mardi 17 mai 2011

Mise au point sur « l’antifatique » fanatisme ambiant

Pour ceux qui en ont entendu parler, une contre-manifestation eut lieu le 17 avril dernier, à l’encontre de celle organisée par une petite organisation d’anglophone fâchée (angryphone) dénonçant l’infâme dictature qu’est la diabolique loi 101. Bizarrement et contre toute attente, la plus grande surprise n’est pas venue du piteux état des manifestants, ni du cortège faramineux de policier nous observant, mais d’ailleurs. Effectivement, un troisième contingent s’est rajouté, et cela, tout spécialement pour moi ! Quel honneur me direz-vous ? Ne sachant pas être d’une si grande importance, l’évènement me parut des plus singuliers. Malgré tout, il semble que cette certaine mouvance anti-moi ait des motivations des plus résolues sur ce que je suis accusé être (à n’en point douter, le fils spirituel de Mussolini, c’est évident ? !) en plus d’avoir l’impératif devoir de dénoncer le crypto racisme d’indépendantistes (sic) qui agressent de pauvres « angryphones » bien intentionnés. Comme ceux-ci sont difficiles à amalgamer avec de pauvres victimes (leurs têtes et leurs discours en disaient suffisamment long) de notre bien connu « racisme québécois » (genre protection de la langue, de la culture et tout ça), ils ont dû s’improviser un spot au troisième coin de la rue devant l’université Mc Gill (parfois les choses sont bien faites, me direz-vous !). Bref, malgré leur pugnacité, le cortège s’est très vite lassé de jouer à la tierce partie et ils sont partis combattre le fascisme ailleurs.

Que penser de cela ? Bien peu de choses à mon avis, car il est loin le temps où je croyais encore en une menace fasciste dans notre beau Québec, tête de proue de la tolérance et de l’amour entre les hommes ! Bien sûr, loin de moi l’idée de me justifier à ces têtes de Turc, car s’ils connaissaient des notions de « Logos » et s’ils étaient intéressés à connaître quelques vérités que ce soit... bien ça se saurait ! De toute façon, la joie d’avoir des ennemis à combattre semble compenser amplement ces carences et tout ce qui s’approche d’une justice n’est pas dans l’ordre des choses à ce que nous pouvons comprendre. Avec un survol rapide de la situation nous pourrions être perplexes sur certaines de leurs motivations, nous pauvres esclaves de la dialectique normative. Pour ma part, il me semble plutôt évident que le problème se pose d’abord au niveau de leur logique intrinsèque, ce qui les pousse à agir de manière complètement incompréhensible pour mes camarades souverainistes (surtout pour ceux de gauche). Sans aller trop loin dans leur mal-être intérieur et l’idéologie qui en découle (chose que je ferai certainement un jour), je me dois de rappeler certaines notions pour que ce mystère « antifatique » le soit un peu moins.  

D’abord, je dirais à nos amis néophytes, qu’il y a deux formes d’antifa, la forme Redskin (R.A.S.H. notamment) et la forme Casual (ou forme étudiante et majoritaire). Les deux ont des idéologies assez similaires, mais la grande différence se trouve dans leurs activités de fin de semaine. Grosso modo, l’un est plus dans l’affrontement 10 contre 1 (les Redskins) et l’autre est plus du type moraliste de forum Internet (quoiqu’il ne soit pas impossible de coupler les deux). Ensuite, pour ce qui est des questions idéologiques qui fondent leurs actions, il ne faut absolument pas faire l’erreur de commencer l’investigation par l’idéologie de base (ce qui est normalement le cas). Ce que je suggère, c’est de la voir comme une espèce de projection psychologique émise sur une partie précise de la population, afin de pouvoir la diaboliser et ainsi justifier un militantisme valorisant et facile. Autrement dit, « l’antifa » n’est pas du tout dans la dynamique qui incite habituellement les gens normaux à militer, qui serait plutôt :

1-  On observe (ou on subit) une situation déplaisante.
2-  On s’informe sur cette situation que l'on juge injuste dans son fondement (pour être sûr qu’elle l’est vraiment).
3-  On découvre/on bâti un système (idéologie) alternatif.
4-  Finalement, on apprend/on invente une méthode d’action afin de la combattre pour ainsi mettre en place notre alternative.    

