samedi 1 septembre 2012

La p’tite Politique ou la perversion du bon sens


Si l’on dit que l’on reconnaît la valeur de quelqu’un à ses actes, je crois que l’on peut aussi dire que l’on reconnaît de nos jours le manque de valeur d’un parti politique à sa démagogie. Et de la démagogie on en a entendu depuis le début de la campagne électorale, enclenchée par notre cher matamore frisé de la sécurité publique (si tant est que ça soit possible d’être pire). Il va sans dire que cette soudaine élection, quoique anticipée de manière théorique, déclencha aussitôt une machine électorale visiblement pas tout à fait au point chez les autres partis. Quoique l’objectif de cette peau de banane ait bel et bien marché, les casseroles du parti libéral étaient tellement nombreuses que l’avantage supposé de ce départ précipité ne fût pas tel qu’escompté. Ce qui impliqua pour eux un désagréable retour sur le ring. Retour au ring électoral d’autant moins agréable, pour le parti libéral, que cette élection-ci se compose de nombreux paramètres nouveaux, ne pouvant que compromettre la victoire d’un parti dont l’avantage principal reste l’inertie. Mais retournons à nos moutons. Que se passe-t-il dans la tête de nos politiciens pour que leur démagogie atteigne de tels niveaux ? En fait, je crois que c’est d’abord parce que la course se trouve à être plus serrée que prévu et que le manque de préparation stratégique impose instinctivement le « bitchage » bas de gamme. Bien sûr, ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’une élection se joue serré (même à trois), mais à mon sens, il semble qu’en plus des conjonctures, les circonstances sociopolitiques du moment (locales comme mondiales) jouent indubitablement un grand rôle dans l’ambiance de cette élection.

Plus profondément encore, il me semble de plus en plus clair que nous arrivons dans une nouvelle ère politique et que cette fin de cycle (pour ne pas citer un livre du même nom) soit aussi la cause d’une effervescence qui travaille les têtes. Par contre, cette effervescence ne doit pas être confondue avec une quelconque situation révolutionnaire. Tout au plus, le début d’une phase de frustration pouvant éventuellement déboucher sur une ébauche de retour à la conscience collective. Mais bref, nous sommes sans conteste dans une phase de fin de cycle et non pas encore dans du neuf, car le ménage des élites n’est toujours pas fait et est plus que nécessaire pour tourner la page. Enfin, la situation actuelle étant tout de même vraisemblablement insupportable pour tout le monde, le moment où l’inévitable changement de cap devra arriver doit donc être très proche. Simplement, ce qui doit être le plus agaçant pour les politiciens de profession, c’est que l’orientation de ce changement de cap est encore très dure à anticiper ! Et c’est là le paramètre qui s’avère le plus singulier de nos jours pour ceux qui aiment surfer sur la récupération politique, car les dernières élections (provinciales comme fédérales) nous ont tout donné sauf de la logique et de la cohérence.
  • 2007 (provinciale), le Québec vote en masse pour l’ADQ (défaite historique du PQ)
  • 2008 (provinciale), le Québec ne vote pas en masse (donc victoire par défaut du PLQ)
  • 2011 (fédérale), le Québec vote en masse pour le NPD (défaite historique du BQ et du PLC) et majorité conservatrice[1]     
Le seul point commun à ces trois élections[2], serait, à bien des égards, le vote (ou le non-vote) contestataire. Qui relève plus de l’effet de vague que d’un désire de changements précis, car, admettons-le, si l’on veut du changement, il faut bien savoir ce que l’on veut sinon on nage dans les phrases vides et les mots creux de politiciens. Mais les mots creux et les phrases vides, même s’ils ne veulent de facto rien dire, ont fait gagner bien des élections passées et comme les mandats ne sont pas révocable (comme ils devraient l’être en démocratie) bien pourquoi se gêner ? Voilà selon moi les bases principales de la démagogie actuelle. 

Mais avant de continuer, qu’est-ce que j’entends par démagogie ? Car il est normal qu’un discours politicien soit quelque peu démagogique. Aucune des grandes figures du 20e siècle n'a pu se prétendre vierge de propos minimalement démagogiques, c’est la politique de toute l’éternité qui est comme ça, des Grecs jusqu’à nous.

