’autant plus que leurs militants sont à demi-mots pratiquement encouragés à adhérer à d’autres formations (le PQ en l’occurrence) afin de faire de l’entrisme à l’instar du SPQ-libre, qui on le sait, sont des gens bien gentils, mais qui ont le poids que l’on sait dans l’appareil.

Un parti « stalinien4 » qui encourage ses membres à faire de l’entrisme dans un parti bourgeois en pleine décadence, cela n’a pas manqué d’en faire sourire plus d’un (même si le parti communiste français, par son exemple, avait déjà préparé le terrain). Mais au-delà des symboles que l’on torture, est-ce que cette stratégie a du bon sens? Sachant que l’entrisme des groupes trotskystes a toujours été historiquement un échec et que les projets politiques d’union des gauches se font toujours au détriment des factions plus ou moins marxistes5, est-il donc pertinent de développer un front « stalino-pékapiste » sur le plan électoral alors que presque plus rien ne cache l’incapacité intrinsèque qu’ont nos « démocraties » à se réformer? Est-ce que la lutte sociale du futur se trouve toujours sur le terrain électoral ? Et même, l’a-t-elle seulement déjà été? À l’heure actuelle, il me semble évident que non. Mais cette affirmation, pour ne pas être confondue avec les positions parfois bien naïves de certains anarchistes, se doit d’être clarifiée afin d’en comprendre les fondements.

D’abord, et afin de me distancer de mes amis anarchistes, je précise que la défiance que je porte de plus en plus aux structures étatiques et aux institutions occidentales, soi-disant démocratiques, ne provient pas de positions de nature idéologique car, à l’instar de Marx, je ne crois pas que l’État puisse être aboli tout simplement par décret, le projet fut-il tenté avec toute la bonne volonté du monde. En tout cas, pas sans auparavant avoir éliminé ce qui l'a fait naître (des conditions sociales) et donc d’en avoir rendu l’existence inutile, pour autant que cela puisse être un jour possible6. Autrement dit, je ne crois pas que l’État soit un « choix de société », mais un mal nécessaire qu’il nous faut démocratiser au maximum afin d’en atteindre le point de dépassement.

Ensuite, ce qui me porte à croire que la participation aux élections est devenue une perte d’énergie pure et simple est un constat qui me parait assez évident quand l’on connaît un peu l’évolution du monde. Comme vous le savez, les structures parlementaires (sans tenir compte du fait qu’elles ne sont en rien démocratiques, mais purement oligarchiques et parfois même carrément ploutocratiques) ont depuis les dernières décennies pratiquement perdues toute réelle souveraineté et ne sont plus que des fantômes politiques. Cette situation résulte pour une grande part des accords de libre-échange, qui ont donné un pouvoir complètement disproportionné aux possesseurs de capitaux qui sont capables de mettre à mal tout pays récalcitrant. N’oublions pas qu’en plus de cela la plupart des États du monde ne possèdent plus du tout de contrôle sur leur création monétaire7, ni sur leurs dettes8, ni sur leur économie intérieure, car majoritairement dominée par des cartels internationaux. Alors inutile d’en faire des tonnes pour vous convaincre que de prendre le contrôle d’un État et d’en revendiquer la souveraineté ne se limite pas du tout à gagner les élections, mais à rompre avec tout un ordre qui ne se laissera pas faire sans mot dire, et qui fera payer au prix fort l’outrecuidance de l’homme d’État assez courageux pour se prêter à l’exercice. Il est d’ailleurs assez symptomatique d’un pays colonisé, comme le Québec, de ne voir comme ennemi que l’État colonial (le Canada) et d’en oublier constamment les forces transnationales qui le contrôlent et qui, elles, ne jouent en rien le jeu de la démocratie.

Il est donc de ce point de vu tout à fait prévisible que la majorité des partis politiques ou des personnages politiques, prenant place dans le jeu parlementaire, sachent, bien avant qu’arrive leur chance de prendre les rênes de l’État, les limites réelles de ce qui leur est permis de faire s’ils veulent conserver leur carrière, leur retraite et parfois même leur vie. Et ces limites, vous l’aurez bien compris, s’arrêtent là où le pouvoir de ceux d’en haut commence! Donc, si vous voulez savoir ce qu’une organisation politique peut faire sur le terrain électoral, vous n’avez qu’à regarder la compatibilité du projet avec les intérêts du capital international. Cela inclut la création d’un État-Nation comme le souhaitent PKP et ses partisans et cela explique, par la même occasion, pourquoi les partis dits « de gauche » se limitent presque toujours aux luttes sociétales quand ils accèdent au pouvoir.

Mais alors, que reste-t-il de l’espoir envers notre futur après un tel constat? Cet espoir si nécessaire à l’engagement social? À l’application des vertus qui font de nous autre chose que l’homo économicus dont tous ces tyrans voudraient nous voir enfin admettre la nature indépassable? Comme ce constat n’a pas pour objectif de faire plaisir aux esprits paresseux, mais bien de prendre pied sur le réel, il m’est plutôt égal de faire perdre espoir à ceux pour qui l’éthique publique se limite à l’élection d’un parti dans un système créé tout spécialement afin de nous neutraliser. Et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui que l’élection politique, déjà dénoncée au tout début du 20e siècle par Georges Sorel comme un neutralisateur de volontés révolutionnaires, est devenue aujourd’hui un type de télé-réalité presque aussi grotesque que les autres. Un show télévisé où des candidats se prêtent au jeu de la séduction des masses à grand coup de démagogie et de phrases creuses, sans tenir le moins du monde compte des considérations minimales de logique et de conséquence, quand ceux-ci ne mentent pas tout simplement… Enfin vous l’aurez compris, le grand soir électoral n’est pas pour demain et tout ce qui insinue l’inverse est simplement un leurre pour naïf soufflé par des opportunistes. Inversement, il est de l’intérêt de l’espoir en lui-même de ne pas se voiler la face afin de débuter la seule tâche qui importe vraiment, soit celle des luttes futures!

Ces luttes ne doivent pas être de celles qui ne servent qu’à flatter l’ego de celui qui les mène, mais être sans tabous et ancrées dans le réel des rapports de force. Et ces rapports de force se dessines hors de la politique officielle, au travers des nouveaux territoires de souveraineté, comme le dit Alain Deneault quand il nous parle des paradis fiscaux. Ces nouveaux territoires sont ceux qui nous sont imposés par l’évolution du capitalisme et institutionnalisés par les restes des États inféodés au pouvoir du capital. Ce territoire est celui que génère le néolibéralisme, soit celui de l’être humain démoralisé, désorienté, cherchant autant à gagner son pain qu’à retrouver un sens à une vie que la consommation de marchandises inutiles et de drogues ne peut plus justifier. Et comme nos légistes portent un si grand intérêt à la liberté des acteurs privés, surtout au plan de leurs capitaux, bien faisons comme eux et créons nos structures hors du système et travaillons en dehors de lui. Autrement dit, cessons de chercher à prendre le pouvoir et créons notre propre pouvoir!

« C’est bien beau tout ça, mais concrètement ça implique quoi », me direz-vous? Bien, un ensemble de choses qui commence par rechercher l’autonomie. Par autonomie, j’entends bien autonomie économique, car tout le reste n’est qu’idéalisme, donc factice. Comme il est par nature bien difficile d’être autonome individuellement, il nous faut donc créer des structures qui, non seulement pourront être de nature politique9, mais aussi de nature à donner ce que nos contemporains cherchaient bien souvent avant toute chose, soit un moyen de subsistance. Toute l’horreur de la politique néolibérale a au moins ceci de positif : qu’elle rend les gens en position de perdre l’espoir en une réussite dans ce système, ce qui pourrait bien être le point de départ de ce qu’un jour l’on appellera « l’armée de réserve de l’anticapital ». Et malgré toute l’amoralité dont les lobbyistes sont capables, ceux-ci sont toujours contraints de pousser dans le même sens, soit celui qui désamorce la force publique afin de toujours libérer plus d’espace de marché. Alors il n’est pas possible légalement10 de contenir, comme ils le voudraient, l’apparition de structures subversives pouvant beaucoup plus nuire à l’ordre établi que des partis politiques subventionnés et esclaves de médias hostiles. Il nous faut donc faire certes face à la tempête, mais en usant de la puissance de son vecteur afin de la retourner contre elle. C’est dans cette dialectique que se trouve la clé de notre émancipation future.