En fait, pour eux la logique est inverse :

1-  On découvre un mode d’action qui nous donne une identité et des amis (notamment dans un style punk, skin, hippy, etc. Doublé à un « antiquelquechose »).
2-  On apprend les rudiments affiliés à l’idéologie afin se donner de la crédibilité.
3-  On s’informe sur les évènements et les idéologies rivales, faute de quoi, on s’en trouve une autre (idéologie) qu’on peut accuser d’être seulement de façade et donc de cacher celle qu’on veut projeter. 
4-  Finalement on créé les situations de conflit qui se révèlent déplaisantes et l’on dit que c’est les autres qui ont commencé.

Donc, ce que l’on peut comprend par cela, c’est que c’est beaucoup moins la quête d’une justice qui motive leurs actions, qu’une quête esthétique et d’estime de soi. Cela revient donc à rabaisser la volonté militante à une démarche de quête d’identité, ce qui ne va pas sans causer quelques problèmes d’éthiques à postériori[1]. La première des choses est d’abord empirique, car avec une telle vision, on ne peut avoir qu’un jugement (à la base) complètement biaisé, car leur identité[2] est basée sur le fait d’être le contraire d’un autre[3]. Donc pour définir « l’antifa », il faut nécessairement définir le « fa » dont ils se réclament les opposés, ce qui nous conduite vers la seconde difficulté, qui est de le faire exister. Mais bon, pour ce qui est de la définition du « fa », c’est d’abord un gros con raciste, xénophobe, homophobe, sexiste, réactionnaire, etc. D’abord con, parce que pas intelligent et/ou mal éduqué. Ensuite, il est tout le reste, parce qu’émotif et mal informé. Cela dit, le « fa » est aussi violent, lâche, mal intentionné et forcément très malin (malgré qu’il soit aussi très con), ce qui fait que « l’antifa » doit tout mettre en œuvre pour le détruire avant qu’il ne puisse mettre ses plans à exécution, plans qui sont grosso modo les mêmes que ceux qu’Hitler (le fa par excellence) fit en son temps. Cela est impératif pour celui qui veut réussir à mettre à bas cette menace constante qu’est le retour d’un nouvel holocauste, d’un 4e Reich et donc d’une troisième guerre mondiale. Évidemment, et vous l’avez compris, « l’antifa » à donc une très grande responsabilisé sur les épaules (le sort de l’humanité) et cette tâche, qu’il prend très au sérieux, doit donc être la priorité absolue, ce qui fait que les questions d’éthiques n’ont pas vraiment leur place dans le cadre d’enjeux aussi cruciaux. Vue de cet angle, la lutte contre le « fa » devient sans limite et pour cela deux choses l’une, la première c’est que pour la cause de l’humanité la fin justifie amplement les moyens et ensuite, qui se bat contre l’humanité ne peut pas prétendre bénéficier des droits qu’ils leur sont affiliés. Donc, un « fa » ne sera pas considéré comme un homme normal (au sens des droits de l’homme et tout ça) ce qui fait que l’on ne peut avoir de scrupules sur les moyens à employer pour anéantir le « fa ». Cette tradition antifatique n’est d’ailleurs pas nouvelle et fut mortellement incarnée par leurs camarades italiens des brigades rouges[4] pour qui : « tuer un fasciste n'(était) pas un crim». Tout ça quitte à collaborer avec d’autres ennemis de moindre importance comme la police, le système et le grand capital.