« Action de flatter les aspirations à la facilité et les passions des masses populaires pour obtenir ou conserver le pouvoir ou pour accroître sa popularité. »[3]

D’une certaine façon, Charles de Gaulle, dans son fameux discours du 24 juillet 1967, pouvait facilement être vu comme un démagogue, même si je crois sincèrement que ce discours était tout sauf irrationnel. Enfin, tout pour dire que la démagogie (celle dont je déplore les effets) est surtout caractérisée par son caractère sophistique et mensonger et c’est là-dessus que ma critique se porte.

Les exemples de concepts bidon ces derniers temps sont légion et tous les grands partis sont plus ou moins coupables. Par exemple, le PQ et son soi-disant vote utile ou de raison. Un certain Jean-François Lisée (pour ne pas le nommer), nous apprend même que les souverainistes et les progressistes du Québec, qui ne voteraient pas PQ, seraient (grosso modo) des irresponsables qui ne cherchent, par leur vote non-péquiste, qu’à se faire de petits plaisirs égoïstes !? Ces gens seraient à blâmer un peu comme ceux qui aiment prendre des douches trop longues ou ceux qui jettent leurs déchets recyclables aux ordures plutôt qu’au recyclage. En sommes, des gens qui croient que leur petit vice ne compterait pas vraiment[4]. Enfin, je ne sais pas pour vous, mais il semble vraiment nous prendre pour des cons avec son air de papa moralisateur!

D'autres, et surtout les militants, nous parleront de division du vote... Bien sûr ! Un vote PQ est un vote rationnel, mais seulement si l’on oublie plusieurs détails de tailles, comme le fait de ne pas être nécessairement en accords avec eux sur un tas de trucs ou peut-être celui de ne simplement plus leur faire confiance. Sans compter qu’ils ont été les premiers à refuser les alliances stratégiques avant la campagne, ce qui donne à leur argument une légitimité proche du zéro. Le thème du PQ est particulièrement clair, ils veulent le pouvoir et compte sur la haine envers Charest pour y arriver. Donc ils jouent la culpabilité et la peur du pire contre le moins pire (eux en sommes). Comme je l’ai dit, nous sommes dans une croisée des chemins et si le PQ veut se réserver le pouvoir pour ne rien faire de vraiment mieux (Exemple : l’époque Bouchard-Landry), sans le partager et surtout sans changer le mode de scrutin (pour que cesse ce foutu vote utile), bien ils devront apprendre à le perdre comme tous bons partis dits de gouvernement.              

Le second gros canon de la démagogie est la nouvelle CAQ, avec son expert et candidat poids lourd, Gaétan Barrette, qui nous rassure qu’avec eux y’en aura pas de référendum d’initiative populaire[5] ni de référendum tout court. Ouf ! Une chance ! Que ferait-on si l’on tombait dans un tyrannique régime démocratique ! Mon Dieu ! Avec la CAQ, c’est sûr, il n’y en aura pas de chicane, comptez sur nous. On va tout régler tout tout tout de suite ! Évidemment, il n’y aura pas grand monde de politisé pour ne pas trouver ce parti comme étant l’incarnation même de la démagogie, en commençant pas son slogan de campagne « C’est assez, faut que ça change! ». Mais changer pourquoi ? Pour un nouveau parti libéral qui nous dira que les référendums ce n’est pas bon pour la démocratie et qui fera encore les mêmes choses qu’on ne veut plus, mais en mieux ? La CAQ est une grossière construction des sondages de Quebecor sur « les vraies affaires », l’équivalent des boys band, mais version politicaillerie. C’est tellement grossier et artificiel comme montage que le parti est déjà un ramassis d’opportunistes et de parjures. On oublierait probablement après 2 jours que l’on a changé de gouvernement s’ils s’avéraient à être au pouvoir. Ah oui ! Un petit commentaire au passage. La démocratie implique la chicane, car les idées par définition ça divise. Alors si vous voulez vraiment régler tous les problèmes tout de suite et sans chicane ni référendum, bien arrêtez de faire semblant d’être démocrate et assumez-vous comme autocrates. Comme ça les choses seront claires !