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas ici de dresser une recette révolutionnaire magique, mais bien de comprendre les raisons de ce qui nous rend si faibles. Cette faiblesse est d’abord et avant tout issue de notre dépendance au système, car par un chantage odieux il peut couper les vivres de mille et une façons à tout individu qui serait un tant soit peu trop dangereux pour lui. Et ce pouvoir, occulté par sa façade démocratique, laisse trop souvent croire qu’il est possible de se rebeller institutionnellement par la puissance des belles paroles de chefs charismatiques et/ou par un hypothétique mouvement spontané des masses. Cela est d’autant plus inutile que l’objet de nos luttes (le pouvoir en place) n’est plus issu de l’État, mais bien d’un ordre économique beaucoup plus vaste et surtout sans visage. En d’autres termes, il n’est pas réaliste de prétendre combattre un ordre quelconque avec des armes qui ne l’affecte en rien.

En conclusion, je ne crois pas que ce petit article soit suffisant pour rendre aussi claires que je le souhaiterais les raisons qui m’ont amené à cette position, mais je crois par contre qu’il n’est pas très difficile de mettre à bas la croyance que le socialisme et la souveraineté réelle surgiront d’une élection parlementaire, même si par principe le terrain électoral ne doit pas être totalement abandonné. Simplement, il faut se refuser l’usage des moyens de subsistance que nous offre le système, car c’est de cette façon qu’il nous contrôle et nous manipule. Évidemment, je souhaite de tout cœur que le PCQ ait à l’esprit de prendre cette voie. Mais pour ce faire, il devra être en mesure de briser ce besoin si profond qu’ont les divers partis communistes du monde et qui les a si mal servis dans l’Histoire, soit celui d’être toujours le satellite d’un autre astre.

Benedikt Arden
______________________________________________________________________

2 Ainsi que la période autonomiste des années 80.

3 Les gains de QS se font essentiellement au détriment du PQ ce qui explique politiquement cette hostilité. 

4 J’utilise ce terme au sens où les trotskystes le font, soit comme d’anciennes structures affiliées à l’URSS.

5 Sauf dans le cas de l’Unidad Popular de Salvador Allende qui s’est terminé comme l’on sait

6 Je précise aussi à mes amis souverainistes que « l’élimination de l’État », comme organisation centralisée et autoritaire, n’est pas l’élimination de la Nation québécoise au sens populaire du mot.

7 Les banques centrales des pays comme le Canada sont toutes soient indépendantes du pouvoir ou purement privées.

8 Le marché de la dette souveraine étant rarement contrôlé par leurs citoyens, mais très majoritairement par des structures (fonds de pension, produits financiers, États étrangers, etc.) administrées par des mécanismes d’optimisation ne tenant aucunement compte des intérêts de ses mêmes États. 

9 Politique au sens où elles peuvent influer sur l’État.

10 Il ne faut pas négliger la force que possède la légalité sur le capitaliste, car celle-ci est ce qui, via la légitimité qu’elle procure, le protège de ceux qui possèdent le pouvoir réel, soit les militaires/policiers qui protègent son capital. 

lundi 17 novembre 2014

Intervention de Denis COLLIN sur le colloque Nation, République, démocratie et UE

Introduction par Denis COLLIN, philosophe, membre du CNR-RUE au débat sur le thème "La nation, la République, la démocratie et l'Union européenne" le 8 novembre 2014 à l'Université d'automne du M'PEP.

samedi 13 septembre 2014

Qu’est-ce que la « Novorossia » ?

La présentation des événements à Donestsk et Lougansk par la presse atlantiste passe sous silence les revendications des populations. Or, il ne s’agit pas d’un simple soulèvement contre le pouvoir de Kiev, mais bien de l’affirmation d’un idéal particulier. Alain Benajam, qui a sillonné ce pays depuis quarante ans, explique ici les symboles du nouvel État de « Novorossia ».

« Novorossia » dont la dénomination exacte est : « Union des Républiques populaires de Novorossia » ou mieux en français « Union des Républiques populaires de nouvelle Russie » est une nouvelle venue parmi les États constitués démocratiquement, bien qu’il ne soit pas reconnu par la communauté internationale il existe et fonctionne. L’existence même de l’« Union des Républiques populaires de Nouvelle Russie » est une petite révolution, voyons pourquoi.

L’ensemble des termes et symboles de cette nouvelle Russie ont été soigneusement choisis et présentent tous une signification profonde.

La nouvelle Russie, Novorossia, se détermine russe de culture et de langue, pourtant elle ne revendique pas d’être intégrée dans la Fédération de Russie. La Fédération de Russie est un État fédéral multiethnique s’étendant de la mer Baltique à l’océan Pacifique et comprenant un grand nombre de républiques autonomes et de peuples non culturellement russes.

Comment peut on définir une appartenance nationale ?

Les frontières des États sont issues de l’histoire et de ses conflits et ne tiennent pas toujours compte des frontières culturelles et linguistiques. Les États modernes sont définis par autre chose que l’ethnie ou la culture, si l’ethnie est peu précise dans ses descriptions et n’est valide que pour décrire des peuples isolés comme des groupes tribaux, la culture désigne essentiellement une communauté de langue et de référence historique. L’État moderne se définit lui par un territoire borné par des frontières reconnues mutuellement et internationalement. Comme chacun sait le premier traité de reconnaissance mutuelle de frontières fut le traité de Westphalie en 1648 suite à la terrible guerre de trente ans qui ravagea l’Europe. Sur le territoire des États reconnus internationalement, s’appliquent à chacun un corpus de lois, un droit spécifique. La définition de l’État moderne se recoupe avec celle de la nation, on parle aujourd’hui d’État-nation, donc l’appartenance nationale est définie par une légalité et rien d’autre.

L’appartenance à un espace culturel et linguistique et l’appartenance à un État-nation sont aujourd’hui parfaitement disjoints. De nombreux États intègrent des populations de culture et de langue différentes, comme en Europe la Suisse, la Belgique, l’Espagne, le Royaume Uni, la Finlande. En Afrique et en Orient, la colonisation a façonné des États sans tenir compte des différences historiques et culturelles pourtant chacun a accepté ces frontières devenues légales et chacun y tient, composant ainsi de nouvelles nations décalquées sur de nouveaux États.

Des populations possédant une même culture et une même langue peuvent aussi constituer des États différents, comme par exempte l’État français et la province du Québec appartenant à l’État fédéral canadien. Les populations anglophones d’origines européennes de l’ancien empire britannique forment plusieurs États distincts comme les États-unis, l’Australie, la Nouvelle Zélande, il en va de même pour le monde hispanique, d’Amérique latine. L’Allemagne a aussi compté deux États durant plusieurs années.

Cette existence d’États mutuellement reconnus par la communauté internationale ne signifie pas pour autant que des peuples puissent se reconnaître nationalement à l’intérieur d’États qui les ignorent culturellement et linguistiquement. Par exemple nombre de peuples colonisés par d’autres États durent combattre pour accéder à la possibilité de former un état autonome comme l’Algérie qui s’est séparée de la France. La charte de l’ONU a défini après-guerre un droit à l’autodétermination des peuples voulant se constituer en États indépendants généralement par referendum. Ce droit des peuples à disposer d’eux mêmes, cher au général De Gaulle, est un aspect important du droit international. Ainsi chaque État-nation mutuellement reconnu par la communauté internationale ne peut en aucun cas être définitif, mais doit toujours être soumis à la volonté de ceux qui le composent.

Pour en revenir à notre nouvelle Russie c’est bien d’un nouvel État russe qu’il s’agit. S’il est culturellement russe, il se veut légalement différent de la Fédération de Russie un peu comme si la province canadienne du Québec accédait à l’indépendance formant un nouvel État français, ne parlerait-on pas de « nouvelle France », comme de « nouvelle Russie ».

Que signifie « République populaire » ?