Tout ça c’est bien beau, me direz-vous, mais quel est le lien entre ces fameux « fa » et le mouvement souverainiste ? Bien, c’est un peu là que ma théorie de projection vient aider à comprendre cette situation apparemment absurde, car personne de réellement honnête[5] ne pourrait traiter le mouvement souverainiste d’autre chose que de ce qu’il est, soit une entreprise anticoloniale, intrinsèquement progressiste, au sens que ce mot a de meilleur. En plus, et pour me défendre un minimum, quel est le lien entre le racialo-capitalisme d’Hitler (l’idéologue par défaut du « fa ») et le solidarisme que j’appelle de mes vœux ? Rien de trop pertinent sur le fond effectivement. Donc, pour en revenir à mes « antifas » névrosés, ce que je crois c’est que, comme le processus de prise de conscience antifatique le laisse comprendre, ils ont la fâcheuse tendance à se construisent inconsciemment des ennemis qui les confortent par opposition sur ce qu’ils veulent être. Comme ce type de guignol n’existe pratiquement pas, bien on le fait incarner chez celui qui est moralement le plus facile à combattre, non par moralité, mais par simple cruauté. Ce que je veux dire, c’est qu’intuitivement et en choisissant de combattre ceux que le système déteste le plus[6], on sait que l’on n’aura pas trop de problèmes judiciaires et que l’on aura toujours le beau jeu lorsque ça commencera à chauffer vraiment. Sans oublier que le conte de fées sur le combat antifasciste est pour le moins facile à faire avaler aux jeunes qui n’y connaissent pas grand-chose (excepté que le fascisme c’est méchant) et qui ne voudraient surtout pas se faire coller l’étiquette magique de « fa », parce que trop borné sur la strique définition du fascisme.  Donc et toujours en suivant la logique de départ, ils essaieront, pour les raisons invoquées, de nous coller par tous les moyens l’étiquette de « fa », pour avoir le droit de le combattre en nous. Pour notre cas bien précis, j’avoue que c’est beaucoup plus difficile que pour nos cousins français, mais la sémantique de social-nationalisme affiliée aux souverainistes suffit généralement à faire un amalgame facile avec le national-socialisme[7] (donc nazi ou « fa »). La suite est généralement un tâtonnement inductif et continuel afin de trouver quelques spécimens spéciaux et d’affirmer que tous sont comme les exceptions par crypto idéologie. Tout cela sans oublier que le Québec bashing de nos opposants ne manque pas de leur donner une aide précieuse[8] sur cet étiquetage stupidement mensonger. Bref, je crois que tous ici commencent à saisir l’essentiel de l’idée que j’essaie d’insuffler et qui est malheureusement loin du mythique combat de résistance antifasciste d’une époque déjà bien lointaine.

Pour finir, j’aimerais faire passer un petit message d’amour et de tolérance à tous les membres de notre belle collectivité en manque d’action, qui est que la recherche de boucs émissaires n’est pas une bonne démarche, même pour des petits Torquemada en manque d’ennemis que sont les « antifas ». Il faut cesser les démarches « antiquelquechoses » afin de favoriser les démarches « proquelquechoses ». De cette façon, l’opposant ne sera plus l’opposé et la projection qui fausse le jugement pourra donc enfin être levée, et cela, pour le meilleur de tous. Peut-être même connaîtrions-nous une avancée vers des débats sains, sans diabolisations, ni points « Godwin » parfaits.  De plus, je tiens à rappeler que si la persécution ethnique put engendrer des camps de concentration (ce qui est condamnable, personne n’en doute), la persécution idéologique malheureusement engendre aussi certains désagréments.  Qu’ils soient de rééducation, d’exécution humanitaire ou seulement de travaux forcés, ces camps ne sont pas géniaux non plus. Surtout quand ceux-ci proviennent de l’esprit de gens se présentant comme des libérateurs de l’humanité.
Mais bon... allez en paix !

Benedikt Arden    
         


[1] Cette quête d’identité est aussi valable pour les skins anticommunistes qui sont aussi des antiquelquechoses. 

[2] Dans leur cas, elle est à base styloco-idéologique.

[3] Quand on est antiquelqueschose, ce quelque chose est peut-être notre antagonisme, mais il n’en reste pas moins une composante majoritaire de la notre.

[4] Au moment des années de plomb (années 70), le meurtre de fascistes était monnaie courante et tolérée par les autorités.   

[5] Évidemment, j’exclus les « angryphone » et leur site qui sont toujours en train de nous traiter de nazi tout en prônant notre extermination.     

[6] En l’occurrence nous et pas les « angryphones » et autres organisations anti-québécoises.

[7] Cela est d’autant plus absurde qu’Hitler n’était ni socialiste ni nationaliste, mais pangermaniste et racialo-capitaliste. Cela s’appelle simplement de la récupération politique, un peu comme le socialisme du PS en France.

[8] Le livre de Patrick Bourgeois « Québec bashing » nous démontre magistralement que les qualificatifs de réac, nazi, xénophobe, etc. sont depuis un certain temps très en vogue chez les ennemis du Québec afin de diaboliser notre démarche en occultant leur motivation exploitatrice par un masque progressiste.