Les derniers et non les moindres, sont les champions toutes catégories de la démagogie et malgré leurs exploits en la matière le printemps dernier, ils nous surprennent encore. En fait, le parti libéral c’est de la démagogie à 100 %. D'ailleurs, leur discours est vraiment simple à comprendre en ce sens.

Pour le Québec ou :
Pour l’économie
Pour les libéraux, qu’est-ce que c’est l’économie ? C’est simplement les entreprises privées. Et qu'est-ce qu’une économie qui va bien ? Des entreprises privées qui vont bien. Ensuite, si les compagnies font un maximum de profit, ils laisseront nécessairement tomber un maximum de miettes pour le petit peuple. C’est ça l’économie pour les libéraux et aucuns concepts keynésiens ou d’intérêts collectifs quelconques n’ont de sens dans leurs têtes. Pourtant, c’est bien ce que le peuple devrait comprendre par une économie en santé, car l’économie est une science humaine qui n’a pas de sens en elle-même. Alors, que les billets bougent de mains en mains et qu’il y ait des chantiers partout OK, mais à quoi bon si la collectivité n’en profite pas ? Le seul lobby qui compte c’est les administrés, ceux qui votent. Pas les personnes morales.

Pour la sécurité
Là, c’est de la démagogie typique avec le bon vieux truc du pompier pyromane. L’on crée le problème puis on joue au sauveur. Provoquer les gens, leur taper dessus puis chialer à l’intimidation comme une victime quand il y a riposte. Vraiment, faut le faire ! Sans compter le summum du summum. Parler d’accessibilité des universités (dans le sens de bâtiment aux portes ouvertes) pour tenter de contredire des piqueteurs qui font grève pour l’accessibilité à l’éducation. Je me demande si ce n’est pas une première mondiale dans le domaine du sophisme justement.   

Pour le statu quo
Enfin, dernier point et d’importance. L’utilisation du système de représentation britannique à un tour, sans révocation de mandat (bien sûr !), ni date d’élection fixe (évidemment !), pour justifier la légitimité et l’assentiment de ses décisions. Quand on sait que toutes personnes habitant dans un château fort du parti adverse et que toutes personnes ne se reconnaissant pas dans les partis « dits de gouvernement », n’ont de facto pas le droit de vote (car presque nul sur le plan du résultat final). Et que même pour ceux qui ont la chance d’avoir un vote d’impact, il n'existe aucuns moyens de faire respecter les promesses pour lesquelles ceux-ci se sont fait élire. On est en droit de croire que le pouvoir du peuple (démocratie) c’est du pur bobard. La démocratie ! C’est vraiment le mot creux de politicien par excellence. Tellement, qu’ils finissent par nous le faire détester, à force de l’associer à des décisions antisociales.

En conclusion, je ne crois pas du tout que nous sortirons du marasme actuel après les élections du 4 septembre, car les probabilités d’avoir autre chose que le pire, le chaos ou bien le moins pire au pouvoir, sont pratiquement nulles à cause du régime politique actuel. Malgré tout, je vous encourage à ne pas vous laisser avoir par la démagogie des partis de gouvernement et à soutenir les partis émergents peu importe lesquels, car ils ne peuvent, de par leurs situations de petits partis, contenir autant d’opportunistes et de carriéristes que les autres. C’est à cause d’eux si la politique ressemble à une mauvaise téléréalité et il faudra tôt ou tard faire le vrai ménage... le vrai. La mort des gros partis est le dernier obstacle avant l’avènement du nouveau cycle. Alors, donnez-leur un coup de pied dans les urnes ! ON[6] a besoin de tous pour bâtir la suite!

Benedikt Arden


[1] Je néglige volontairement les élections de 2006 et 2008 au fédéral, car s’inscrivant dans la tendance débutée en 2000 (baisse du PLC) dans le reste du Canada. Ce qui est symptomatique de l’élection de 2011, c’est surtout ce qui s’est passé au Québec (la défaite du bloc face au NPD). 
[2] À l’exception, bien sûr des défaites des partis souverainistes, qui ne sont selon moi pas du tout due à une défaite du souverainisme comme mouvement, mais à des paramètres beaucoup plus complexes.
[3] Définition du Larousse.
[6] Désolé, il fallait que je les place!