La nouvelle Russie (Novorossia) est un État fédéral intégrant des Républiques populaires. Pour le moment et provisoirement elle n’intègre que deux Républiques ; la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk dont les délimitations suivent celles des anciens oblasts ukrainiens possédant les mêmes noms. La nouvelle Russie aura pour vocation de rassembler dans le cadre d’une autodéterminations d’autres oblasts de l’ex-Ukraine qui choisiront en toute démocratie et après référendum de constituer leur République populaire et d’adhérer à l’Union des Républiques populaires de nouvelle Russie.

Rappelons que l’ex-Ukraine qui fut de toujours une province russe, lieu même ou fût fondée la Russie, la Rus, cette ex-Ukraine fut arbitrairement délimitée par l’URSS sans qu’aucun avis ne soit jamais demandé aux populations fort disparates qui peuplaient cette région. Aujourd’hui, le temps de la démocratie revenu, il est parfaitement conforme au droit international de demander leur avis aux différents peuples qui composent cet État artificiel et récent.

Les fondateurs des Républiques populaires de Donetsk et de Lugansk insistent sur ce terme de « populaire ». Il a été utilisé historiquement par des États ayant été sous influence soviétique après la Seconde Guerre mondiale, États se définissant comme construisant le socialisme. Le socialisme selon sa définition marxiste-léniniste est régi par la propriété sociale des moyens de production et d’échange. Le socialisme n’est surtout pas le communisme, selon toujours cette définition marxiste-léniniste, car dans le communisme, décrit par le Manifeste Communiste de Marx et Engels de 1848 il n’y a plus de propriété, donc plus de propriété sociale, il n’y a plus d’État, ni de salariat. Le mot « communiste » pour qualifier ces États était issu de la propagande états-unienne. Aucun État jusqu’à ce jour n’a revendiqué d’être communiste.

Dans sa conférence de presse, donnée par Skype le samedi 6 septembre à Paris, Pavel Gubarev, l’un des initiateurs de la République populaire de Donetsk et ex-gouverneur « populaire », a bien spécifié que le règne des oligarques était terminé en Novorossia et qu’ainsi la Novorossia allait accomplir une des importantes revendications de « Maidan ». Qui sont ces dénommés oligarques qui sévissent en Ukraine, en Russie et dans d’autres pays ayant abandonné la voie socialiste ? Ces gens sont pour la plus part d’anciens apparatchiks des États précédents issus de leur nomenklatura, mais aussi des criminels mafieux qui se sont accaparés par la force et illégalement les industries publiques et en sont devenus immensément riches. Ce phénomène a été un peu freiné en Russie et les oligarques qui avaient mis en danger l’État russe sous Boris Elstsine ont été mis au pas par Vladimir Poutine qui en a emprisonné certains et soumis d’autres. En Ukraine, le phénomène oligarchique a été particulièrement dévastateur, d’immenses fortunes ont été accumulées par un petit nombre d’individus tandis que le peuple s’appauvrissait. L’Ukraine était devenu le pays d’Europe ou les salaires étaient les plus bas (plus bas qu’en Chine).

Ce terme de « populaire » ne signifie pas pour autant que ce qui avait cours au temps de l’URSS où toutes les activités économiques étaient étatisées serait reproduit. Ce terme signifie que seules les grandes industries comme celles de l’énergie, l’industrie lourde et l’importante industrie d’armement seront sous le contrôle du peuple constituant les États fédéraux. L’Union des Républiques populaire de nouvelle Russie ne cherche pas à reconstituer une URSS qui était anti démocratique sous le contrôle d’un seul et unique parti, mais elle reconnaît certains aspects positifs de l’URSS où chacun avait le droit à la santé, à un logement, à un travail.

La devise et le drapeau de Novorossia

D’ailleurs la devise de l’Union des Républiques populaires de nouvelle Russie c’est « Liberté et Travail » ce qui marque bien une volonté de garantir la liberté de chacun et d’avoir une considération particulière pour les travailleurs dont ne font pas partie les oligarques.

Ces valeurs de Liberté et de Travail sont aussi symbolisées par son drapeau, qui est le drapeau rouge des travailleurs, celui de la Commune de Paris où sur l’un d’eux repose Lénine en son mausolée, drapeau rouge frappé de la croix de Saint-André. Ce saint est le patron de la Russie car il est le fondateur de l’Église de Constantinople qui fut à l’origine de son évangélisation, il est symbolisé par une bannière blanche frappée d’une croix bleue (dite de Saint-André rappelant son supplice).

Ce drapeau peut être, mais non obligatoirement, aussi frappé des armes de Novorossia. Celles-ci présentent, l’aigle à deux têtes symbole des anciennes monarchies slaves, mais couronné par une maçonnerie au caractère industriel, ce qui indique le caractère slave et russe de cette nouvelle Russie. En son cœur, en médaillon, figure un cosaque rappelant que cette région est aussi le pays des cosaques. Sous sa serre de gauche, un marteau, celui des travailleurs de la métallurgie. Sous l’autre serre, une ancre marine, car la nouvelle Russie possède le port maritime de Marioupol, sur la mer d’Azov, qui accède à la mer Noire par le détroit de Kerch. Dans sa serre droite, il enserre un épis de blé, symbole de paix et dans sa serre gauche, un faisceau de flèches, symbole de guerre indiquant que cette nouvelle Russie veut vivre en paix, mais saura se défendre en cas de besoin comme elle a pu le démontrer. Au dessus de la couronne maçonnée figure une banderole en bannière sur laquelle est inscrit « Novorossia » en caractères cyrilliques et sous cet aigle la devise « Travail et Liberté » en russe.

Le syncrétisme des valeurs de Novorossia

Ainsi le drapeau de l’Union des Républiques populaires de nouvelle Russie compose un syncrétisme ou s’expriment deux valeurs.

Celle du travail, des travailleurs et de leurs organisations politiques passées et présentes voulant débarrasser le monde du système capitaliste, cette valeur symbolisée par le drapeau rouge. Puis la croix de Saint-André qui symbolise les valeurs traditionnelles et historiques auxquelles les Russes sont attachés et sans lesquels un peuple ne peut vivre.

Histoire passée marquée par le christianisme orthodoxe, mais aussi souvenir des combats acharnés de la Grande Guerre patriotique contre le nazisme et ses collaborateurs ukrainiens emmenés par Stepan Bandera. Ces combats contre le fascisme ukrainien et le nazisme allemand est symbolisé par le ruban de Saint-Georges, qui est celui du souvenir de l’immense sacrifice russe consenti pour sauvegarder la mère patrie. Il est maintenant porté par les soldats de Novorossia qui se retrouvent aujourd’hui à combattre cette junte de Kiev mise au pouvoir par les USA suite à un coup d’État particulièrement sanglant. Ce coup d’État utilisa des groupes et partis néo-nazis comme Pravy Sector,(Secteur droit) et Svoboda ex-Parti national-socialiste ukrainien. Ces partis arborant ostensiblement des symboles nazis, formulant bruyamment leur antisémitisme et qualifiant les Russes comme les qualifiaient les nazis de « sous-homme » (untermenshen) se sont accaparé l’État en dépit de leurs faible score aux élections. Leurs nervis composent l’essentiel des bataillons combattants les Forces armées de Novorossia (FAN) comme le bataillon Azov qui possède le même sigle que celui de la division SS Das Reich de triste mémoire en France. Ces groupes se prétendent nationalistes alors qu’ils n’œuvrent que pour les USA, un État étranger qui ne veut en rien le bien de l’Ukraine, mais qui ne cherche qu’à imposer son pouvoir économique et politique dans cette région. Cette qualification de « nationalistes » dont ils aiment s’affubler ne leur convient en rien, celle de « collaborateur avec l’ennemi » que fut leur mentor Stepan Bandera leur conviendrait beaucoup mieux. Ces néo-nazis, violents, assassins et racistes, sont bruyamment soutenus par l’élite médiatique et politique des pays soumis aux USA qui, il y a peu, condamnaient l’humoriste Dieudonné pour un geste de « quenelle » y voyant ridiculement un salut nazi inversé.

La résistance à l’impérialisme

Ce qui caractérise le peuple de Nouvelle Russie c’est justement sa volonté de ne pas être intégré au système euro-atlantique dominé par les USA par l’intermédiaire de l’Otan et de l’Union Européenne. Ce système a largement démontré son inefficacité et sa nocivité. Les nations qui s’y soumettent ne cessent de décliner et de plonger dans le marasme économique et la décadence morale.

C’est historiquement la première fois qu’un peuple européen prend les armes pour ne pas être intégré au système imposé à d’autres par les USA ne voulant pas à la fois de son système économique, mais également de ses valeurs morales.

Ce refus catégorique est similaire à celui d’un nombre croissant de Français et d’autres peuples européens qui, face au désastre cherchent à se débarrasser de ce poids infamant et à récupérer la maîtrise de leur destin.

Dans ce combat des peuples pour le recouvrement de leur indépendance, les notions de droite et de gauche ne présentent plus de signification, des forces politiques se réclamant de la gauche et de la droite soutiennent le système de dépendance aux USA via l’Union Européenne et l’Otan, d’autres qualifiées par les médias d’« extrémistes » de gauche ou de droite militent pour le retour à l’indépendance. Il en est de même pour la soumission au système capitaliste qui a perdu son caractère industriel d’antan pour n’être plus que financier et mondialiste. Des forces politiques de droite comme de gauche s’y opposent, celles-ci sont évidemment diabolisées par les médias officiels et une presse largement subventionnée par l’État.

Alors parmi ces médias, l’Union des Républiques populaires de nouvelle Russie n’est pas en odeur de sainteté car elle réussit fort justement à faire la synthèse entre la nécessaire révolution anti-capitaliste, qui est sans conteste également une révolution anti-globalisation, avec la volonté des peuples qui veulent recouvrer leurs spécificités leurs traditions a contrario du système culturel mondialiste. Celui-ci ne peut plus offrir à chacun qu’un plus petit dénominateur avec l’hédonisme à la place des valeurs de travail, d’effort et de don de soi.

Alors cette Union des Républiques populaires de nouvelles Russie est-elle un exemple pour d’autres et le début de quelque chose de nouveau qui va changer le monde ?

Alain Benajam

mercredi 10 septembre 2014

Il était une fois, le 11 septembre … 1973

Comme chaque onze septembre, le marronnier étasunien sur le terrorisme international s’enclenche, question de ne pas oublier que les restrictions liberticides du Patriot Act (qui nous touche aussi) sont faites pour notre bien et que Big Brother veille sur nous… Même si rien n’est moins efficace pour le bien et la sécurité du monde que ces croisades étasuniennes au moyen orient, au nom de cette fameuse « démocratie » dont les tours du World Trade Center étaient les symboles ($), il est impossible de ne pas entendre dire quelque part à quel point nous sommes tous en danger ! Danger toujours imminent et accompagné de cette fameuse alerte (toujours plus ou moins au rouge) rappelant les codes de la météo. Ce danger perpétuel, quoique démesurément moins meurtrier que les « sympathiques » bombardements humanitaires destinés à instaurer le régime néolibéral… euh … démocratie (je voulais dire !) partout où il y a du pétrole et des positions géopolitiques stratégique, ne sera jamais assez utiles à entretenir. Et tel un feu, qui nous garde de l’obscurité islamiste, il nous sera rabattu année après année pour que jamais nous ne manquions d’éviter avec zèle les questions fondamentales qui feraient de nous des citoyens moins crédules.

Enfin, trêve d’ironie. Les évènements du onze septembre 2001 sont un sujet fort bien traité depuis plusieurs années par toute sorte d’experts et même si tout n’a probablement pas encore été dit à ce sujet, là ne sera pas mon propos. Il va sans dire que si les évènements du 9/11 ont apporté maintes souffrances à la population étasunienne, elles ont aussi participé à masquer l’un des plus graves crimes contre la démocratie qu’a connue le 20e siècle et je ne parle même pas des guerres en Irak ou en Afghanistan. Mais bien celui du 11 septembre 1973 au Chili. Cette date qui contrairement à d'autres n’est jamais commémorée par nos médias grand public, se doit d’être insatiablement rappelée et ne doit jamais être oubliée pour que la « démocratisante » propagande étasunienne soit mise en réelle perspective. 

Mais que s’est-il passé au juste le 11 septembre 1973? Bien, simplement un coup d’État sanglant que perpétuèrent Augusto Pinochet, avec l’aide de ses sbires sous sponsoring de la CIA, et l’assassinat du président démocratiquement élu : Salvador Allende.

Pour ceux qui ne connaissent pas très bien les circonstances de la mort de ce président martyr, il serait peut-être bien de remettre un peu les choses en contexte avant de continuer. Pour ce faire, nous devons remonter jusqu’à la fameuse Doctrine Monroe » du 2 décembre 1823 qui stipulait en gros les principes suivants :

1. Le premier affirme que le continent américain doit désormais être considéré comme fermé à toute tentative ultérieure de colonisation de la part de puissances européennes.

2. Le second qui en découle est que toute intervention d'une puissance européenne sur le continent américain serait considérée comme une manifestation inamicale à l'égard des États-Unis.

3. Et le troisième, en contrepartie, toute intervention américaine dans les affaires européennes serait exclue.

À première vue, ces principes semblent être simplement une doctrine de souveraineté face aux États d’Europe, qui étaient aussi des empires coloniaux très puissants à l’époque. Là où le bât blesse, est que cette doctrine englobe, non pas uniquement les États-Unis, mais bien l’ensemble du continent américain (exception faite de l’Amérique du Nord britannique, le futur Canada, inféodé aux Anglais) si vous avez bien lu le premier point. Les États-Unis ont été à ce point de vue très actif et ont participé assez étroitement à la création des nouveaux États sud-américains issus de la déroute de l’empire colonial espagnol. Mais détrompez-vous, ceci n’avait rien de philanthropique, car ces nouveaux pays devenaient de facto des pays sous influence étasunienne, autant au niveau des structures politiques (des républiques) qu’économique (économie libérale). Il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que les peuples latino-américains comprennent que la liberté que les États-Unis leur offraient n’était que de façade. Les Cubains l’on apprit de manière fort cruelle, ayant vu leur révolution d’indépendance de 1895, se transformer presque aussitôt en un protectorat états-unien. Et ce fut le cas pour pratiquement tous les autres peuples « libérés » d’Amérique subétasunienne, qui un jour ou l’autre finirent par comprendre que la doctrine Monroe avait plus à voir avec une doctrine impérialiste qu’isolationniste. 

La suite ne se fit pas attendre et le réveil de l’Amérique latine débuta très tôt au cours du 20e siècle. Et ceci, avec une grande quantité et variété de types de rébellion. Ces rébellions ont passé de la révolution du type classique (révolution mexicaine de 1910 par exemple) à la guérilla forestière « foquiste » ou « guévariste » (révolution cubaine, bolivarienne et guerre encore actuelle en Colombie), en passant par les révolutions politiques nationalistes-révolutionnaire (MRN en Bolivie, le courant indianiste et le péronisme en Argentine), sans oublier les rébellions de type marxiste-léniniste au Nicaragua (FSLN) et au Salvador (FMLN), etc. Cet élan socialiste révolutionnaire fondamentalement indépendantiste fut dûment combattu par la guerre contre-révolutionnaire dont les États-Unis se vanteront bien vite d’être les maîtres, au nom bien sûr de la préservation des peuples et de leurs institutions. Mais quand la révolution est issue du suffrage universel et des institutions elles-mêmes ? Dans ce cas, il devient bien difficile de maintenir une propagande pseudo démocratique. Et c’est dans ces moments que le vrai visage de l’Oncle Sam apparait vraiment. Notez que les dictateurs d’extrême droite procapitaliste comme Batista, Duvalier où Pinochet ne furent jamais vraiment combattus (contrairement aux expériences socialistes), malgré les généreux principes démocratiques dont les États-Unis se targuent orgueilleusement d’être les représentants. Mais là je prends un peu trop d’avance, alors revenons un peu en arrière.
       
Le Chili est une république indépendante depuis 1826 (soit trois ans après la doctrine Monroe) qui connut une histoire assez comparable à plusieurs pays européens. Comme à peu près tous les pays avoisinants, au début du 20e siècle, le Chili connaissait son lot de problème économique en plus de devoir supporter une oligarchie économique très coriace issue de l’époque de la république parlementaire (1891 à 1925). Le Chili d’avant Allende, quoique n’étant pas le pays le plus pauvre du continent, restait tout de même un pays aux lourdes inégalités économiques. Ce qui devait ouvrir la voie à un fort mouvement socialiste et communiste.      

Le mouvement socialiste au Chili existait déjà depuis bien longtemps (milieu du 19e siècle) quand le Parti Socialiste du Chili (PSC) fût inauguré. Fort de la crise économique de 1929 et de l’éphémère « République Socialiste du Chili » de 1932, celui-ci fut composé de plusieurs mouvements de gauche et fit leur petit bout de chemin ainsi. Quelques années plus tard (1937), le PSC s’allia au Parti Communiste ainsi qu’à divers partis de centre gauche pour former autour du Parti Radical un « Front Populaire » calqué sur ceux que connaissait l’Europe dans ces années. La tactique fonctionna à merveille et cette coalition (rebaptisé « Alliance Démocratique » en 1942) sut s’imposer sur l’arène politique chilienne jusqu’en 1952. 

Médecin de formation, Salvador Allende était l’un des membres fondateurs du PSC et eut une ascension très rapide au sein du parti. Il fut même nommé ministre de la Santé dans le gouvernement Aguirre Cerda (front populaire) en 1939. Il occupa aussi plusieurs autres postes de parlementaire pendant cette période. Ces postes lui ouvrirent la voie vers de plus hautes fonctions dans le PSC et il en deviendra même le secrétaire général en 1943. Après la Deuxième Guerre mondiale, le Parti Radical prit un virage plus à droite et la coalition sociale-démocrate fût brisée, faute de compromis. 

À la suite de cette fin d’alliance, le PSC (allier aux PC, sous le nom de FRENAP) connut un net recul aux élections présidentielles de 1952 (5,2 %). Recul essentiellement dû au populisme social du candidat vainqueur Carlos Ibáñez del Campo. À la suite de cet échec, le PSC prit l’initiative de créer une nouvelle coalition élargie : le Front d’action Populaire (FRAP). Malgré la défaite, la tactique fut couronnée de succès et fit un score honorable de 28,5% à l’élection présidentielle de 1958. Parallèlement à la monté du FRAP, les tentions exacerbées entre les blocs de l’Est et de l’Ouest dans cette première moitié des années soixante, rendirent plus pressant le besoin de stopper l’ascension du socialisme d’Allende en vue des nouvelles élections de 1964. Surtout que depuis la révolution cubaine, les oligopoles liés aux États-Unis commençaient vraiment à se sentir menacés par cette poussée générale du socialisme en Amérique latine. C’est donc dans ce contexte que la droite décida de faire alliance avec les démocrates-chrétiens (3e place aux dernières élections) afin de ravir les éléments modérés de l’électorat du FRAP. Le pari fut tenu, mais à quel prix, car le FRAP ne perdu que de très peu avec son score de 38,6%. Il n’avait peut-être pas gagné l’élection, mais face à une coalition massivement appuyée financièrement par les États-Unis et qui pesait près des 2/3 des votants lors des élections de 1958, leur victoire n’avait rien de bien éclatant. Le pays était donc à toute fin pratique à la veille d’une victoire d’Allende, ce qui ne pouvait être en aucun cas tolérée. 

Les élections de 1964 mirent donc au pouvoir Éduardo Frei Montalva, représentant de la démocratie chrétienne. Avec son slogan « la révolution dans la liberté », il se voulait le représentant du centre gauche réformiste. De ce point de vu, il se devait donc d’être à la hauteur des attentes qui on fait battre le FRAP et comme il arrive à peu près toujours qu’une coalition trop large ne puisse satisfaire que très peu de ses membres, car en même temps trop à gauche et trop à droite, elle ne pouvait immanquablement qu’échouer. Cette situation déjà très grave pour la droite, les oligopoles chiliens et les intérêts étatsuniens, et ceci malgré tous les compromis qu’ils purent faire en termes de social-démocratie, se devait en plus d’affronter la création d’une nouvelle coalition, encore plus large. Soit l’« Unidad Popular » (UP). Il s’agissait en fait d’une coalition de coalition entre le FRAP, les éléments dissidents de la démocratie chrétienne (le MAPU – mouvement d’action populaire) ainsi que des groupes plus modérés, comme de l’action populaire indépendante (API). Le tout soutenu (sur le terrain extra parlementaire) par l’extrême gauche marxiste-léniniste du MIR (mouvement de gauche révolutionnaire). Cet ultime mouvement de gauche n’était malgré tout pas encore certain de gagner, car eux aussi se devaient de faire face à une très large coalition de droite, appelée « Parti National ». Et dirigé par l’ex-président Jorge Alessandri Rodriguez encore très populaire. Le Parti National, fort de la montée générale de la droite (généré par l’échec des politiques centristes) et de son soutien par les États-Unis, se sentait fin prêt pour le pouvoir. La surprise fut de taille, au jour de ce fameux 4 septembre 1970, quand l’on connut les résultats. Un score très décevant pour la droite (35,3%) ainsi qu’un score étonnamment élevé pour la démocratie chrétienne (28,1%). L’UP de son côté connut un score assez stable, mais tout de même plus faible qu’en 1964, avec 36,6%. C’est ironiquement cette différence qui emmena Allende aux affaires de l’État et non pas la montée stricte de la gauche dans l’opinion chilienne. Donc, bien que décevant, le résultat était quand même là pour confirmer la victoire.

Ces éléments de hasard de la démocratie, et qui donnent bien souvent l’avantage aux forces conservatrices étaient cette fois inacceptable pour les oligarques chiliens et les intérêts étatsuniens qui en découlent. Alors, comme le peuple avait mal voté, les forces de la droite, avec l’aide de la CIA, mirent en place deux plans afin de rejouer les cartes. Le premier fut une astuce électorale* qui obligerait une nouvelle élection présidentielle, où la droite se rallierait à la démocratie chrétienne comme en 1964. Celle-ci ne fonctionna pas, car l’UP et les DC avaient un accord secret de soutien pour éviter l’usage de cette manœuvre malhonnête. La seconde tactique, beaucoup plus brutale, était l’organisation d’un putsch sous couvert d’instabilité politique préalablement mise en place. Le plan, même si officiellement abandonné par la CIA, fut tout de même malhabilement tenté par le général Roberto Viaux et, en plus de provoquer la mort du commandant loyaliste René Schneider, ne fonctionna pas le moins du monde.

Après que l’élection fut pleinement réalisée, et plus ou moins acceptée par tous, le projet de société socialiste de Salvador Allende pouvait enfin débuter. Celui-ci consistait d'abord en la nationalisation des éléments clefs de l'économie du pays (c'est-à-dire le cuivre, l'industrie agroalimentaire, la compagnie aérienne nationale et l'industrie sylvicultrice). Ensuite, il fallait accélérer les réformes agraires, geler les prix des produits de grande consommation, augmenter les salaires de 40 à 60 % de tous les travailleurs, établissement d’une nouvelle constitution et mettre en place une seule chambre représentant le peuple. Ces réformes allaient bon train et même si l’affrontement politique entre avec les partis de l’opposition (les DC ont fait un virage à droite entre temps) le tout était strictement en règle avec la constitution chilienne. 

Plus les réformes avançaient, plus les États-Unis et l’opposition étaient inquiets de l’évolution, ou plutôt de la continuité d’Allende (beaucoup mirent de grands espoirs sur la potentielle compromission d’Allende envers ses électeurs), sans compter que celui-ci se rapprochait de plus en plus de Fidel Castro et de Cuba. Parallèlement à cela, la situation politique se radicalisait de manière fulgurante dans la rue, avec une augmentation d’actes terroristes. Ceux-ci étaient souvent liés à des groupes comme le MIR, mais aussi à des groupes d’extrêmes droites, comme « patria y libertad ». En plus de cette tension dans la rue, il fallait gérer une grande quantité d’autres problèmes d’ordre économico-social bien souvent orchestré de l’extérieur par vous savez qui. Au sein même de la coalition, les tensions étaient déjà palpables entre les éléments centristes et socialistes, mais l’assassinat d’Edmundo Pérez Zujovic (DC), le 8 juin 1971 par des activistes d’extrêmes gauches, provoque un schisme qui renforcera grandement leur opposition. Cet évènement amplifiera grandement le gouffre entre l’opposition et les allendistes dans un pays qui a pourtant grandement besoin de stabilité pour mettre en place ce type de réformes. Autrement, les avancées sociales seraient anéanties par l’inflation (ce qui est effectivement survenu par la suite). La situation économique et politique dégénéra vraiment à partir de ce moment et la radicalisation des deux côtés empirera jusqu’à devenir irrécupérable.

Lors des élections législatives de 1973 (mi-mandat), la polarisation est à son zénith et toute la campagne de l’opposition est fixée sur le renversement d’Allende. Encore une fois, les moyens électoraux pour démettre Allende échouent et peu de temps plus tard, une nouvelle tentative de putsch est évitée de justesse. Conscient de la crise qui traversait le pays, Allende voulut tenter un plébiscite afin d’apaiser les esprits en assoyant sa légitimité populaire. Mais celui-ci ne put arriver à ses fins, car, au lendemain des délibérations qui devaient apporter un semblant de consensus au sein de son propre parti (sur le projet d’apaisement de classe lié au plébiscite), le nouveau commandant en chef de l’armée prit la tête d’un nouveau putsch organisé par les commandants de la Marine et des Forces aériennes. 

La suite est assez connue : aussitôt mis au fait du coup d’État, Salvador Allende refusa l’exil et prit publiquement la parole et dit entre autres « Enfermé en un moment historique, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. Et je vous dis que j’ai la certitude que la semence que nous avons plantée dans la digne conscience de milliers et milliers de Chiliens ne pourra être flétrie éternellement.

Travailleurs de ma Patrie ! J’ai confiance en le Chili et son destin. D’autres hommes vaincront ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Vous savez toujours que, bien plus tôt qu'attendu, s’ouvriront à nouveau les grandes allées par où passe l’homme libre pour construire un monde meilleur. »     

Peu de temps après ce discours héroïquement sobre pour la situation, Allende fut retrouvé, l’arme toujours à la main, une balle au visage. Celui-ci contrairement à bien des hommes politiques, n’a jamais fui et a affronté son destin en face jusqu’à la fin. Il incarna jusqu’au bout ses convictions et su garder la tête haute face à cet empire si puissant. Empire qui ne tolérait pas que l’on essaie de le priver de sa mainmise sur l’économie. Même si à cette époque au Chili, il était pratiquement surhumain de faire vivre une révolution sociale par la voie démocratique (social-démocratie), Salvador Allende, par sa croyance sincère envers les promesses républicaines, releva tout de même le défi et aurait vraisemblablement réussi si la démocratie n’avait pas été qu’un mot creux de propagande pour ceux qui se prétendent ses défenseurs. 

Retenons les leçons de l’histoire et sachons que lorsqu’on se bat contre la tyrannie, il est plus sage de ne s’attendre à aucune moralité ou faiblesse de sa part. Maintenant, plus de 41 ans plus tard, il est important d’honorer, certes, le souvenir des grands hommes et des grandes causes du monde, mais comme certains l’ont déjà si éloquemment dit « pour toutes les victimes de l’oppression, pas une minute de silence, mais toute une vie de lutte ! »

Benedikt Arden

*Cette astuce électorale est appelée Track One (aussi connu sous le nom de « gambito Frei ») et a pour objectif de faire élire Alessandri par le Congrès. Une fois élu, ce dernier renoncerait à sa charge et de nouvelles élections où la droite soutiendrait alors Eduardo Frei seraient organisées.

samedi 16 août 2014

Casus belli !

En ces temps troublés, il arrive que les faits ne collent pas toujours aux commentaires que nous en entendons dans notre entourage. Ce qui génère cette vision fautive provient généralement du commentaire journalistique relayant ce que l’on appelait « propagande » et que les autorités préfèrent maintenant qualifier pudiquement de « relations publiques ». Enfin, peu importe le nom qu’on lui donne, il n’en reste pas moins que ce colportage d’excuses, ayant pour objet de rendre acceptables des actions qui ne mériteraient que d’être condamnées, est repris en masse et contamine l’esprit trop peu critique de nos compatriotes.

Évidemment, ce genre de propagande ne doit pas (en principe) être abusivement utilisée si ses auteurs veulent en maintenir les effets, car trop de mensonges rend le mensonge plus visible et, de ce fait, mine la crédibilité de ceux qui le rapportent. C’est donc tout l’argumentaire d’autorité qui s’en trouve affecté. C’est dans ce juste « dosage » que des médias tels que Radio-Canada (mais le plus souvent issu de l’AFP[1]) nous désinforment sur les événements internationaux. Par contre, depuis le début de l’année 2014, il me semble que le juste « dosage » de mensonges, servant la propagande que le régime d’Ottawa utilise afin de justifier sa politique internationale, semble s’emballer de plus en plus. Non pas que nos despotes au pouvoir aient vraiment amplifié ou changé leurs positionnements sur la scène internationale (ils soutiennent comme de coutume les multinationales et les tyrans). En fait, c’est surtout l’actualité internationale elle-même qui semble se radicaliser et ainsi rendre toujours plus visibles les faussetés que représentent les « valeurs » de l’empire atlantique[2], surtout quand on observe ses comportements dans les affaires internationales.

Sans traiter des implications que génèrent ces « valeurs » occidentales en Ukraine, en Russie, en Syrie, au Venezuela, à Cuba, etc., il va sans dire que les événements qui se trament en ce moment même à Gaza sont à bien des égards simplement surréalistes et risquent de nuire à la si nécessaire crédulité de nos concitoyens. Faire passer l’agresseur pour l’agressé est une tactique bien connue des sionistes (« Israël a le droit de se défendre », que l’on nous rabat tous les jours aux oreilles), mais vient un temps où la propagande, même martelée constamment, ne peut contenir totalement la réalité captée par tout un arsenal de cette technologie maintenant accessible à tous, donc aussi aux braves gens.

Si l’ignorance des faits historiques qui ont mené à la situation actuelle reste encore la meilleure protection des sionistes, il n’en demeure pas moins que même si l’on nous assène des affirmations ayant un caractère en partie véridique[3], les vidéos et les images qui parviennent en masse de Gaza et qui n’ont rien à envier à celles de la Deuxième Guerre mondiale finissent inévitablement par faire douter le bon peuple. Et ce doute salvateur, s’il est accompagné d’un peu de bonne foi et d’une pincée de moralité, devra un jour ou l’autre amener à la conclusion légitime que le meurtre irrésolu et non revendiqué des trois pauvres adolescents israéliens ne donne en aucun cas le droit au régime sanguinaire de Tel-Aviv de massacrer en représailles arbitraires le petit peuple de Gaza. Car oui, il s’agit bien d’un massacre si nous nous en tenons au chiffre des victimes (04/08/14 - plus de 1800 chez les Palestiniens dont 83% de victimes collatérales, contre64 soldats israéliens et 3 civils[4] [5] [6]).

Malgré l’évidence du constat, encore bien des braves gens sont tentés de relativiser les événements en parlant de responsabilité partagée et esquivent, en restant dans une position de « ni-ni[7] » bien confortable, l’obligation morale de condamner l’État d’Israël. Enfin, c’est surtout le cas ici au Québec, car ailleurs au Canada, aux États-Unis, et particulièrement en France[8], l’on a tendance à interpréter toute critique de l’État d’Israël, même sur ce qu’il a de moins défendable, en un sentiment antisémite refoulé. Qu’il en soit ainsi en Israël, où l’on traumatise de jeunes gens en leur faisant croire que le monde entier est antisémite[9] afin que, par peur, ils soutiennent inconditionnellement leur gouvernement d’extrême droite, c’est une chose. Mais que cela soit pratiquement le cas aussi dans ces pays se targuant d’être des parangons de liberté et de justice, cela révèle un grave problème. Car si nous mettons à l’écart les salauds, les vendus et les sionistes (et je sais que ça fait déjà pas mal de monde), personne ne peut sincèrement soutenir autant de cruauté. En ce qui concerne plus spécifiquement la France, nous constatons que la propagande sioniste est de plus en plus grotesque et à ce titre de plus en plus terrifiante. Ce qui fait que toute personne prenant la « liberté » d’affirmer que de bombarder tout un peuple en représailles d’un triple meurtre dont les coupables ne sont pas encore connus (dois-je le répéter) est potentiellement un crime contre l’humanité[10] se verra inévitablement traiter d’antisémite (même si la critique provient des juifs eux-mêmes). Et à l’inverse, aucun discours sioniste aussi raciste et/ou d’extrême droite soit-il ne sera jamais inquiété par des critiques trop virulentes de la part des grands médias. Médias pourtant toujours à la recherche de scandales imputables à l’extrême droite quand celle-ci n’est pas sioniste!

Cette situation d’impunité sioniste est tout particulièrement soulevée par le cas d’un groupuscule très actif en France nommé la Ligue de défense juive (LDJ), groupe à l’existence officieuse, qui ne se prive jamais de propos des plus radicaux et d’actes criminels de grande gravité. Étrangement, pratiquement toutes les personnalités politiques françaises ne voient pas le moindre problème à ce qu’un groupe jugé terroriste aux États-Unis et en Israël ait pignon sur rue et s’amuse à tabasser des gens qui commettent l’inacceptable crime de dire leur opinion, tout en feignant bien sûr de se « défendre ». Mais les militants de la LDJ, comme les militaires d’Israël, n’ont-ils pas le droit de défendre les juifs ?! Eh bien, pour se défendre, il faut au préalable se faire attaquer réellement. Autrement, c’est ce que l’on appelle une attaque ou une « guerre préventive » et ce type d’initiative n’est rien d’autre qu’une agression agrémentée de soi-disant bonnes intentions. Cette technique est pourtant bien connue et les divers mouvements pacifistes dénoncent ces pratiques hypocrites depuis déjà bien longtemps, mais en ce qui a trait au sionisme (en tant que chauvinisme exacerbé) et son influence totalement disproportionnée dans les divers États occidentaux, là il n’y a qu’un argument : antisémite! Et comme de raison, ceux qui par moralité post-chrétienne ou par esprit rationnel de justice subissent cet anathème très lourd de signification seront bien sûr fort affectés. Ceci justement par moralité et esprit de justice. En ce sens, il serait peut-être sage de rappeler à ces inquisiteurs à la petite semaine le petit conte pour enfants « Le garçon qui criait au loup », car à force d’abuser de cette accusation, qui revient à traiter la personne qui s’indigne des exactions d’un État de nazi, cela pourrait bien se retourner contre eux un jour ou l’autre alors que plus personne n’écoutera et ne s’inquiètera du véritable antisémitisme.

Bref, de notre côté de l’océan, nous ne sommes pas encore au même niveau de tyrannie que ce que vivent nos amis français en terme de terrorisme intellectuel. Mais le monde allant où il va, le jour où les Québécois devaient se faire envoyer les gros bras de la LDJ canadienne, afin que les sionistes puissent « protéger » les juifs en danger par autant de solidarité en provenance de la base du peuple[11], devait à coup sûr arriver. C’est donc avec une grande fierté que Meir Weinstein, le directeur de la LDJ canadienne, nous annonçait qu’ils veulent donner « plus de force pour faire face à ces organisations et individus qui présentent une menace pour (leurs) communautés », car bien sûr il « reçoit beaucoup d’appels de Montréal (lui) indiquant qu’il y a une augmentation de l’antisémitisme »[12]. Sachant que ce qu’il appelle « antisémitisme » est bien souvent ce que nous appelons solidarité et esprit critique, il est certain qu’ils ont du pain sur la planche. C’est donc dans un lieu tenu secret que cette sympathique bande de trublions s’est rencontrée afin de préparer l’élimination (shutdown) des organisations qui soutiendraient un peu trop le Hamas, le Hezbollah et l’Iran au Québec (sympathique projet!), même s’il s’agit plutôt de soutien au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et non pas un soutien à ces groupes. Il est donc tout à craindre que des situations ressemblant beaucoup à ce qui se passe en France, et qui ne va pas sans rappeler les squadristi d’une autre époque, deviennent monnaies courantes aussi chez nous.

En conclusion, nous sommes de nos jours en présence d’une situation fort étrange. Parce que de braves gens se mobilisent afin de dénoncer une agression militaire complètement disproportionnée, les propagandistes sionistes du Québec, en plus du gouvernement canadien et des gorilles de la LDJ, se font les hérauts d’une guerre contre cet « antisémitisme génocidaire (…) du Hamas », « qui cherche à faire le plus grand nombre de victimes palestiniennes en utilisant ses femmes, ses adolescents et ses enfants comme boucliers humains pour en faire des martyrs ». Comme quoi, nous, pauvres fous, soutiendrions des antisémites génocidaires qui au final ne serait génocidaires qu’envers la population qui les soutient. Simplement parce qu’ils sont incapables de protéger (comment? avec quoi?) le territoire le plus densément peuplé du monde de bombardements massifs amorcés pour un triple meurtre non revendiqué?! Ouf… voilà très exactement le genre de commentaire d’actualité qui ne colle absolument pas à la réalité empirique, si je puis dire.

C’est à force de prétendre de telles grossièretés que tous finiront un jour par voir le vrai visage de ceux qui se targuent de combattre la « haine ». En ce jour, tous ces défenseurs inconditionnels de l’État d’Israël engendreront sans aucun doute leur propre casus belli qui, sait-on jamais, pourra peut-être permettre l’avènement d’une Palestine libre et indépendante.    

Benedikt Arden


[2]Essentiellement, tous les pays membres de l’OTAN et principalement les régimes au pouvoir aux États-Unis, au Canada, en Angleterre et en Israël.

[3]Par exemple que le Hamas soit composé d’islamistes radicaux, qu’ils tirent des roquettes sur le territoire israélien, qu’ils attaquent via des bâtiments civils, etc. Même si en réalité, tous ces faits ont une origine conjoncturelle que les sionistes ont eux-mêmes mise en place. 

[7]Ne pas prendre parti, car les deux camps ont des torts partagés et équivalents.

[8]Où les manifestations de solidarité avec les malheurs de Gaza sont carrément interdites !

[9]Je vous suggère de regarder le documentaire Defamation de Yoav Shamir pour en voir l’importance.

[10]Imaginé un instant si la crise d’octobre avait été suivie des bombardements massifs de la part d’Ottawa sur Montréal et Québec, ce que nous en penserions! 

[11]Les élites sont pratiquement tous sionistes, autant les fédéralistes que les autonomistes du PQ.

mercredi 23 juillet 2014

Les champs de Gaza n’ont jamais existé

"C’est un cliché de journaliste que de souligner le caractère futile de lancer des pierres contre des tanks. Faux. Il est certain qu’il s’agit là d’un acte symbolique, mais pas futile. Il faut beaucoup de courage pour affronter une monstre d’acier de 60 tonnes avec des pierres ; l’impuissance du lanceur de pierres à arrêter le tank ne fait que souligner l’impuissance du tank à faire ce qu’il est censé faire : terroriser la population." Gabriel Ash

Sionistes : ça faisait longtemps que j’avais envie de vous dire deux ou trois choses. Ca me démangeait depuis un certain temps déjà , mais allez savoir pourquoi... le temps, ou la fainéantise, ou peut-être les deux. Mais si c’est pas maintenant, alors quand ?

Sionistes : ça fait longtemps que vous me gonflez avec votre histoire de "terre promise". Que de contorsions sémantiques pour qualifier un vol en bonne et due forme.

Sionistes : ça fait longtemps que vous me gonflez avec votre histoire de "peuple élu". Que de beaux oripeaux pour camoufler votre racisme.

Sionistes : partout où je vous ai croisés, vous étiez du mauvais côté de la barrière. Aux côtés de l’Afrique du Sud de l’Apartheid, aux côtés de armées assassines du Guatemala... Je n’ai aucun souvenir de vous avoir vu du côté des exclus, des faibles. Pas une seule fois.

Sionistes : vos gesticulations outrées ne changeront rien au caractère assassin de cet état d’Israël. Et épargnez moi les discours sur la "démocratie israélienne". Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’Israël soit une démocratie (ou non), sinon que cela rend une majorité de ses habitants coupable ? Et de même que je ne juge pas un homme sur la façon dont il se traite lui-même, mais sur la façon dont il traite les autres, je ne vais pas applaudir à la "démocratie" israélienne sans considération pour ses actes.

Alors, Sionistes : je n’en ai rien à faire de vos opérations de relations publiques, de vos images d’une société "moderne" et d’une jeunesse "libre" qui se trémousse en bikini sur les plages de Tel Aviv (par opposition, bien sûr, aux matrones voilées de Gaza qui hurlent leur désespoir).

Sionistes : vous n’aimez pas que l’on vous rappelle qu’une Assemblée Générale des Nations Unies a déclaré que votre idéologie était une forme de racisme.

Sionistes : vous crevez d’envie de me voir prononcer le mot "juif" et vous donner ainsi l’occasion de grimper aux rideaux. Peine perdu car, contrairement à vous, je ne suis pas raciste.

Sionistes : la religion dont vous vous revendiquez est aussi débile qu’une autre.

Sionistes : je me souviens d’avoir vu interviewer deux de vos fameux "colons" fraîchement débarqués de Bordeaux. Un couple de médiocres qui avaient enfin trouvé quelqu’un à exploiter. Ici ils n’étaient manifestement rien, allez donc savoir pour qui ils se prenaient là -bas. Vos colons sont des caricatures de beaufs accomplis.

Sionistes : vous avez pompeusement donné un petit nom familier à votre armée d’assassins.

Sionistes : vous avez l’arme atomique en violation de toutes les conventions internationales.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous avez violé par la même occasion toutes les autres conventions et lois internationales.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous ne respectez aucune loi, aucun accord, aucune signature. Mais vous les invoquez tous lorsque cela vous arrange.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous avez sciemment joué la carte des extrémismes pour mieux brouiller votre propre image.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous couinez votre outrage à chaque acte de résistance qui vous est opposé. Vous prenez prétexte du "terrorisme" pour mener tranquillement votre entreprise d’extermination.

Sionistes : vous avez volé leurs biens, vous avez volé leurs terres. Vous avez volé leur eau. Vous avez méthodiquement assassiné par centaines leurs enfants, leurs femmes, leurs vieillards. Vous les avez affamés, détruits, volés encore, écrasés, persécutés. Vous leur avez refusé l’éducation, la santé. Vous avez empêché des pères de porter leurs enfants se faire soigner. Vous tirez sur des ambulances. Vous construisez vos routes de merde sur des oliveraies plus que centenaires.

Sionistes : vous les avez enfermés derrière des barbelés, derrière un mur. Vous avez appliqué un blocus. Vous les avez enfermés dans de gigantesques ghettos. Vous avez crée des camps d’extermination de basse intensité qui n’osent dire leur nom.

Sionistes : pendant encore combien de temps allez vous nous accabler avec votre sensiblerie sélective, vos références sempiternelles à la Shoah ? On n’a jamais rendu hommage à des victimes en adoptant les méthodes de leurs bourreaux.

Sionistes : vous avez du vous balancer une fois de trop et trop près d’un certain mur. Jusqu’à votre nom sonne désormais comme une insulte à l’intelligence et à la dignité humaine.

Sionistes : lorsque les digues des dernières réticences céderont, et que les protestations prendront l’ampleur et la forme que vos actes méritent, vous ne manquerez pas, et c’est à parier, de hurler à l’antisémitisme. Vous auriez tort de vous gêner car c’est, après tout, ce que vous faites de mieux - juste derrière la fabrication clandestine de bombes atomiques et le tir au canon sur des populations sans défense. Nous, nous assisterons goguenards à cette dernière cartouche tirée en l’air. Et se joindront à nous des camarades juifs ou pas, élus ou pas, autrement plus humains que vous ne l’avez jamais été.

Sionistes : jusqu’où irez vous pour faire aboutir votre fébrilité messianique ? 
Combien de bulldozers faudra-t-il encore faire passer pour donner un semblant de vérité à vos mensonges ? Ferez-vous des piles de leurs vêtements et de leurs chaussures ? Vos jolies soldates de Tsahal se fabriqueront-elles des bijoux avec leurs dents en or ? Répandrez-vous du sel sur leurs terres pour effacer toute trace ? Planterez vous un drapeau sur une cette "terra incognita" et "inhabitée" que vous revendiquerez au nom de la couronne de David, assortissant le tout de slogans débiles tels que "une terre sans peuple pour un peuple sans terre" ? Et sur qui tiriez vous donc ces 50 dernières années ? Sur des boites de conserve ?

Sionistes : dites-nous comment vous espérez conclure votre délire. Pour peu que vous en ayez la moindre idée.

Sentirez-vous le poids de vos actes envahir vos cellules grises ou vous réfugierez-vous dans l’autosuggestion collective ? Que raconterez-vous d’un air faussement naïf aux générations futures ? Que vous ne faisiez qu’obéir aux ordres ? Ou bien prononcerez-vous au contraire ces paroles fatidiques : "les champs de Gaza n’ont jamais existé" ?

Viktor Dedaj 
"chaud devant" 
juillet 2006

samedi 19 juillet 2014

Appui « sans équivoque » au peuple palestinien !

Stephen Harper a déclaré le dimanche 13 juillet dernier que le Canada appuyait « sans équivoque » l’entreprise qualifiée de « défensive » du gouvernement israélien qui accumule les crimes de guerre. Ces actions « défensives » consistent en effet à bombarder massivement le petit peuple de Gaza et de Cisjordanie en réaction à l’exécution de trois adolescents israéliens le 12 juin dernier après leur enlèvement. Même si la responsabilité de cet enlèvement n’est absolument pas démontrée dans les faits, c’est tout le peuple palestinien qui paye de son sang la cruauté du colonialisme israélien. Et c’est cette cruauté que Harper appuie « sans équivoque ».

Cet appui n’est pas anodin, pour nous Québécois qui luttons aussi pour notre droit à l’émancipation, car l’appui de l’État canadien à la politique militariste d’extrême droite du gouvernement de Netanyahu est bien sûr une façon de préparer la justification d’une politique de la ligne dure si le Québec devait un jour se tenir debout.

Le Réseau de résistance du Québécois s’associe aux groupes citoyens qui luttent, ici comme ailleurs, pour que soient reconnus les droits du peuple palestinien, peuple qui paye le prix fort pour sa lutte de reconnaissance. Nous invitons nos membres et sympathisants à faire savoir au gouvernement complice de Stephen Harper qu’ils sont solidaires avec nos camarades palestiniens qui luttent pour la liberté et la justice sur leur terre.

Le régime néocolonial d’Ottawa, et encore plus quand celui-ci est dirigé par les militaristes du Parti conservateur, n’a aucune légitimité pour parler au nom du Québec, lui qui représente tout ce que le Québec rejette. Et surtout tout ce que le monde doit combattre afin que notre monde puisse vivre une paix durable sans cette voracité si caractéristique de l’impérialisme, même si celui-ci essaie, malgré tout le grotesque, de se cacher sous une victimisation vulgaire.

La lutte pour une Palestine libre n’est pas un conflit ethnique pour « antisémites » patentés, mais la lutte d’un peuple spolié par des colonialistes se prétendant propriétaires uniques d’une terre qui devra tôt ou tard être partagée entre tous, qui ont droit de vivre en paix.

Nous, membres et sympathisants du Réseau de résistance du Québécois, qui chérissons la liberté des peuples, nous devons faire entendre notre voix afin que l’honneur du Québec, entaché par les propos de Harper, soit rétabli!

Oui à une paix juste et durable en Palestine! Et que vivent le Québec et la Palestine libres!

Réseau de Résistance du Québécois